DIFFUSIONNISME

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Histoire du diffusionnisme

Franz Boas

On peut considérer Boas comme le père du diffusionnisme, même si l'idée de diffusion existait avant lui. En effet, dans sa critique de l'évolutionnisme, il ne veut pas renier l'histoire, mais substituer à l'« évolution biologique » une autre forme d'évolution, qu'il appelle l'« évolution culturelle » : « Aucun événement ne se passe dans la vie d'un peuple sans produire des effets sur les générations postérieures. » Le grand problème consiste alors à distinguer quand les éléments culturels semblables sont le fruit de l'unité psychique des hommes (convergence) ou, au contraire, d'emprunts. Comme les sociétés sur lesquelles il travaillait, celles des Indiens d'Amérique du Nord, ne possédaient pas de documents historiques, il lui fallait trouver une méthode originale pour résoudre ce problème. Cette méthode est la suivante : 1. elle considère chaque culture comme composée d'un certain nombre de traits culturels relativement indépendants, dont certains peuvent passer dans d'autres cultures ; 2. elle refuse de prendre un trait culturel isolé, mais considère toujours un ensemble de traits culturels liés (principe de complexité) ; ainsi, un conte contient un certain nombre de thèmes qui forment des séquences et, si on retrouve en deux endroits différents les mêmes thèmes dans une même séquence, ce ne peut être un fait de hasard, il s'agit d'un phénomène de diffusion ; 3. si ces mêmes séquences thématiques se retrouvent dans une aire continue – c'est-à-dire sans interruption géographique –, on a de plus fortes raisons encore de penser à une diffusion d'un centre à la périphérie de cette aire, la périphérie étant délimitée par la perte de certains éléments de ces séquences : c'est le principe de l'aire continue.

Critères de Boas

Dessin : Critères de Boas

Les deux critères de diffusion selon Boas 

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Soit, en effet, un mythe de six éléments (XACEGV) dans une aire de distribution continue ( a) ; à la périphérie, certains éléments disparaissent (XACV, XAGV, XACG, XCEV), mais les éléments qui restent appartenant à la même combinaison et se trouvant dans une aire continue, il y a diffusion. De même, soit une autre aire de diffusion d'un autre mythe ( b), les deux DHLOPRSZ, très séparés, à cause de leur unité séquentielle remarquable, doivent être considérés comme ayant aussi une origine commune, bien que n'appartenant pas à une aire continue. Les contes complexes peuvent perdre des éléments en se diffusant ainsi d'une aire à une autre, tandis que des contes simples peuvent s'enrichir de nouveaux éléments. Chez Boas, l'enquête diffusionniste se présente donc sous une forme simple, dans des régions restreintes géographiquement, où il est le plus facile de saisir les itinéraires suivis par tel ou tel trait culturel. Puisque le parcours de ces itinéraires demande un certain temps, les faits de diffusion pouvaient servir à une reconstitution historique (découverte non d'une chronologie, mais tout au moins d'une succession d'événements).

Critères de Boas

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Les deux critères de diffusion selon Boas 

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Critères de Boas

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Les deux critères de diffusion selon Boas 

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On peut dire que l'école nord-américaine devait rester fidèle, en général, à cet esprit de prudence. En observant les phénomènes de pertes d'éléments, de combinaison avec des éléments étrangers, en établissant statistiquement la présence ou l'absence de traits communs dans des sociétés voisines, on peut présumer leurs relations historiques, découvrir les centres de diffusion et établir des parcours. Bref, on peut retrouver le temps à travers la seule étude de l'espace. Un bon exemple de cette méthode est l'étude de L. Spier, The Sun Dance of the Plains Indians, qui, en définissant ce complexe rituel en quatre-vingts traits essentiels, peut en suivre la diffusion et les transformations, à travers une vingtaine de populations du centre des États-Unis. Les Nord-Américains respectent donc à la fois les principes de complexité et d'aire continue ; ils y ajoutent un principe, qui se trouve d'ailleurs déjà chez Boas, celui de la culture comme Gestalt, qui fait qu'un trait emprunté est réinterprété à travers le paideuma de la culture preneuse. Ainsi, les Pueblos ont bien pris leurs cérémonies aux Navajos, mais alors que les Navajos les utilisaient pour la guérison des maladies, ils les célèbrent pour la fertilité de leurs champs. La similitude des formes va donc de pair avec des différences sémantiques (Haeberlin).

Edward Sapir

Sapir a énuméré les principaux procédés qui permettraient de dater les faits de diffusion : celui de la « sériation culturelle » (les éléments les plus simples d'une culture sont les plus anciens), celui de la présupposition nécessaire (un élément qui, pour exister, suppose au préalable un autre élément est le plus récent), etc. Mais, surtout, le principe de base du diffusionnisme est que l'élément qui a la plus grande aire de distribution est plus ancien que celui qui a une moindre distribution. Ainsi parvenons-nous au concept de l'aire chronologique (age area), dont Wissler se servira pour établir l'histoire problématique des rapports historiques entre Indiens de l'Amérique du Nord. « Trois types de poterie en liaison. Au centre de la région où on la trouve, on découvre trois couches ; deux types seront présents sur une plus grande étendue, tandis que la répartition du type trouvé au fond des deux couches précédentes sera encore plus grande. La conclusion est donc que ce genre de poterie est né dans la région 3 et s'est diffusé vers 2. Entre-temps, les gens de la région 3 élaboraient un niveau type qui se diffusera plus tard en 2, déplaçant le genre original, qui s'était entre-temps diffusé dans la région 1. Mais en même temps, le peuple du milieu développait un troisième type, qui n'eut pas le temps de se diffuser avant la fin du développement dans toute la région » (Herskovits, Les Bases de l'anthropologie culturelle).

Aire chronologique

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Principe de l'aire chronologique 

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Le concept d'aire chronologique est à la base de toute une école d'ethnologues, surtout allemands et autrichiens, l'école historico-culturelle, dont les principaux représentants sont F. Graebner, B. Ankermann, W. Schmidt. Ces ethnologues, surtout le dernier, ont étendu le diffusionnisme, au-delà de limites géographiques, à toutes les régions du globe, de façon à reconstituer l'évolution de l'humanité, mais cette fois, à la différence de l'évolutionnisme, à l'aide de critères sérieux et non plus par pure déduction logique.

École de l'hyper-diffusionnisme

Cependant, le P. Schmidt n'a pas porté le diffusionnisme à sa conception la plus extrême. Il s'est développé en Angleterre, avec E. Smith et W. J. Perry, une troisième école dite « hyper-diffusionniste » ou encore « héliolithique » (parce qu'elle tient l'origine solaire des souverains pour explicative des grands monuments mégalithiques, de la construction des pyramides, de la valeur exceptionnelle accordée à l'or et aux perles, et de l'organisation dualiste de la société). L'hyper-diffusionnisme donne une source unique à toutes les similitudes de civilisation qui peuvent exister dans le monde entier, sans tenir compt [...]

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Roger BASTIDE, « DIFFUSIONNISME », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/diffusionnisme/