DÉRIVE DES CONTINENTS

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Des débuts de la théorie aux critiques de la thèse de Wegener

Dans l'évolution de la théorie « mobiliste », il faut distinguer trois étapes, séparées par les dates de 1912 et 1956.

L'idée de la dérive continentale semble avoir été formulée dès 1620 par Francis Bacon et, dans les siècles suivants, de nombreux savants émettent des hypothèses dans ce sens, certaines fantaisistes, d'autres plus vraisemblables, parmi lesquelles celles de Antonio Snider-Pellegrini (1859), de Frank Bursley Taylor (1910), de Howard Bigelow Baker (1911). Tous ces travaux précurseurs, que leurs auteurs n'avaient pas vraiment exploités et qui étaient passés inaperçus en leur temps, ont été scrupuleusement inventoriés par Alexander L. Du Toit (1937).

Le travail d'Alfred Wegener fait date. Non qu'il soit à l'origine de la théorie de la dérive, mais ce météorologiste allemand a déployé beaucoup d'efforts pour l'étudier et la démontrer. Entre ses premières affirmations, en 1912, et sa mort, en 1930, Wegener a publié des articles et des ouvrages en six langues, qui contenaient de nombreux arguments en faveur de la dérive. Ceux-ci constituent les premières considérations sérieuses sur le sujet et le point de départ d'une longue controverse. Malheureusement, la plupart des propositions de Wegener contenaient d'importantes erreurs, et l'on ne pouvait tirer de ses autres arguments des conclusions véritables. Il rallia pourtant des géologues à ses idées (Émile Argand, R. Staub et quelques autres, pour la plupart originaires de l'hémisphère Sud), mais le plus souvent ses vues furent rejetées catégoriquement, surtout par les géophysiciens, en tête desquels Harold Jeffreys, qui en démontrèrent les erreurs.

Positions des continents au cours des derniers 200 millions d'années

Dessin : Positions des continents au cours des derniers 200 millions d'années

Les positions successives des continents au cours des derniers 200 millions d'années. L'Afrique est supposée occuper sa position actuelle (d'après Wegener). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'argument essentiel de Wegener était que les deux bords de l'océan Atlantique pouvaient s'ajuster et que la géologie se suivait d'une côte sur l'autre, comme un texte sur un journal déchiré en deux morceaux. Aussi étrange que cela paraisse, cette évidence fut généralement repoussée comme étant l'effet d'un hasard jusqu'à ce que Edward Crisp Bullard, en 1965, et les découvertes faites lors de forages pétroliers sur les côtes brésilienne et gabonaise renforcent cette hypothèse.

Un autre argument concerne les corrélations qu'on a pu établir entre les aires de répartition des provinces faunistiques et floristiques, et qui sont de deux sortes. D'abord, certaines aires de répartition identiques d'animaux et de végétaux fossiles ou actuels sont coupées par des océans, par exemple l'aire de la flore à Glossopteris du Paléozoïque supérieur des continents austraux, ou celle des séquoias et métaséquoias de Californie et de Chine. Ensuite, certaines provinces contemporaines, mais différentes, sont juxtaposées de part et d'autre d'accidents tectoniques majeurs ou de zones métamorphisées, sans être mêlées pour autant. C'est le cas des deux faunes cambriennes trouvées respectivement à l'est et à l'ouest de Terre-Neuve. Une dérive peut rendre compte de telles anomalies, difficilement explicables autrement. De nombreux biologistes (Brundin, Melville, etc.), donc des non-géologues, ont été parmi les plus ardents défenseurs de cette explication.

Répartition des deux faunes cambriennes de part et d'autre de l'Atlantique actuel

Dessin : Répartition des deux faunes cambriennes de part et d'autre de l'Atlantique actuel

La répartition des deux faunes cambriennes de part et d'autre de l'Atlantique actuel atteste la fermeture de l'océan primitif, puis sa réouverture suivant une ligne, sensiblement différente (d'après J. T. Wilson). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Wegener arguait aussi que certains schémas paléoclimatiques restaient irréalisables sans l'intervention d'une dérive. Il citait entre autres la formation simultanée de gisements houillers dans les régions polaires et de calottes glaciaires sous les tropiques.

Des relevés successifs de courbes cotidales et topographiques ont montré, d'autre part, que des parties de la Scandinavie se relèvent par rapport au niveau marin, à raison de 1 centimètre par an, du fait de la fonte de la dernière calotte glaciaire qui pesait jadis sur cette région, ce qui implique l'existence d'une asthénosphère légèrement visqueuse. Wegener faisait remarquer qu'il devait y avoir, pour compenser cette remontée, un afflux de matière provoquant des courants horizontaux susceptibles d'intervenir dans le mécanisme d'une dérive.

À l'heure actuelle, ces arguments sont admis par beaucoup, mais, à l'époque où ils furent avancés, on les considéra le plus souvent comme peu concluants et on insista sur les erreurs de Wegener. Les géophysiciens ont montré notamment qu'il fallait abandonner l'idée conçue par Wegener d'un fond océanique uniformément visqueux, que les forces qu'il invoquait étaient insuffisantes pour provoquer une dérive, et qu'enfin les relevés qui auraient permis une évaluation des déplacements étaient faux.

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Le golfe d’Aden et la mer Rouge

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Répartition des deux faunes cambriennes de part et d'autre de l'Atlantique actuel

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Dorsales médio-océaniques et âge du fond des océans

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John Tuzo WILSON, « DÉRIVE DES CONTINENTS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/derive-des-continents/