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La finitude

Prétention d'un absurde saut pour dépasser les limites de l'expérience et de la pensée en vue d'une insertion dans un autre monde porté par sa seule image ou par sa seule idée, la métaphysique rationnelle et la foi, faillite du présent de la vie pour quelque passé en deçà du temps et au-delà du futur, boutent l'esprit hors de chez lui pour tirer de lui plus qu'il n'a ; le schème caché du dépassement apporte au fini la certitude de l'Infini réel, la représentation de l'achèvement lui procure le sentiment du Parfait ; ouvert à l'un et à l'autre, le fini l'est-il à ce point qu'il puisse accueillir ce qui n'est pas lui, ce qui n'est pas de lui ? Limites du temps et de l'espace, de l'existence et de la pensée, du corps et du langage, quel pouvoir faut-il supposer, capable de les transgresser ?

Il n'est pas compris dans l'idée d'un être fini qu'il ne possède pas ce pouvoir, qu'enfermé en lui-même comme dans un enclos entouré de barrières il ne puisse, par essence et par nature, en sortir ; opposer une définition à une autre, une idée à une autre idée, le fini à l'infini, l'imparfait au parfait ne met en jeu que les seules idées et définitions qui ne contiennent que ce que l'on y a mis, dans le fini la finitude, dans l'infini l'infinité ; querelle de mots, querelle d'opinions qui reflètent la croyance première et la première adhésion ; mais la finitude n'est affaire ni de notion ni de représentation, elle ne découle pas plus de la première que de l'image d'un quelconque obstacle venu de l'extérieur pour arrêter sur place une impulsion et un élan indéfiniment extensibles ; le sentiment de la mort qui coupe brusquement la vie dans ses projets, celui d'un mouvement qui ne peut se prolonger, celui d'un temps dont la continuation n'est pas assurée, celui d'un espace qui défie toutes les vitesses, celui d'une pensée à laquelle manquent les mots favorisent les adjonctions fantaisistes d'un possible impossible, que nous ne rencontrons jamais parce qu'il ne nous a jamais été donné, ou les regrets inutiles d'un « plus » auquel nous aurions droit, dont nous sommes privés, que devrait compenser une légendaire toute-puissance impitoyable pour sa créature et secourable à ses égarements.

De telles limites ne sont pas éprouvées : que notre main n'aille pas au-delà des mondes dans l'espace infini, que le temps meure et renaisse sans cesse, que ce temps soit le nôtre, que notre pensée et notre langage ne se pensent et ne se parlent qu'en leurs propres termes, autant de puissances qui déterminent pour nous l'espace, le temps, la vie, la pensée, le langage, dont la passivité est la seule activité, sans que leur autre face soit jamais proposée à notre liberté ou à notre usage ; n'avoir que les moyens de cet espace, de ce temps, de cette vie pour vivre, de cette pensée et de ce langage pour penser signifie, non pas la dépendance à l'égard de qui nous a voulus tels ou n'a pas pu nous créer autrement, mais bien qu'en nous-mêmes, que nous-mêmes nous sommes tels, que cette existence est la seule, que nous ne pouvons la comparer à quelque réalité absolue que nous ne connaissons pas ; la finitude est une manière d'être, elle n'est pas plus un manque qu'une chute ou un oubli, une défaite qu'une faute, une erreur qu'une vérité ; nous sommes cette finitude sans qu'elle nous contraigne, puisqu'en elle s'indique l'espace comme démarche, le temps comme ouverture, cette vie comme seule possible, cette pensée et ce langage comme seuls pensants et seuls parlants.

Inscrite en nous selon ces différents modes, elle prend la forme de l'habitude, de la mémoire, du savoir, de la langue dont nous subissons – et indivisiblement apprenons – les multiples et insensibles changements, les infimes et continues variations qui conditionnent l'avenir de ce que nous subirons, de ce que nous apprendrons ; mais de quelle autre liberté se réclamerait-on, capable d'opérer sans ses moyens propres, de quelle pensée qui ne penserait pas ce qu'elle pense comme elle le pense, de quel langage qui s'évaderait de ses paroles ? Déterminée comme conscience de soi et réflexivité, la finitude aiguise en nous pouvoir critique, lucidité, véracité sans qu'ils puissent, esclaves de l'acquis, aller jusqu'au bout d'eux-mêmes ; mais à quel arbitre impartial et indifférent s'en référerait-on qui, pour juger, ne serait pas pris en lui-même ? L'absolu de la preuve et l'absolu de la foi, loin de tenir en échec, du haut de leur transcendance, l'infirmité d [...]

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Pour citer l’article

Jeanne DELHOMME, « DIEU - La négation de Dieu », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dieu-la-negation-de-dieu/