ÉCONOMIE MONDIALE1998 : fin d'un cycle, début d'une nouvelle ère

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La fin d'un cycle financier

Initialement locale, la crise ouverte par la dévaluation du bath thaïlandais en juillet 1997 s'était diffusée en fin d'année à la majeure partie des économies dynamiques d'Extrême-Orient (Chine et Taiwan exclues) avant de se propager en 1998 aux autres économies émergentes. Au niveau régional d'abord, la crise qui a déstabilisé la Thaïlande, l'Indonésie, Hong Kong, la Corée du Sud, la Malaisie et, dans une moindre mesure, les Philippines et Singapour peut être décrite comme une crise d'engorgement financier. Depuis le début de la décennie, ces pays bénéficiaient d'un afflux de capitaux hors de proportion avec leurs capacités d'absorption. L'attrait des marchés financiers locaux pour les investisseurs étrangers résultait à la fois du vaste mouvement de libéralisation financière encouragé par les institutions internationales (F.M.I. et Banque mondiale) et du dynamisme économique extraordinaire de la région dans son ensemble. L'atonie de la croissance en Europe pendant la majeure partie de la décennie et la récession japonaise libéraient par ailleurs une épargne considérable que les fonds de placements internationaux canalisèrent massivement vers ces nouveaux paradis financiers. De 1990 à 1996, pas moins de 500 milliards de dollars en termes nets furent ainsi prêtés, placés ou investis dans les pays d'Extrême-Orient (Chine incluse).

La rentabilité de ces placements et investissements était logiquement conditionnée par la stabilité des taux de change des pays de la région vis-à-vis du dollar américain. Celle-ci ne pouvait toutefois être assurée que tant que les déficits des balances courantes étaient maintenus dans des limites raisonnables et que la compétitivité des économies locales était préservée. Ces deux conditions, étroitement interdépendantes, ont cessé d'être respectées dans un certain nombre de pays à partir du milieu de la décennie. La compétitivité des économies d'Asie du Sud-Est et de la Corée du Sud fut tout d'abord affectée par la dévaluation de 50 p. 100 du yuan chinois en 1994. Devenue en l'espace de quinze ans un compétiteur redoutable sur une large partie des créneaux industriels occupés par les pays de la région, la Chine n'a pas hésité à dévaluer sa monnaie dès que les premiers signes de déséquilibre extérieur sont apparus en 1993. Moyennant quoi, son solde courant est repassé les années suivantes dans une position confortablement excédentaire, en dépit d'une croissance rapide.

Un second développement monétaire profondément déstabilisant pour les économies de la région fut la remontée du dollar par rapport au yen à partir du printemps 1995. La plupart des pays de la région pratiquant une politique de change fixe par rapport au dollar, l'appréciation de ce dernier a miné la compétitivité de leurs exportations par rapport aux produits japonais et européens. Conjuguée au creusement des déficits courants, l'appréciation des taux de change réels devait saper la confiance dans la pérennité des parités en vigueur et provoquer tôt ou tard la fuite des capitaux. Elle devait aussi jouer un rôle important dans la propagation régionale de la crise. Dans un contexte de forte intégration régionale, la chute des monnaies les plus faibles était en effet synonyme d'appréciation réelle pour les autres monnaies de la région, qui devenaient ainsi de plus en plus exposées aux attaques spéculatives.

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Écrit par :

  • : maître assistant à l'université Bar-Ilan (Israël), département de sciences politiques et relations internationales

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Pour citer l’article

Jacques ADDA, « ÉCONOMIE MONDIALE - 1998 : fin d'un cycle, début d'une nouvelle ère », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-mondiale-1998-fin-d-un-cycle-debut-d-une-nouvelle-ere/