DÉSIR (notions de base)

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L’« animalité » du désir

Si le désir est manque, notre bonheur relèverait donc de l’absence de désirs. Platon (env. 428-env. 347 av. J.-C.) est le premier à valoriser ce détachement et, s’il nous faut commencer par lui, c’est parce qu’il possède un privilège chronologique sur les philosophes qui suivront (ses successeurs grecs comme les théologiens médiévaux), mais aussi et surtout parce que sa doctrine a profondément marqué les esprits et n’a cessé d’être revisitée et imitée. Chez Platon, le désir se situe dans l’epithumia, l’une des trois parties de l’âme, la plus basse, celle qui plonge ses racines dans le corps. Freud (1856-1939) reprendra la théorie platonicienne en forgeant la notion de « çà » dans ses topiques. Il y place l’ensemble de nos pulsions et considère le çà comme régi par le seul « principe de plaisir », les pulsions exigeant une satisfaction immédiate et inconditionnelle. Le caractère inquiétant du çà tient au fait qu’il « ignore les jugements de valeur, le bien, le mal, la morale » (Nouvelles conférences sur la psychanalyse, 1936).

Mais Platon préfigure également Freud par son analyse du monde onirique au début du livre IX de la République. Grâce à lui, nous savons quelque chose des rêves des Athéniens du Ve siècle av. J.-C. Lorsque la partie raisonnable de notre âme est endormie s’éveille alors « la partie bestiale et sauvage » qui « a l’audace de tout entreprendre, comme si elle était déliée et libérée de toute pudeur et de toute sagesse rationnelle. Elle n’hésite aucunement à faire le projet de s’unir à sa mère, ou à n’importe qui d’autre, homme, dieu, animal » (République, livre IX, 571 c et d). Dans sa sauvagerie, le désir ne respecte rien, il est sans foi ni loi, il est par nature démesure.

Dans le sillage de Platon, beaucoup de philosophes vont proposer, selon des modalités diverses, d’éradiquer le désir, d’atteindre l’ataraxie (notion à la fois stoïcienne et épicurienne), ou l’apatheia (notion stoïcienne). À partir d’Augustin d’Hippone (354-430) et des Pères de l’Église, les théologiens vont ajouter une dimension démoniaque au désir, le rendant en particulier responsable du péché originel qui nous a éloignés du divin et condamnés à une vie misérable. Il faut remarquer que même un philosophe tel que Descartes (1596-1650), qui a eu pour ambition de rejeter tant le stoïcisme (selon lui trop exigeant) que l’épicurisme (selon lui trop matérialiste), continue à prôner la mise au pas de nos désirs. Il se donne la maxime suivante : « Tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde » (troisième maxime de la morale provisoire, Discours de la méthode, Troisième partie, 1637).

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Écrit par :

  • : professeur agrégé de l'Université, docteur d'État ès lettres, professeur en classes préparatoires

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Pour citer l’article

Philippe GRANAROLO, « DÉSIR (notions de base) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/desir-notions-de-base/