DÉMONOLOGIE

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La démonologie iranienne

Six siècles avant l'ère chrétienne, les Juifs, captifs à Babylone furent en contact permanent avec les Iraniens. Durant cet exil, l'angélologie et la démonologie iraniennes exercèrent leur influence sur la religion d'Israël. La conception zoroastrienne des Amesha-Spentas, attributs divins personnifiés par des intelligences, y laissa des traces aussi profondes que la croyance à l'existence de l'Esprit mauvais, Angra Mainyu, qui s'imposa au judaïsme, puis au christianisme, sous des traits analogues.

Zarathushtra pose en principe l'existence indépendante du Mal. Ce n'est pas la pure négation du Bien, ni une corruption ou un inachèvement de celui-ci ; c'est une puissance distincte et active qui, par sa nature même, est l'ennemie du Bien. L'histoire de ce conflit, auquel l'homme participe aux côtés de Spenta Mainyu, l'Esprit bienfaisant, se confond avec l'histoire du monde. La vie n'est qu'une croisade contre les puissances du Mal ; la création entière, elle-même, doit lutter pour s'élever au sommet de la perfection. L'Esprit bienfaisant n'est pas entièrement libre d'agir à son gré ; depuis qu'il est venu à l'existence, il a toujours rencontré l'opposition irréductible du Mauvais Esprit.

Les Gathas exposent clairement cette antithèse radicale : « Le plus saint des deux parla ainsi, dès le Commencement, au Mauvais : « Jamais nos mentalités ne s'harmoniseront, pas plus que nos doctrines, nos aspirations ni nos croyances, nos paroles ni nos actes, nos cœurs ni même nos âmes » (Yasna, XLV, 22).

Angra Mainyu, le Mauvais Esprit, a introduit dans le monde la discorde et la mort. Les daevas, sa progéniture, l'ont choisi comme seigneur. Il les initie, afin d'égarer l'homme par de mauvaises pensées, de méchantes paroles et des actions coupables, et pour le séduire par leurs artifices et leurs prestiges. La meilleure manière d'échapper à ces pièges consiste à penser à l'Esprit bienfaisant et à épouser sa cause. Il faut éviter, comme un pestiféré, l'homme asservi par ses pensées à Angra Mainyu et à ses daevas.

Contrairement à la théorie périmée du dualisme zoroastrien, les Gathas et même quelques éléments tardifs de l'Avesta établissent le caractère monothéiste de la croyance prêchée par le sage de l'Iran. La divinité suprême, Ahura Mazda, « désirant le bien, a créé à la fois le bonheur et le malheur » (Yasna, LXV, 9 ; Dhalla, Zoroastrian Theology). L'Esprit mauvais n'est pas l'adversaire du créateur unique, mais seulement de l'Esprit bienfaisant. D'ailleurs, la lutte aura un terme : la victoire ultime du Bien sur le Mal.

Cependant, de même qu'après la mort, l'âme bonne reçoit sa récompense au Ciel, le zoroastrisme enseigne qu'un enfer est réservé à la vie mauvaise devant laquelle s'ouvre le noir domaine de la pire pensée. L'oisiveté, parente du désir et de la honte, invoque, malgré elle, les démons de la faim, de la soif, de la sujétion, de la maladie et de la misère. Contre eux, l'arme principale est le travail agricole. La Vendidad l'enseigne : « Lorsque le blé pousse, les démons sont frappés d'épouvante ; quand les germes ont percé, les démons toussent ; quand on voit les tiges, les démons pleurent ; quand viennent les épis, les démons tournent les talons ; quand on bat le grain, les démons sont terrassés. Il semble qu'ils retournent dans leurs mâchoires du fer incandescent lorsqu'on engrange le blé en abondance. »

Ces caractères de la démonologie iranienne la rapprochent des conceptions pastorales mésopotamiennes et la séparent ainsi de la démonologie des peuples chasseurs.

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  • : historien des sciences et des techniques, ingénieur conseil

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Pour citer l’article

René ALLEAU, « DÉMONOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/demonologie/