DÉVELOPPEMENT COGNITIF ET CÉRÉBRAL EN CAS DE CÉCITÉ

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L’impact de la cécité sur les représentations mentales

Différences quantitatives

La vision est une modalité sensorielle prédominante pour nos interactions avec l’environnement. Au cours de nos déplacements, elle est continuellement intégrée aux signaux auditifs et proprioceptifs que nous percevons. Étant donné le rôle crucial joué par la vision dans le traitement de l’espace, l’étude du traitement spatial chez les aveugles a fait l’objet de nombreuses recherches. La question primordiale est de savoir si la vision constitue un outil nécessaire pour le développement normal des capacités de traitement de l’espace. Alternativement, l’absence de ce système perceptif pourrait permettre l’utilisation de stratégies compensatoires afin de pallier le déficit visuel. Les premiers travaux sur les conséquences de l’absence de vision ont suggéré que celle-ci pouvait être préjudiciable au développement des capacités spatiales. Cependant, des études plus récentes ont montré que les personnes non voyantes étaient capables de traiter du matériel spatial non visuel aussi bien, voire mieux dans certaines circonstances, que les personnes voyantes. Deux hypothèses ont alors été avancées : une « théorie du déficit » et une « théorie compensatoire ».

La théorie du déficit suppose que la vision est particulièrement importante pour se représenter l’espace qui nous entoure. Dès lors, la perte de vision conduirait à des déficiences de la représentation spatiale. Cette théorie a trouvé des éléments de confirmation aussi bien chez les voyants que chez les malvoyants. En effet, lorsque des sujets voyants doivent localiser une source sonore, ils sont plus précis lorsqu’ils réalisent la tâche les yeux ouverts que lorsqu’ils la réalisent les yeux bandés. Par ailleurs, lorsqu’une source sonore est visuellement déplacée, la localisation du son qui s’ensuit est erronément associée au stimulus visuel et non à la source sonore. Un exemple connu de ce phénomène de capture visuelle est l’effet ventriloque. Parler avec des lèvres statiques et bouger en même temps la bouche d’une marionnette provoque la sensation que c’est la marionnette qui produit la voix et non le ventriloque. L’absence de vision pourrait donc retarder ou fortement affaiblir le développement des représentations spatiales auditives et proprioceptives. En accord avec cette idée, certaines études ont montré que les personnes aveugles présentaient des difficultés pour localiser des sons statiques et évaluer des distances de manière auditive.

La théorie de la compensation reconnaît le rôle important de la vision dans le calibrage des autres modalités, mais suggère que l'expérience visuelle n'est pas essentielle à leur développement. Par exemple, des nouveau-nés sont capables d’orienter la tête vers une source sonore dans l'obscurité avant que les comportements d'orientation visuelle soient développés. La localisation spatiale auditive est donc possible même lorsque la vision ne soutient pas son développement. Il est également possible de compenser le manque de vision par une utilisation plus performante des autres modalités sensorielles. La théorie de la compensation suggère donc que les personnes aveugles peuvent interagir efficacement avec leur environnement, malgré leur déficience visuelle.

Différences qualitatives

Outre ces différences quantitatives, une autre question importante concerne le format des représentations cognitives. Selon la théorie de la cognition incarnée, nos capacités cognitives seraient influencées par nos expériences sensori-motrices. S’il est vrai que notre système cognitif est influencé par notre expérience sensorielle, les personnes présentant une expérience sensorielle atypique devraient manifester des processus cognitifs différents. Selon cette perspective, l’absence de vision pourrait engendrer une représentation différente de l’espace qui nous entoure. Les non-voyants seraient capables de localiser des objets, mais le feraient en utilisant des cadres de référence distincts de ceux utilisés par les personnes voyantes. Un cadre de référence spatial est un système utilisé pour calculer et spécifier la localisation d’objets. Dans la littérature, on distingue généralement les cadres de référence interne et externe. Le système de coordonnées interne utilise la perspective de celui qui regarde la scène, ce cadre est dit « centré sur soi ». Le système de coordonnées externe décrit, a [...]

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Écrit par :

  • : chercheur qualifié au Fonds de la recherche scientifique de Belgique, professeur à l'université catholique de Louvain (Belgique)
  • : chercheuse post-doctorante

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Pour citer l’article

Olivier COLLIGNON, Virginie CROLLEN, « DÉVELOPPEMENT COGNITIF ET CÉRÉBRAL EN CAS DE CÉCITÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/developpement-cognitif-et-cerebral-en-cas-de-cecite/