DROIT, LÉGISLATION ET LIBERTÉ, Friedrich von HayekFiche de lecture

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Information et ordre spontané du marché

Pour Hayek, comme il l'affirme dès le premier tome de l'ouvrage (Règles et Ordre), le monde économique est radicalement incertain et complexe, car l'information n'y existe que sous forme partielle et fragmentée. La prise en compte de cette opacité informationnelle invite d'abord à rompre avec la représentation microéconomique traditionnelle de l'action économique comme le fruit d'un calcul rationnel (chap. i). Pour effectuer ses choix, l'individu ne dispose, en effet, que de capacités limitées en matière de collecte et de traitement de l'information. Cela implique, ensuite, de comprendre comment de multiples actions individuelles aveugles peuvent se coordonner. Hayek introduit alors ce qui constitue le cœur de Droit, législation et liberté : la distinction entre les ordres sociaux construits et les ordres sociaux spontanés (chap. ii). Les premiers sont des artifices « fabriqués » par les individus dans un but déterminé. Les seconds, au contraire, ne sont en aucun cas le résultat d'une intention : ils sont « auto-organisés ». Tout l'enjeu de l'ouvrage est de montrer que ces ordres spontanés sont plus efficaces et plus justes que les ordres construits pour gérer la complexité du social (chap. iii). Ce faisant, Hayek introduit une posture épistémologique originale, le rationalisme limité. La connaissance à laquelle parvient l'économiste ou le juriste est nécessairement limitée car l'ordre spontané réalise ce dont précisément un esprit humain est incapable. Les juristes positivistes tel Hans Kelsen, les tenants de la planification derrière Oskar Lange ou même les économistes néo-classiques dans la lignée de Léon Walras partagent tous, selon Hayek, une même illusion scientiste : prétendre pouvoir, par la raison et la science, contrôler le social.

Le deuxième tome de l'ouvrage (Le Mirage de la justice sociale) étudie alors la justice et l'efficacité d'un ordre spontané particulier, le marché. C'est d'abord parce que le marché n'impose aucune conception particulière du bien à l'ensemble des membres de la société qu'il peut être qualifié de juste. Il les laisse ainsi libres de poursuivre leurs fins privées (chap. vii et viii). Le corollaire immédiat étant que seul un critère procédural peut permettre de juger un état social : le respect de règles générales et impersonnelles – principalement le respect de la propriété, des contrats et des règles de responsabilité. Toute autre intervention, y compris les politiques sociales, revient à imposer certaines fins privées à l'ensemble des membres de la société (chap. ix). Injustes, ces interventions sont également inefficaces, car elles modifient les signaux du marché. Principaux vecteurs d'information à la disposition des agents, les prix résument, en effet, l'ensemble des informations pertinentes sur la rareté relative des biens. Il faut, selon Hayek, se représenter la concurrence comme cette « procédure de découverte » de l'information (chap. x). Les innovations de l'entrepreneur, l'existence de monopoles temporaires, les opérations du spéculateur, les comportements d'imitation sont autant d'éléments vitaux de ce processus. L'auto-organisation du marché permet ainsi de communiquer l'information de manière beaucoup plus efficace que n'importe quel « ordre construit », tel un bureau de planification ou un État interventionniste (chap. xi).

Après avoir étudié l'efficacité et la justice du marché, Hayek tente alors, dans un dernier tome aux allures de projet constitutionnel (L'Ordre politique d'un peuple libre), de préciser les mécanismes institutionnels capables de préserver la société libérale. Deux principes guident les propositions hayékiennes, afin d'éviter les dérives interventionnistes et autoritaires : une séparation claire des pouvoirs et la limitation de la souveraineté et du pouvoir législatif. Ce n'est qu'à ces conditions que la liberté et le marché, entités fragiles et sans cesse menacées selon Hayek, pourront être préservées.

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Écrit par :

  • : enseignant-chercheur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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HAYEK FRIEDRICH AUGUST VON (1899-1992)

  • Écrit par 
  • Philippe NEMO
  •  • 1 294 mots

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Pour citer l’article

Samuel FEREY, « DROIT, LÉGISLATION ET LIBERTÉ, Friedrich von Hayek - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/droit-legislation-et-liberte/