ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique)Monétarisme

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Monétarisme moderne et courbe de Phillips

Si Bodin ou Ricardo fondaient leur point de vue sur un raisonnement purement logique, les monétaristes contemporains s'appuient sur l'histoire économique récente pour défendre leur vision du libéralisme et combattre les thèses keynésiennes. Théoricien le plus représentatif du monétarisme, Milton Friedman (1912-2006) a étudié l'évolution des prix et la quantité de monnaie en circulation aux États-Unis entre 1867 et 1960 en collaboration avec Anna Schwartz (Une histoire monétaire des États-Unis, 1963). De ses travaux, il a tiré deux conclusions, qui sont le fondement du monétarisme moderne :

Milton Friedman

Photographie : Milton Friedman

Milton Friedman (1912-2006) a construit son œuvre en s'opposant presque systématiquement à celle de John Maynard Keynes. Seule les réunit la profonde influence exercée par chacune de celles-ci sur l'action des gouvernants: les politiques de relance de l'après-guerre pour le keynésianisme,... 

Crédits : George Rose/ Hulton Archive/ Getty Images

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– à court terme, la vitesse de circulation de la monnaie est constante. Ce qui signifie que, au cours d'une année, un billet de banque sert à un nombre fixe d'utilisateurs ;

– en tout temps et en tout lieu, l'inflation est un phénomène monétaire.

Le monétarisme moderne, par rapport aux versions anciennes, tient compte de l'évolution de la nature de la monnaie qui est devenue totalement immatérielle. Alors que jusqu'en 1914, la monnaie était directement ou indirectement un métal, de nos jours, elle repose sur l'activité de crédit. La création de monnaie s'identifie à l'octroi d'un prêt par un organisme bancaire. À partir de là, Friedman considère que la demande de monnaie est relativement stable à court terme, même si elle ne correspond pas uniquement au besoin d'achats mais aussi au souhait de thésaurisation, tandis que l'offre de monnaie dépend des autorités monétaires. Il affirme que cette offre de monnaie ne peut influencer la demande et que les décisions des gestionnaires de la monnaie ne se traduisent que par une augmentation des prix.

Conçu en opposition frontale au keynésianisme, le monétarisme exprime cette opposition notamment dans son analyse du rôle de l'inflation. Dans le keynésianisme, l'inflation est impossible tant qu'il y a un sous-emploi significatif, et elle est anodine voire bénéfique quand elle accompagne la croissance. Le monétarisme ancien de Ricardo se souciait peu de l'inflation, phénomène plutôt rare qui correspondait à des guerres. Le monétarisme moderne a dû préciser la nature de l'inflation à la suite des travaux de divers économistes sur sa relation avec le chômage.

Cette relation s'organise autour de la courbe de Phillips – du nom de l'économiste néo-zélandais qui l'a étudiée sur un plan statistique –, qui s'obtient en portant sur un graphique, année après année, en abscisse le taux de chômage et en ordonnée le taux d'inflation. Se dessine ainsi empiriquement une courbe décroissante assimilable à une hyperbole, résultat que l'on peut traduire économiquement en disant que l'inflation et le chômage évoluent en sens inverse : toute hausse de l'un s'accompagne d'une baisse de l'autre.

En fait, la forme théorique de la courbe de Phillips permet de visualiser le différend entre monétaristes et keynésiens. Pour ces derniers, les prix sont rigides et toute politique économique accroissant la masse monétaire et donc la demande se traduit par une baisse du chômage. La courbe de Phillips keynésienne est une droite horizontale. Pour les monétaristes, toute injection de monnaie conduit à une hausse des prix tandis que le taux de chômage reste constant : la courbe de Phillips monétariste est une droite verticale. Cela signifie qu'une politique économique qui prétend réduire le chômage et augmenter la croissance en augmentant la masse monétaire est vouée à l'échec et à l'inflation. La bonne politique monétaire est celle qui met en circulation la quantité de monnaie correspondant à l'augmentation des transactions, augmentation liée à la dynamique de la croissance que créent les gains de productivité.

Avec l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher au Royaume-Uni en 1979, le statut du monétarisme est devenu ambigu. On pourrait parler de succès, car la lutte contre l’inflation s’est imposée dans les années 1980 comme essentielle et inspire les propos des dirigeants des principales économies, et la généralisation de l’indépendance des banques centrales a correspondu à la volonté de leur donner les moyens d’agir à long terme, hors des pressions politiques. Mais Nicholas Gregory Mankiw, un des principaux économistes américains des années 2000-2010, conseiller économique du président George W. Bush, a pu déclarer que les monétaristes étaient restés cantonnés dans les universités et n’avaient jamais eu véritablement le pouvoir. Et il en prend pour preuve la politique monétaire d’Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale (Fed) des États-Unis d’août 1987 à janvier 2006 : celui-ci, d’abord encensé pour la souplesse de sa politique monétaire, puis accusé d’avoir provoqué la crise financière de 2007-2009 a, à bien des égards, parlé en monétariste et agi en keynésien.

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Pour citer l’article

Jean-Marc DANIEL, « ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique) - Monétarisme  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-histoire-de-la-pensee-economique-monetarisme/