ÉCONOMIE MONDIALE1993 : une nouvelle année de purgatoire

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Les aspects nouveaux du cycle économique

Chaque cycle économique comporte, de la part de ses acteurs, des erreurs d'appréciation, dont ils s'efforcent de tenir compte lors du suivant. Le laxisme fiscal et monétaire avait été, au cours des années 1960 et des premières années 1970, le tribut illusoirement payé au plein-emploi. La décennie suivante, marquée par les deux chocs pétroliers, connut successivement un gonflement des investissements publics (ce qui n'empêcha pas la « stagflation ») et un recours prépondérant à la politique monétaire. Priorité ayant été donnée, dans les années 1980, à la stabilisation, le point haut de l'inflation en 1990 s'est situé à un niveau nettement inférieur à ceux de 1974 et de 1980. Cette politique de rigueur a eu pour première conséquence de réduire le rapport entre la croissance et la création d'emplois. Mais elle devrait être bénéfique à plus long terme : comme le souligne l'O.C.D.E., « cela aidera à créer des conditions économiques plus propices à une progression durable des investissements productifs, de la production et de l'emploi que celles qui existent depuis le début des années 1960 ».

C'était là, toutefois, dans la gamme des principaux agrégats macro-économiques, à peu près la seule réussite dont on pût se prévaloir, avec son corollaire qui était la décrue des taux d'intérêt. Elle a été acquise par la modération salariale. Les politiques adoptées pour obtenir ce résultat ont contribué à la détérioration de la situation de l'emploi. C'est à cette perversion d'une stratégie économique « vertueuse » que les gouvernements et les grandes institutions ont cherché à échapper en 1993.

Ils ne devaient en principe adopter de mesures de stimulation que dans le cas où ces dernières étaient compatibles avec le maintien de la stabilité monétaire, ce qui impliquait des approches différentes d'un pays à l'autre, tant en ce qui concerne les instruments de la politique économique que le moment choisi pour les utiliser. Le processus était déjà largement engagé aux États-Unis, avec les baisses successives de taux de la Réserve fédérale. L'Europe, pour sa part, s'est scindée entre les pays ayant maintenu leur devise au sein du système monétaire européen (S.M.E.) et les autres. Les premiers, parmi lesquels la France, le Danemark et les pays du Benelux, ont baissé leurs taux dans le sillage des décisions de la Bundesbank. Les autres, notamment le Royaume-Uni et l'Italie, ont profité de leur liberté monétaire recouvrée pour diminuer le loyer de l'argent, ce qui a stimulé à la fois l'activité et les exportations — mais une telle politique ne peut avoir d'effet positif que dans le court terme. Le Japon, quant à lui, a réagi, comme précédemment en pareille circonstance, par des programmes de travaux publics dont le financement lui était permis par une relative aisance budgétaire.

Parmi les économies industrialisées, les pays anglo-saxons ont tiré leur épingle du jeu mieux que les autres, étant plus enclins à un comportement de stop and go, cette alternance d'essor et de ralentissement plus accusés chez eux qu'ailleurs. Cependant, et notamment aux États-Unis (un pays qui compte pour 37,7 p. 100 dans la production de la zone de l'O.C.D.E.), la reprise connaissait une modération inhabituelle en cette période du cycle, ce qui réduisait d'autant l'effet d'entraînement sur les pays partenaires.

Les divers profils du cycle conjoncturel des pays industrialisés, tels qu'ils ont été tracés par l'O.C.D.E. pour 1990-1995, se distinguent nettement de ceux des périodes de 1972-1978 et de 1979-1985 : celui du produit intérieur brut (P.I.B.) réel est moins accusé, tant en ce qui concerne la décroissance dans les trois années précédant le point bas que dans la remontée au cours de la période de reprise ; la courbe du chômage se maintient au-dessus des deux autres et, contrairement à celles-ci, ne s'infléchit guère après son point haut ; la courbe de l'inflation (déflateur du P.I.B.) du cycle actuel se situe nettement au-dessous des deux autres.Ce dernier point reflète non seulement la mollesse de la reprise, mais aussi une plus grande discipline en matières fiscale et monétaire, une attitude particulièrement notable en Europe en raison des contraintes de convergence imposées par le traité de Maastricht. Les participants au mécanisme de change du S.M.E. ne se sont pas prévalus de l'élargissement à 15 p. 100 (contre 2,25 p. 100 précédemment) des marges de fluctuation pour abandonner la rigueur monétaire. Le premier aspect de la comparaison des cycles — le profil moins accusé dans la variation du P.I.B. — a tenu aux divergences des performances parmi les principaux acteurs du monde industrialisé : le redressement confirmé ou amorcé dans les pays anglo-saxons, États-Unis en tête, n'a compensé qu'en partie le ralentissement en Europe et au Japon.

La conjoncture de l'Europe continentale a continué d'être bridée en 1993 par les difficultés économiques de l'Allemagne, malgré le redressement amorcé dans les nouveaux Länder. En raison du caractère tardif des économies budgétaires adoptées à Bonn, la Bundesbank n'a desserré que très progressivement le carcan monétaire, ce qui a affecté les pays dont la monnaie était ancrée au deutsche Mark (la France, le Danemark, l'Autriche et les membres du Benelux). Indépendamment de ce facteur, le poids économique de l'Allemagne est tel que sa récession ne pouvait qu'empêcher ses partenaires d'échapper à la leur.

Celle du Japon, venue en contrecoup des excès de la spéculation boursière et immobilière des années précédentes, a été une des pires que le pays ait connues depuis la Seconde Guerre mondiale. L'éclatement de la « bulle » spéculative en 1990, sous l'effet de la hausse des taux d'intérêt, a eu en effet pour conséquence durable d'amputer gravement les ratios de capitalisation des banques et, par là, de tarir l'émission de nouveaux crédits. Les bonus, qui représentent une part souvent importante de la rémunération des salariés, ont été réduits ou supprimés par les employeurs. Le marché du travail s'est dégradé au point que le dogme de l'emploi à vie dans les grandes entreprises a commencé à être mis en cause. La crise de la consommation dans l'archipel a entraîné une forte baisse des importations de produits de luxe et des investissements japonais à l'étranger.

Le frein que l'ajustement financier exerce encore sur la reprise économique se constate dans un environnement plus large. Se référant aux données qui concernent les pays anglophones de la zone, le Japon et les pays nordiques, l'O.C.D.E. constate que, en dépit du désendettement entrepris par les ménages et les entreprises et du resserrement du crédit bancaire, la correction n'est pas encore arrivée à son terme. « Les signes de tension fina [...]

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Pour citer l’article

Tristan DOELNITZ, « ÉCONOMIE MONDIALE - 1993 : une nouvelle année de purgatoire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-mondiale-1993-une-nouvelle-annee-de-purgatoire/