DIDEROT DENIS (1713-1784)

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La vie

Naissance d'un « philosophe »

Il naît à Langres le 5 octobre 1713. De sa mère, il ne parlera que par occasions. En revanche, son père, un petit industriel coutelier, garde sur lui une influence décisive : « Un des moments les plus doux de ma vie, ce fut [...] lorsque mon père me vit arriver du collège les bras chargés de prix. Du plus loin qu'il m'aperçut, il laissa son ouvrage, il s'avança sur sa porte et se mit à pleurer. C'est une belle chose qu'un homme de bien et sévère qui pleure. » Voilà le ton. Sans cette image paternelle on ne comprendrait ni que le fils ait tenu à écrire dans l'Encyclopédie l'article « Coutelier », ni, d'une façon générale, le moralisme dont les Entretiens d'un père avec ses enfants, pris sur le vif, à Langres, proposent le modèle, que l'on retrouve sous la plume du dramaturge (Le Père de famille, 1758 ; Le Fils naturel, 1757), du critique d'art (sur Greuze) ou littéraire (sur Richardson), etc. Ce moralisme, souvent trop bavard – rien de tel chez un La Mettrie ou un Helvétius – n'en apparaît pas moins, dans l'œuvre, en permanent conflit avec l'amoralisme, comme si la nature et la société ne cessaient de se quereller en un dialogue semblable à celui du Philosophe et du neveu de Rameau. Denis va avoir quatre sœurs. L'aînée l'étonnera : Socrate femme. La plus jeune, Angélique, finira folle dans un couvent d'ursulines ; il s'en souviendra en composant La Religieuse. Un frère enfin (1722), qui, devenu prêtre, sera le prototype de l'intolérance butée. Diderot reprendra dans l'Encyclopédie (article « Intolérance ») une lettre qu'il lui avait adressée en 1760.

Après d'excellentes études au collège des jésuites, en vue de la prêtrise – on le tonsure abbé le 22 août 1726 –, cet adolescens multiplici nomine commendatus vient à Paris en 1728 ou 1729, et l'on dispute encore pour savoir s'il entre au collège d'Harcourt, chez les jansénistes, ou à Louis-le-Grand, chez les jésuites, à moins qu'il ne soit passé de l'un à l'autre établissement. Puis sa trace se perd à peu près jusqu'en 1742. Quelques détails : maître ès arts en septembre 1732, on le devine tour à tour gratte-papier chez un avoué, précepteur chez un banquier ; il s'instruit, il mathématise, il apprend de l'anglais, il hésite entre la Sorbonne et la comédie ; en 1741 il rencontre Antoinette Champion : en bref, il mène une vie de bohème, et c'est là qu'il importerait de dépister, dans l'œuvre, toutes les allusions à ces années d'apprentissage, entre seize et vingt-neuf ans, sans la connaissance desquelles Diderot gardera toujours pour nous un secret.

En 1742, il a traduit l'Histoire de la Grèce par Temple Stanyan – et il se lie avec Rousseau : le voici engagé dans la carrière, assez nouvelle au xviiie siècle, d'écrivain non pensionné et sans mécène, qui ne devra rien qu'à sa plume. Contre le vœu de son père, auquel il n'avouera son mariage qu'en 1749, il épouse, le 6 novembre 1743, Antoinette Champion ; trois enfants mourront en bas âge avant Marie-Angélique (1753), la future Mme de Vandeul, qui écrira la vie de son père. En 1744, Rousseau lui présente Condillac. L'année suivante, son adaptation annotée de l'Essai sur le mérite et la vertu, de Shaftesbury, laisse admettre qu'il croit encore à un Dieu providentiel. Mais, avec les Pensées philosophiques (1746), il a déjà évolué vers le déisme et la religion naturelle. Il n'ose produire la Promenade du sceptique (1747), qui ne verra le jour qu'en 1830. En 1748, quelques mois avant les Mémoires sur différents sujets de mathématique, il publie, pour satisfaire dit-on aux dépenses de sa maîtresse, Mme de Puisieux, les fameux Bijoux indiscrets. Sa mère meurt. L'Esprit des lois paraît : Diderot sera le seul homme de lettres à suivre le convoi funèbre de Montesquieu.

L'« Encyclopédie »

Ces années 1748-1749 inaugurent, avec L'Esprit des lois et les œuvres de La Mettrie, de Maillet, Condillac, Buffon, la nouvelle vogue des Lumières qui durera jusque vers 1765. Depuis octobre 1747, d'Alembert et Diderot sont chargés de mener à bien le projet de l'Encyclopédie, dont le Prospectus, probablement de notre auteur, sera lancé dans le public en 1750. La grande aventure commence : « J'arrive à Paris. J'allais prendr [...]

Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

Photographie : Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

Le monument du siècle des Lumières est un « Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers ». Œuvre collective menée à bien entre 1751 et 1772 par Diderot et d'Alembert, l'Encyclopédie, articles et planches, marque autant la promotion du philosophe que celle de l'artisan.... 

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  • : professeur émérite à l'université de Paris-I-Sorbonne

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Pour citer l’article

Yvon BELAVAL, « DIDEROT DENIS - (1713-1784) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/denis-diderot/