DHEEPAN (J. Audiard)

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L’homme qui n’aimait plus la guerre

Le projet initial était de « faire un remake des Chiens de paille dans une cité d’aujourd’hui » (J. Audiard, Positif n°655, septembre 2015). De fait, comme chez Sam Peckinpah (Strawdogs, 1971), le héros est un homme tranquille qui se transforme un jour en justicier sauvage pour sauver sa famille. Schéma commun à beaucoup de films américains (pas seulement des westerns, mais aussi des films de Clint Eastwood ou Martin Scorsese), lorsque le mal ne paraît plus pouvoir être vaincu que par le mal.

Le projet évolue au cours de l’écriture en collaboration avec deux jeunes cinéastes, Thomas Bidegain et Noé Debré, croisant le courant d’un certain cinéma français qui aborde aujourd’hui les questions de société : c’est le cas, en particulier, de La Loi du marché (S. Brizé) et de La Tête haute (E. Bercot) tournés dans la même période et présentés eux-aussi à Cannes. Pour creuser le thème de l’immigration, Jacques Audiard en vient à privilégier des méthodes de réalisation pour lui très inhabituelles. Il recourt ainsi à des non professionnels parlant la langue tamoule dans les trois rôles principaux : les formidables Antonythasan Jesuthasan (Dheepan), Kalieaswari Srinivasan (Yaline) et Claudine Vinasithamby (la petite Illayaal). Il privilégie aussi la légèreté au tournage (ce n’est pas du « direct », mais on pourrait le croire).

Un court pré-générique résume en un saisissant bûcher de cadavres l’écrasement des indépendantistes Tigres tamouls, vaincus par l’armée gouvernementale sri-lankaise en 2009. Un des Tigres rescapés arrache ses habits de guerrier et s’enfuit. C’est Dheepan, « l’homme qui n’aimait plus la guerre » selon le sous-titre du film, finalement supprimé. Pour faciliter son exil en Europe, un fonctionnaire arrangeant va alors former une famille de toutes pièces en lui adjoignant une femme seule et une jeune orpheline. Ils parviennent ainsi en France où Dheepan devient gardien d’une barre HLM dans une cité de la banlieue parisienne, tandis qu’une école spécialisée dans l’assimilation d’enfants d’immigrés accepte la fillette ; bientôt [...]

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Écrit par :

  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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Pour citer l’article

René PRÉDAL, « DHEEPAN (J. Audiard) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 octobre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dheepan/