DÉNUTRITION

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Définition et étiologie

Le syndrome de dénutrition doit être distingué d'une part des bas niveaux de nutrition, c'est-à-dire des situations dans lesquelles l'organisme est « adapté » à des ingesta réduits, d'autre part des déséquilibres nutritionnels, et enfin des maigreurs par excès des dépenses.

Si paradoxal que cela puisse paraître, cette maladie vieille comme l'humanité commence à être étudiée seulement depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le contexte des guerres ou des épidémies dans lesquelles s'inscrivaient auparavant les famines rendait difficile la distinction entre ce qui revenait à la dénutrition ou aux épidémies et surinfections. C'est le traitement par les antibiotiques qui a enfin permis aux dénutris de ne pas succomber aux infections.

À la suite des travaux de Hopkins sur les carences vitaminiques spécifiques réalisées grâce à des régimes semi-synthétiques sur des animaux, on appliqua à l'homme le concept de maladies dues au manque spécifique d'une vitamine. La guérison du béri-béri par la thiamine, celle du scorbut par la vitamine C, ainsi que la fréquence de vraies avitaminoses dans des pays à alimentation monotone, comme l'Angleterre, encouragèrent ces espoirs.

Ce fut avec ces conceptions que l'on aborda les problèmes de carence de la Seconde Guerre mondiale. Or, force fut de reconnaître qu'à l'exception des périodes de brusque déséquilibre alimentaire (au début ou à la fin des emprisonnements) les avitaminoses nosologiquement identifiables ne furent pas constatées, sans doute parce que le tableau clinique était tout entier occupé par les symptômes que provoque la privation massive en macronutriments.

La notion de subcarence élaborée sur la théorie selon laquelle il existe entre l'état de santé et celui de carence un continuum biologique conduisit à décrire comme signes d'avitaminose des symptômes non spécifiques, de signification complexe : hyperkératose périfolliculaire, sécheresse de la peau, perlèche, cheilite, dermatite scrotale, pétéchie. Ce concept d'« états de subcarence » ne rendit pas compte des états observés au cours des semi-famines.

D'autre part, des études quantitatives sur des sujets faisant la grève de la faim (objecteurs de conscience, entre autres) avaient montré en Angleterre que la réalisation d'avitaminoses A et C chez l'homme était extrêmement difficile. L'expérience sur trente-deux objecteurs de conscience du groupe d'A. Keys, puis celle des prisonniers irlandais (1920) et anglais, a remis en lumière le rôle du niveau calorico-azoté dans la biologie de la dénutrition.

Les recherches physiologiques ont dégagé deux notions essentielles :

– L'alimentation est un équilibre complexe entre nutriments. Les systèmes cellulaires, des aliments, comme de l'organisme, sont des ensembles qui se défont s'il manque une seule pièce. La plupart des aliments végétaux et animaux présentent un équilibre satisfaisant, et si l'organisme est privé d'un seul nutriment indispensable, il se « dénutrit » de l'ensemble des autres.

– L'homme peut vivre et connaître un équilibre métabolique aussi bien à un haut qu'à un bas niveau. Le problème n'est pas celui de l'équilibre du bilan, mais celui du niveau calorico-azoté optimal pour le bien-être et la santé.

La réduction calorico-azotée jusqu'à une valeur inférieure aux standards habituels ne conduit que dans certains cas à des états pathologiques. Si la réduction est très progressive, si elle ne dépasse guère 50 p. 100 des standards habituels ou se produit sur certaines constitutions (obèses) ou états psychologiques (anorexie nerveuse), elle peut n'entraîner aucun trouble pathologique perceptible. L'organisme peut s'adapter en ne faisant jouer que des mécanismes neuro-endocriniens ne détériorant pas l'activité ou la résistance aux agressions.

On distinguera par conséquent le syndrome de dénutrition des malnutritions, dans lesquelles le facteur étiologique et thérapeutique est beaucoup plus un déséquilibre des divers nutriments qu'une réduction globale de ces nutriments. Les avitaminoses pures et associées, les carences protéiques spécifiques sont des malnutritions.

Le syndrome de dénutrition n'est très souvent qu'un aspect d'un état pathologique complexe, comportant des éléments infectieux, parasitaires, des états mentaux relevant de la psychiatrie, des maladies digestives, rénales, cardiaques, des états toxiques (cancer, drogue).

Chez l'enfant, il est spécialement compliqué du fait des anomalies de croissance, des possibilités d'ajustement à la fois plus profondes, mais également plus limitées, moins réversibles, peut-être plus fréquemment associées à des malnutritions.

Finalement on appellera donc dénutrition un état clinique caractérisé par un état d'asthénie, d'insuffisance fonctionnelle digestive, circulatoire, endocrinienne, rendant l'organisme plus fragile, dû à une réduction des ingesta ou à une augmentation des pertes, que l'on peut soigner jusqu'à un stade avancé par une thérapeutique permettant le retour au niveau alimentaire antérieur.

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Écrit par :

  • : ancien professeur au Conservatoire national des arts et métiers, ancien directeur du laboratoire de nutrition humaine

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Pour citer l’article

Jean TRÉMOLIÈRES, « DÉNUTRITION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/denutrition/