HISTORIQUE ALLEMANDE ÉCOLE

La première école historique allemande

Trois noms l'illustrent : ceux de Wilhelm Roscher (1817-1894), Bruno Hildebrand (1812-1878) et Karl Gustav Knies (1821-1898).

Trois principes peuvent résumer leur doctrine : le premier est que, par sa nature même, l'économie politique ne peut être la même dans le temps et dans l'espace. Les conclusions que l'on tire de l'étude d'une société rurale ne s'appliquent pas à une société industrielle. Ainsi, les économistes ricardiens qui fondent leurs théories sur les méfaits de la rente foncière produisent une pensée datée et localisée. Un phénomène ne peut s'analyser en termes scientifiques que s'il est reproductible. Or l'économie obéit à une logique historique dont l'objectif est de faire en sorte que demain ne soit jamais comme aujourd'hui puisque demain doit accroître les richesses d'aujourd'hui.

Le deuxième est que la vision de la société comme une collection d'individus mus par leur intérêt est erronée, car elle ignore l'existence d'une identité collective qui ne se construit pas dans la somme des intérêts individuels. L'État a en particulier des objectifs qui lui sont propres. Celui qui développe le plus cet aspect est Knies. Il s'est rendu célèbre pour avoir étudié ce qu'il appelle « Das Adam Smith Problem », c'est-à-dire les contradictions d'Adam Smith. Pour Knies, la conception développée dans La Richesse des nations (1776) d'une humanité n'agissant que selon son intérêt est une fiction et Adam Smith lui-même en a conscience. En effet, dans son Traité des sentiments moraux (1759), il ne limite pas les mobiles de l'action des hommes à la seule satisfaction de leurs intérêts.

Le troisième est que la dynamique économique repose moins sur la concurrence que sur la volonté des entrepreneurs. Le capitalisme existe parce qu'il y a des capitalistes. En formant cadres et ingénieurs, l'État compte autant que le marché pour faire émerger la richesse. Une des conséquences de ces théories est que le libre-échange, dont le but est de mettre sur un pied d'égalité des pays qui n'ont pas la même histoire, perturbe plus qu'il ne favorise le développement.

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Professeur d'économie politique à Dorpat, à Munich, à Bâle, à Karlsruhe et à Leipzig, Karl Bücher fut un des principaux animateurs de l'école historique d'économie politique nationale. Il fonda et dirigea, à Leipzig, l'important institut pour l'étude de la presse […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/karl-bucher/#i_16904

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Dans le chapitre « Les méthodes de la connaissance économique »  : […] pure ; ils dégagent des lois économiques, énoncées sous forme de théorèmes. Là précisément surgit une querelle : elle naît avec l'école dite historique ou historiciste, dont les représentants, dès le milieu du xixe siècle, sont en majorité de langue germanique (Roscher, Schmoller, Hildebrand...). Il n'y a pas, disent ces auteurs, de véritables […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/economie/#i_16904

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Dans le chapitre «  La « sociologie économique » »  : […] dominante, marquée par la querelle des méthodes (Methodenstreit) entre l'école historique allemande et la théorie néoclassique et par le développement d'une économie « marxiste ». Pour les promoteurs d'une économie plus « sociale », la théorie néoclassique est alors jugée au pire abstraite et spéculative, au mieux source […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/economie-sociologie-de-l/#i_16904

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Pour citer l’article

Jean-Marc DANIEL, « HISTORIQUE ALLEMANDE ÉCOLE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 octobre 2017. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/ecole-historique-allemande/