DOMMAGE QUE CE SOIT UNE PUTAIN, John FordFiche de lecture

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Une passion incestueuse

La pièce semble de prime abord s'inscrire dans la tradition de l'apologétique antilibertine. Le frère Bonaventure, confesseur et tuteur de Giovanni, dénonce dès l'ouverture la dérive intellectuelle du jeune homme. Nouveau Faust et autre Don Juan, celui-ci rejette le savoir traditionnel et les préceptes de la foi chrétienne (« Je ne trouve dans tout cela que rêves et fables de vieillards/ Pour effrayer l'inconstante jeunesse », I, 2), et semble s'abandonner à un érotisme déviant, qui, selon Bonaventure, ne peut mener qu'à la barbarie. De fait, Giovanni n'hésitera pas, dans l'épilogue, à sacrifier cette sœur adorée qu'il perd après le mariage contracté avec Soranzo pour permettre à la jeune fille d'échapper à l'infamie d'une grossesse hors mariage.

Mais la visée morale de la pièce est plus ambiguë qu'il n'y paraît : l'amour entre Giovanni et Anabella est bel et bien un amour sublime entre deux êtres d'exception, sur fond de corruption généralisée. Giovanni voit dans leur couple la réunion des deux moitiés de l'androgyne platonicien, figure de perfection s'il en est. Parme, par contraste, est une cité dominée par le désordre politique et moral le plus extrême, où les représentants de l'aristocratie et de la religion sont des êtres vénaux ou lubriques : Florio, père des amants, se révèle faible et veule lorsqu'il cherche à marier sa fille au plus offrant ; le Cardinal protège un criminel (Grimaldi) et s'approprie, au nom de l'Église, les biens des morts ; Soranzo est un gentilhomme volage et cruel, qui répudie sa maîtresse adultère Hippolita pour épouser Anabella.

C'est de ce climat que se nourrissent les intrigues secondaires, toutes liées à la figure ambivalente d'Anabella, femme innocente ou pécheresse, point focal de tous les désirs masculins. Les trois premiers actes nous montrent ses trois prétendants (Soranzo, Grimaldi, Bergetto) lui faire la cour, tandis que les intrigues secondaires, qui marquent la dette de Ford à l'égard du genre de la tragédie de vengeance, sont centrées sur les agissements de Grimaldi contre Soranzo, sur la vengeance [...]


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Écrit par :

  • : agrégée d'anglais, ancienne élève de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, maître de conférences à l'université de Paris-VIII-Saint-Denis

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Pour citer l’article

Line COTTEGNIES, « DOMMAGE QUE CE SOIT UNE PUTAIN, John Ford - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 avril 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/dommage-que-ce-soit-une-putain/