ÉCONOMIE MONDIALE1996 : sur la voie de la convergence

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Une croissance durable pour les États-Unis

En 1996, la performance des nations développées a été une fois de plus sensiblement inférieure à celle de l'ensemble du monde. La croissance de la zone O.C.D.E. été évaluée à 2,4 p. 100, en sensible progrès sur 1995 (2 p. 100), mais cette moyenne recouvre de notables disparités. Pour leur part, les États-Unis (2,4 p. 100) ont enregistré une nouvelle année d'expansion proche du potentiel, dépassant même légèrement ce dernier.

Les élections du 5 novembre ont souligné la composante politique de l'économie américaine : Bill Clinton a été réélu, comme prévu, et les républicains ont conservé la majorité dans les deux chambres du Congrès, comme le souhaitaient les opérateurs des marchés. Le débat budgétaire, qui avait pris la dimension d'une crise politique en novembre 1995, sera donc relancé en 1997 avec un objectif commun aux démocrates et au républicains. Il s'agira, une fois de plus, de rétablir l'équilibre des finances fédérales à l'échéance de 2002, mais dans un climat d'apaisement et de recherche des nécessaires compromis. Le président a donné des gages aux républicains en signant en août une loi peu conforme aux principes de son propre parti ; celle-ci prévoit de réduire de 55 milliards de dollars sur six ans les crédits de la protection sociale, qui sera désormais largement décentralisée. L'effort de discipline budgétaire a déjà donné des résultats tangibles : le budget de l'année fiscale terminée le 30 septembre 1996 s'est soldé par un déficit de 107 milliards de dollars, soit 1,4 p. 100 du produit intérieur brut, contre 2,1 p. 100 en 1994-1995.

La Maison-Blanche s'étant engagée à la rigueur financière, le pilotage de la conjoncture était ainsi dévolu à la Réserve fédérale. La reconduction d'Alan Greenspan pour un troisième mandat à la tête de cette institution, le 22 février 1996, a été unanimement approuvée, car le sens de l'anticipation du patron de la « Fed » paraissait avoir mis le pays sur la voie d'une croissance durable. Il est vrai que Bill Clinton n'avait guère le choix : la majorité des élus n'était disposée à accepter que ce républicain à la tête de la banque centrale.

En l'absence de tensions excessives portant sur les capacités productives ou sur les salaires, ou causées par l'endettement des ménages, la vigilance anti-inflation d'Alan Greenspan n'a pas été mise à l'épreuve. Depuis la baisse en janvier de 0,25 point, à 5,25 p. 100, le taux interbancaire à court terme n'a pas été modifié. Les préoccupations du président de la Fed semblaient être d'une autre nature. À partir de l'été 1996, il a exprimé des doutes sur la validité des principaux indicateurs de la conjoncture. Les chiffres du P.I.B., notamment, ne rendraient pas compte, selon lui, de la valeur ajoutée liée à la qualité et à la performance des nouveaux produits, en particulier dans le domaine des technologies avancées.

Cette préoccupation a été partagée par d'autres. Le Congrès a présenté le 4 décembre le rapport d'un groupe d'experts, dirigé par le professeur Michael Boskin, de l'université Stanford, selon lequel l'indice des prix à la consommation surestimerait l'inflation de 1,1 point de pourcentage. Un ajustement qui tiendrait compte de cette inexactitude permettrait de réduire le déficit budgétaire, en abaissant les dépenses indexées sur la hausse des prix. Mais il présenterait aussi le sérieux inconvénient d'ordre politique de susciter l'opposition des retraités, dont le nombre va grandissant, et celle de l'ensemble des contribuables, les tranches d'imposition étant ajustées en fonction de la hausse officielle des prix.

La Réserve fédérale a adopté vers la fin de 1996 un nouveau modèle macroéconomique intégrant des éléments de l'économie réelle, tels que l'influence des modifications d'anticipations inflationnistes sur le comportement des investisseurs en valeurs à revenu fixe. Cette initiative reflétait les vues du professeur Robert Lucas Jr., de l'université de Chicago, lauréat du prix Nobel d'économie en 1995.

La correction enregistrée par Wall Street en décembre 1996 a paru signaler, aux yeux de certains analystes, la maturité du cycle économique. Ils constataient que, depuis 1993, la performance boursière des actions avait été supérieure de 90 p. 100 à celle des obligations et que le cours des premières représentait vingt fois les bénéfices réalisés des sociétés cotées, soit 33 p. 100 de plus que la moyenne sur 20 ans. N'y avait-il pas à craindre aussi un ralentissement de l'activité ? Les appréhensions se fondaient sur la décélération du crédit à la consommation (pour la première fois depuis quatre ans) et sur le rythme, apparemment peu soutenable, de l'investissement productif. Depuis le deuxième trimestre de 1992, celui-ci a en effet progressé de 44 p. 100, se concentrant à partir de 1995 sur le matériel informatique. Pendant les phases de ralentissement de l'activité et de baisse des bénéfices des entreprises, les investissements en ordinateurs et périphériques ont continué d'augmenter, contrairement à ceux des autres catégories d'équipements. Le groupe Paribas soulignait, dans une étude parue en novembre, que ces investissements « ont répondu à la perception de sauts technologiques dans les domaines des logiciels, des réseaux et des communications dont les entreprises ont pensé qu'ils amélioreraient leur efficacité ». L'auteur, Dominique Graber, concluait qu'il « s'agit sans doute d'une tendance lourde qui influera durablement sur les cycles de l'investissement et qui pourrait d'ailleurs en limiter l'amplitude ».

Le dynamisme de l'économie américaine en 1996 a contribué à une hausse du dollar, qui s'est chiffrée à 7,2 p. 100 vis-à-vis du deutsche Mark et à 11,9 p. 100 face au yen. Un certain nombre d'économistes et d'hommes politiques européens n'en ont pas moins estimé, dans le cadre des discussions sur la monnaie unique, que le dollar était sous-évalué, avantageant ainsi les exportateurs américains.

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Pour citer l’article

Tristan DOELNITZ, « ÉCONOMIE MONDIALE - 1996 : sur la voie de la convergence », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-mondiale-1996-sur-la-voie-de-la-convergence/