MUSULMAN DROIT

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Structures traditionnelles de l'Islam

Les écoles juridiques musulmanes

Dans le cadre impérial qui prévaut jusqu'au début du xixe siècle, le droit musulman est territorialisé. Chaque grande aire obéit à un droit régional spécifique : le malikisme au Maghreb et en Afrique subsaharienne, le hanafisme dans l'Empire ottoman, le shafiisme sur les rivages orientaux de l'Afrique, autour de l'océan Indien et en Asie du Sud-Est, le hanbalisme, très minoritaire, dans certaines zones du Proche-Orient et de la péninsule arabique. Ces quatre grandes écoles juridiques de l'islam sunnite correspondent chacune à des courants théologiques particuliers.

Le hanbalisme constitue un courant théologique spécifique, fondamentaliste et rigoriste. Il a plusieurs traits communs avec certains mouvements protestants du christianisme. Il promeut une approche littérale du texte coranique, qu'il prend au pied de la lettre, en refuse toute interprétation allégorique, et ne se préoccupe pas des nombreuses contradictions qu'il contient : seule l'ignorance et la faiblesse de l'esprit humain les perçoivent comme des contradictions et leur interprétation est laissée à la toute-puissance divine. De nombreux juristes et théoriciens ont enrichi le hanbalisme, Taqi al-din Ahmad ibn Taymiyya (1263-1328) au xive siècle ou, au xviiie siècle, Muhammad ibn Abd al-Wahhab, dont la réforme sert de fondement théorique et juridique à la monarchie saoudienne.

Depuis le xiiie siècle, située au point de rencontre des continents africain et asiatique, l'Égypte a tenté de respecter la diversité des écoles juridiques sunnites en assurant une égale représentation de chacune d'entre elles. Mais c'est finalement le shafiisme qui a pris progressivement le dessus dans le système législatif égyptien. Quant à la Perse et aux territoires shiites, ils dispose d'un droit spécifique, le jafarisme, dont les principes juridiques ne diffèrent que marginalement des différents droits sunnites (notamment sur la question de la transmission des biens).

La théorie juridique musulmane

Dans la théorie politique classique, Dieu est le seul législateur. La Loi divine concerne tous les domaines : politique, économique, social, familial et, de manière générale, culturel. Tout pouvoir s'inscrit donc dans le cadre d'une Loi qu'il n'est pas habilité à modifier, mais seulement à respecter. Cela donne aux hommes de religion, aux juristes et surtout aux saints, une faculté considérable de contestation, dans la mesure où ils sont les seuls susceptibles de légitimer religieusement une mesure, un acte, voire l'exercice même de la souveraineté politique. Aussi les souverains musulmans, tout au long de l'histoire, ont-ils recherché le soutien des hommes de religion.

Il existe donc une tension dialectique entre le pouvoir temporel, exercé par les princes et soumis au cadre impératif de la Loi divine, et le pouvoir spirituel des hommes de religion, seuls interprètes qualifiés de la Loi. Mais cette tension s'exerce également parmi les hommes de religion : elle oppose ceux qui soutiennent le pouvoir et obtiennent ainsi des charges (les juges, les muftis) et ceux qui refusent toute compromission. Ces derniers, saints ou ascètes, condamnent, dans les sermons qu'ils prononcent le vendredi à la mosquée, les impôts non coraniques, la corruption, la dépravation des mœurs princières ou le non-respect des normes de l'islam. Leur mode de vie austère et leur refus des charges temporelles suscitent le respect des populations et accroissent leur audience. Parfois, certains prennent la tête de mouvements de réforme qui menacent ou renversent les souverains en place, ce qui les amène d'ailleurs parfois à diriger des institutions dont ils ont longtemps condamné la légitimité. Cette tension explique en grande partie la fragilité structurelle de l'exercice du pouvoir en Islam.

Dans le domaine social, le principal objectif du droit musulman est l'organisation de la vie humaine, de la communauté et des institutions dont celle-ci a besoin pour se perpétuer. Cette organisation se fait dans le cadre de la Loi telle qu'elle est exprimée dans le Coran et la sunna, la « tradition ». (Celle-ci se présente sous la forme de recueils de hadiths, courts récits rapportant les gestes et paroles du Prophète, modèle « exemplaire » ; les shiit [...]

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Destruction d'un mausolée à Tombouctou, en juillet 2012

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La mosquée Faysal, à Islamabad (Pakistan)

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Pascal BURESI, « MUSULMAN DROIT », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/droit-musulman/