DIEULa négation de Dieu

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Interrogation et négation

L'interrogation suprême se dissout pour la pensée dans l'intervalle des termes qui la formulent et de la connaissance qui les sous-entend, dans l'écart de l'acquis et de la réflexion où s'insinuent l'inquiétude et le doute ; faute de pouvoir suivre le fil qui mène de l'affirmation à l'affirmé, d'accepter le travail sournois de pénétration qui retourne une idée en croyance, de comprendre le processus souterrain qui fait admettre l'inadmissible, la certitude naïve se dissout, la confiance se perd, le jugement reste en suspens et l'on entrevoit, regard simple et pourtant chargé de suspicion, que les mots employés pour exprimer le plus grand et le plus grave de tous les problèmes ont le sens que leur donne une pensée présente, actuelle, voulue, spontanée, sincère et intègre mais qui n'est pas maîtresse d'elle-même parce qu'elle a déjà traversé la pensée et le langage quand elle pose sa première question, qu'elle est chargée de sens quand elle cherche le sens, sédimentée quand elle jaillit, riche quand elle se croit dénudée ; sans doute pourrait-elle établir consciencieusement le bilan de l'acquis, inventorier son passé et son histoire, mais cet examen même est une continuation et pas un commencement ; par toute nouvelle pensée, toute nouvelle parole, pensée et langage se déplacent continuellement, dans une sorte de dérive d'où sont absents tout système d'origine et tout point de situation ; par rapport à quoi, ce déplacement, de quelle origine dépend-il, de quelle histoire le sens a-t-il reçu un autre sens et un sens nouveau, par quelle assimilation progressive le problème se pose-t-il en ces termes ? Puisqu'il n'y a qu'eux, ces termes-là, puisque tout usage d'autres termes est encore en ces termes, l'au-delà du sens et de l'être est encore de notre sens et de notre être.

Aucun cogito, aucun sum, de quelque manière qu'on les interprète, ne dissipent le malaise parce qu'ils ne font que déplacer Dieu, engendrant l'illusion que je suis un sujet, point de départ de sa pensée, de son être, de ses actes, source absolue de ce qu'il engendre, centre de [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 14 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  DIEU  » est également traité dans :

DIEU - Problématique philosophique

  • Écrit par 
  • Jacques COLETTE
  •  • 5 672 mots

Au nom de Dieu, les philosophies ont toujours tenté de juxtaposer, voire de substituer, un concept. Qu'il s'agisse du divin ou de l'humain, le rôle de la philosophie est en effet de déployer des notions pour rendre notoires des significations. On peut distinguer les divers essais de penser Dieu en considérant leurs […] Lire la suite

DIEU - L'affirmation de Dieu

  • Écrit par 
  • Claude GEFFRÉ
  •  • 7 959 mots

Le mot « Dieu » désigne la réalité mystérieuse que les hommes cherchent à tâtons depuis les origines. L'histoire des religions peut permettre de repérer les conditions concrètes qui ont favorisé cette fonction théogénique dont l'origine renvoie à l'homme lui-même et à son énigme.On doit cependant reconnaître que la dialectique de l'idée de Dieu telle qu'elle se déploie dans la plupart des religion […] Lire la suite

DIEU - Par-delà théisme et athéisme

  • Écrit par 
  • Henry DUMÉRY
  •  • 1 578 mots

Dans notre culture, théisme et athéisme sont des frères ennemis. La polémique ne cesse pas entre eux, parce qu'ils se nourrissent l'un de l'autre. Ce que l'un affirme, l'autre le nie. Mais tout à leur dispute, ils ne songent guère à renouveler le problème. La querelle continue sur de vieilles idées, avec de vieilles méthodes. Elle durerait longtemps si la q […] Lire la suite

ABSOLU

  • Écrit par 
  • Claude BRUAIRE
  •  • 4 206 mots

Dans le chapitre « Sens et existence »  : […] Lorsqu'on tente d'analyser l'absolu, pour énumérer les attributs qui lui conviennent, on le considère comme un objet d'investigation dont on ferait le tour pour reconnaître ses contours et sa manière d'être propre. En termes théologiques, il s'agit de dresser la liste des attributs divins en s'efforçant d'opérer leur conciliation. La pensée erre d'un attribut à l'autre, comme s'ils faisaient cerc […] Lire la suite

ACTE, philosophie

  • Écrit par 
  • Paul GILBERT
  •  • 1 282 mots

Dans le chapitre « La tradition aristotélicienne »  : […] Le terme « acte » reprend le latin actus , qui traduit deux termes d'Aristote : energeia (« qui est en plein travail ») et entelecheia (« qui séjourne dans sa fin »). Ces deux mots du vocabulaire aristotélicien sont souvent confondus par les traducteurs, mais déjà parfois par Aristote lui-même. L'analyse du mouvement en trois temps permet cependant de les distinguer ; la fin du mouvement s'app […] Lire la suite

AGAPÈ

  • Écrit par 
  • Henry DUMÉRY
  •  • 1 102 mots

Le mot grec agapè signifie affection, amour, tendresse, dévouement. Son équivalent latin est caritas , que nous traduisons par « charité » (dans les textes stoïciens comme dans les textes chrétiens). Généralement, la langue profane emploie agapè pour désigner un amour de parenté ou d'amitié, distinct de l'amour-passion, distinct du désir amoureux : celui-ci, en grec, est appelé érôs , en latin a […] Lire la suite

TERRE ÂGE DE LA

  • Écrit par 
  • Pascal RICHET
  •  • 5 142 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « La chronologie : une préoccupation chrétienne »  : […] Accepté au Moyen Âge aussi bien à Byzance que dans le monde musulman et en Occident, le petit univers d’Aristote centré sur la Terre ne fut pas remis en cause pendant près de deux millénaires. L’éternité du monde fut en revanche vite contestée par les chrétiens parce qu’elle contredisait clairement le tableau biblique de la Création minutieusement brossé par la Genèse. Pour les tout premiers chrét […] Lire la suite

ALIÉNATION

  • Écrit par 
  • Paul RICŒUR
  •  • 7 998 mots

Dans le chapitre « De Hegel à Marx »  : […] Ce qui a préparé de loin cette greffe, c'est le caractère éminemment créateur de l'aliénation ; dans le système hégélien, l' Entäusserung , avec sa négativité propre, est un instrument de rationalité ; à tous les niveaux du système elle assure le passage de l'immédiat au médiat ; elle introduit dans l'indivision et la confusion initiales les médiations grâce à quoi les contradictions sont dépassé […] Lire la suite

ALLĀH

  • Écrit par 
  • Roger ARNALDEZ
  •  • 561 mots

Nom désignant en islam le Dieu unique et créateur qui a révélé son existence et ses commandements, ses promesses et ses menaces, depuis Adam jusqu'à Muḥammad. Ce nom, connu avant la mission du Prophète, a pu désigner en Arabie le Dieu suprême. Il se rattache à la racine sémitique el . En arabe, ilāh signifie la divinité, dieu comme nom commun. Le verbe alaha signifie adorer. Ṭabarī rapporte, dan […] Lire la suite

AMOUR

  • Écrit par 
  • Georges BRUNEL, 
  • Baldine SAINT GIRONS
  •  • 10 166 mots
  •  • 5 médias

«  Dieu aimeras et ton prochain comme toi-même. » Toute la civilisation judéo-chrétienne est fondée sur ce double commandement énigmatique, dont la théorie freudienne semble fournir la version moderne lorsqu'elle montre l'injonction de jouir comme issue des profondeurs du psychisme. Mais il est vrai qu'entre une simple exigence du sujet et l' altruisme total prôné par Jésus-Christ existe tout l'éc […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jeanne DELHOMME, « DIEU - La négation de Dieu », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 septembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dieu-la-negation-de-dieu/