ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique)Les grands courants

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La critique marxiste

Philosophe de formation, Marx adhère aux idées communistes et, au contact de Friedrich Engels, s'intéresse à partir de 1844 à l'économie politique. Ses travaux (1847, Misère de la philosophie ; 1867-1883, Le Capital, critique de l’économie politique) sont solitaires et se situent à un moment où l'école classique ne produit guère d'idée nouvelle et avant que les premières analyses néo-classiques (1870-1880) sortent des milieux académiques. Marx fustige les thèses des socialistes et des anarchistes, notamment celles de Pierre Joseph Proudhon (1846, Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère), en s'appuyant sur Ricardo. Puis il reproche à l'économie politique ricardienne d'être un discours bourgeois, sans aucune réflexion critique sur le système capitaliste. Ainsi le taux de profit est-il appréhendé comme une norme, non discutée, sur laquelle est construite la théorie des prix. L'origine du profit n'est pas expliquée. Outre la construction de l'Internationale (1864), Marx consacre sa vie à l'élaboration d'une critique de l'économie politique. Il vise à mettre en évidence la nature du système capitaliste (une société de classes), montrer son caractère historique, et mettre au jour ses contradictions. Son œuvre, inachevée, sera poursuivie par ses disciples de la IIe Internationale.

Karl Marx

Photographie : Karl Marx

Philosophe de formation, c'est au contact de Friedrich Engels que Karl Marx en vient à s'intéresser à l'économie politique, à partir de 1844. Il reproche alors à l'économie politique ricardienne d'être la traduction de l'idéologie bourgeoise, sans aucune réflexion critique sur le... 

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S'inspirant de la logique hégélienne, Marx adopte une approche des échanges différente de celle des classiques et centre son analyse sur la circulation monétaire de telle sorte que, contrairement à Ricardo, il pose la question du profit indépendamment de la question des valeurs relatives des marchandises. Cela le conduit au concept de plus-value qu'il explique par l'existence d'un écart quantitatif entre la valeur d'usage de la force de travail (le temps durant lequel elle est employée par le capitaliste) et la valeur d'échange de la force de travail (le temps de travail dépensé pour produire les biens de consommation que l'ouvrier achète avec le salaire monétaire que lui verse le capitaliste). Ainsi Marx considère-t-il avoir découvert le secret du profit et de la dynamique du capitalisme : l'exploitation du travailleur, qui possède la force de travail, par le capitaliste, qui achète cette force de travail.

Outre son caractère contestable, parce que inégalitaire, aliénant, oppresseur, appauvrissant et liberticide, le capitalisme est historiquement condamné. Encore faut-il que la classe ouvrière puisse saisir les opportunités politiques que lui offre l'instabilité du capitalisme, source des crises périodiques que Marx cherche à expliquer. S'inspirant du tableau de Quesnay, Marx établit des proportions d'équilibre macro-économique entre production, investissement et consommation (les schémas de reproduction) et doute de la capacité du capitalisme à respecter ces proportions (rigidité des structures productives, sous-consommation due à la baisse des salaires, anarchie du marché). Il s'intéresse aux cycles et élabore une théorie de la baisse tendancielle du taux de profit liée à l'accumulation (au progrès technique) et y voit une cause des chutes périodiques de l'investissement. Il avance également, comme autre facteur explicatif des crises, la question monétaire et, notamment, la tendance à l'autonomie du crédit et de la finance vis-à-vis des lois de l'échange et de l'activité productive. L'essentiel de ces analyses figure dans des manuscrits inachevés qui, contrairement à l'opinion d'Engels qui les publia à titre posthume, présentent des contradictions. La plus nette, mise en évidence par Ladislaus von Bortkiewicz (1907, Wertrechnung une Preisrechnung im Marxschen System), réside dans la solution proposée par Marx au problème de la « transformation des valeurs en prix de production ».

Rudolf Hilferding (1910, Le Capital financier), Rosa Luxemburg (1913, L'Accumulation du capital) et Lénine (1917, L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme), tout en contestant tel ou tel aspect de la pensée de Marx, approfondiront ses analyses en vue d'expliquer la tendance du capitalisme à l'impérialisme et à la guerre. Ces analyses, dont la qualité supporte aisément la comparaison avec ce que produisait alors la pensée libérale, exerceront une influence notable tout au long du xxe siècle, en particulier, mais pas seulement, dans les rangs sociaux-démocrates.

Rosa Luxemburg

Photographie : Rosa Luxemburg

Révolutionnaire allemande, Rosa Luxemburg (1870-1919) fut l'une des plus importantes théoriciennes de la pensée marxiste. Elle meurt assassinée lors de l'insurrection spartakiste, à Berlin. 

Crédits : Henry Guttmann/ Getty Images

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Après la révolution bolchevique et la défaite spartakiste, avec la montée des fascismes en Europe, le marxisme décline et se laisse envahir par l'idéologie stalinienne. On doit cependant mentionner l'existence de travaux originaux qui font le lien avec le keynésianisme tels que ceux de Paul Sweezy (1942, The Theory of Capitalism Development), de Paul Baran (1957, Économie politique de la croissance) ou de Paul Mattick (1969, Marx et Keynes) aux États-Unis, de Mario Tronti (1966, Ouvriers et capital) ou d'Antonio Negri (1968-1978, La Classe ouvrière contre l'État) en Italie, de Michel Aglietta (1976, Régulation et crise du capitalisme) ou de Suzanne de Brunhoff (1976, Les Rapports d'argent) en France, mais aussi les recherches, plus critiques à l'égard de Marx, d'historiens de la pensée économique, dont, en France, Carlo Benetti et Jean Cartelier (1980, Marchands, salariat et capitalistes) ou Gilbert Faccarello (1983, Travail, valeur et prix).

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Pour citer l’article

Jérôme de BOYER, « ÉCONOMIE (Histoire de la pensée économique) - Les grands courants », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-histoire-de-la-pensee-economique-les-grands-courants/