Easy Rider Blues, DAVIS (Jimmie)

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Chanteur de country-blues puis de gospel, Jimmie Davis (de son vrai nom James Houston Davis) naît le 11 septembre 1899 (et non pas 1902, comme il l'a longtemps affirmé) à Beech Springs, en Louisiane. Il est très influencé à ses débuts par Jimmie Rodgers (1897-1933), un cheminot qui avait su s'inspirer du blues des vagabonds pour devenir la première étoile de la musique country. Jimmie Davis, connu pour ses chansons coquines, a parallèlement accompli une brillante carrière politique: il sera notamment deux fois gouverneur de la Louisiane (de 1944 à 1948 puis de 1960 à 1964). Ce personnage contradictoire défendait, en politique, des idées conservatrices alors qu'il côtoyait souvent des musiciens noirs lors de ses enregistrements.

Son premier enregistrement date de 1928, année où il est nommé professeur d'histoire dans un collège de Shreveport, ville du nord-ouest de la Louisiane. En 1934, il apparaît dans les hit-parades américains avec Nobody's Darlin' but Mine; en 1940, alors qu'il est chef de la police de Shreveport depuis deux ans, sa composition It Makes no Difference Now connaît un succès tel qu'elle devient l'une des plus jouées par les artistes country, Floyd Tillman, en particulier. Cette même année, il écrit You Are my Sunshine, qui va devenir l'un des plus célèbres standards de la musique populaire. Jimmie Davis poursuit sa double carrière de musicien et de politicien, tout en apparaissant dans un western et trois films musicaux entre 1942 et 1949. Il est élu gouverneur de la Louisiane en 1944. À partir de 1948, il se consacre à plein temps à la chanson et ses disques commencent à plaire au public du gospel. Il évolue alors peu à peu vers un chant plus sacré, ce qui ne l'empêchera pas d'être en 1960 élu une seconde fois gouverneur de la Louisiane, sur un programme teinté de ségrégationnisme! Il se révélera cependant modéré.

Easy Rider Blues est un thème qui a été joué par les plus célèbres bluesmen, Blind Lemon Jefferson (vers 1897-1930) et Texas Alexander (1890-1954) notamment; le pianiste de boogie-woogie Albert Ammons (1907-1949) l'a également interprété. La forme de cette chanson est celle d'un blues binaire aux allures country, simplement accompagné par la guitare, qui joue une alternance de basses et d'accords. La carrure, au mètre fantaisiste (5, 1 ou 3 mesures), est un héritage du blues rural, où le chanteur s'accompagnait lui-même à la guitare; notons cependant que certaines ballades anglaises, qui ont influencé les chansons de cow-boys, comprenaient des cycles de dix mesures. Le moule des douze mesures du blues ne s'imposera que lorsque les musiciens commenceront à jouer ensemble, dans les orchestres.

Ici, l'accompagnateur tente de suivre le chanteur, qui ne respecte pas strictement la versification, ce qui crée certains moments de flottement où chacun attend l'autre. Dans la partie finale, Leon Chappelear (1909-1962), qui deviendra un des plus fameux guitaristes de country (avec une guitare mieux accordée), choisit de ne plus jouer les basses en attendant l'entrée du chant. Il évite ainsi de se retrouver «à l'envers», car la basse est censée marquer les temps impairs, donc le début de la mesure. Le chanteur, dont l'entrée est en anacrouse, fait souvent des «mauvais» départs, rendant ardue la tâche du guitariste, qui doit donc inclure de-ci de-là quelques mesures à deux temps.

Le grand intérêt de l'enregistrement fait en 1933 de cette chanson par Jimmie Davis réside dans sa position à la croisée du blues du terroir, qu'il affectionne, et de la country blanche. Le jeu de la guitare rappelle le rock and roll. La voix, assez «droite», ne tente pas d'imiter les inflexions du blues; intimiste, avec un vibrato peu marqué, elle s'inscrit ainsi dans la tradition des chansons de cow-boys. Sa mélodie a pour pôle d'attraction le cinquième degré du mode; elle évite les blue notes trop éloignées pour privilégier des degrés diatoniques (le sixième, par exemple). L'influence du blues sur les musiques blanches, ici manifeste, sera plus souvent assumée par les différentes évolutions de la country and western.

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Pour citer l’article

Eugène LLEDO, « Easy Rider Blues, DAVIS (Jimmie) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/easy-rider-blues-davis-jimmie/