DÉMOCRATIES POPULAIRES

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La diversification limitée (1957-1968)

Après les événements de Pologne et de Hongrie, l'U.R.S.S. a d'abord cherché à rétablir l'unité par une voie classique : celle de l'élimination des « déviations ».

L'unité par l'exclusion (1957-1962)

En 1957, à Moscou, se réunissent les représentants de douze partis communistes des États socialistes. Ils énoncent les principes qui s'imposent à tous les pays s'engageant dans la voie du socialisme. Le révisionnisme est dénoncé comme étant le danger le plus important, mais chaque parti garde la possibilité de « déterminer quel est, à un moment donné, le danger principal ». Les Yougoslaves refusent de signer la déclaration finale, qui les condamne implicitement. Ils seront explicitement condamnés par la presse des autres partis communistes après l'adoption, au printemps 1958, du programme de la Ligue des communistes yougoslaves (VIIe congrès de la Ligue).

Mais, à partir des années 1959-1961, la recherche de l'unité prend une direction opposée. Malgré un compromis réalisé en novembre 1960, lors de la conférence des partis communistes à Moscou, le désaccord entre Soviétiques et Chinois menace l'unité du monde socialiste. Pékin reproche aux hommes du Kremlin de rechercher une entente avec les États-Unis. En octobre 1961, l'Albanie, dont les thèses sont très proches de celles des Chinois, est condamnée par Khrouchtchev au XXIIe congrès du Parti communiste de l'Union soviétique. Au mois de décembre, les relations diplomatiques entre les deux pays sont rompues. En décembre 1962, à la suite des critiques adressées à l'U.R.S.S. pour son attitude pendant la crise de Cuba, Khrouchtchev déclare que le dogmatisme est devenu le danger principal.

La diversification (1962-1968)

L'Albanie a suivi sa voie propre. Le parti communiste y a conservé l'intégralité de ses fonctions, organisant des campagnes politiques pour réaliser ses objectifs, et se référant toujours à Staline et à la nécessité de la dictature du prolétariat.

La Roumanie a cherché à sauvegarder le maximum d'indépendance à l'égard de ses alliés, en particulier dans le domaine de la collaboration économique au sein du Comecon. Dans une déclaration solennelle du 22 avril 1964, le Parti communiste roumain affirme que la souveraineté de l'État socialiste implique que celui-ci détienne dans ses mains la totalité des leviers de commande de la vie économique et sociale ; il s'oppose à tout transfert de responsabilités au profit d'organes supranationaux. En même temps, les Roumains réaffirmaient le rôle dirigeant du parti et le droit pour chaque parti de définir souverainement sa politique.

La Yougoslavie, pendant ce temps, continue dans la ligne de l'autogestion, en augmentant les compétences des collectivités locales et celles des républiques nationales. À partir de 1966, la Ligue s'engage dans un processus de moindre intervention en ce qui concerne les questions économiques et sociales. Pour les autres pays socialistes, la Yougoslavie reste toujours le pays révisionniste par excellence ; on a pourtant peu de renseignements sur la façon dont sont réalisés dans les faits les plans mis en route par le régime de Tito.

La Tchécoslovaquie, en 1968, a tenté d'aller beaucoup plus loin dans la modification du régime politique. Critiquant la « concentration monopoliste du pouvoir dans les organes du parti » et la « thèse erronée selon laquelle le parti est l'instrument de la dictature du prolétariat », le Parti communiste tchécoslovaque a voulu introduire la liberté d'information dans le pays et donner aux organes élus les pouvoirs de décision que leur attribue la Constitution. Mais ces conceptions ont été jugées par Moscou trop dangereuses pour les quatre autres États socialistes d'Europe orientale (Allemagne de l'Est, Pologne, Bulgarie et Hongrie) qui se sont joints à l'intervention militaire de l'Union soviétique pour rappeler à la Tchécoslovaquie que son appartenance à la communauté des États socialistes lui imposait le respect d'une ligne politique précise.

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Boris Eltsine au moment du putsch de 1991

Boris Eltsine au moment du putsch de 1991
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Imre Nagy, 1954

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Mátyas Rákosi et Arpad Szakasits, 1948

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Wladyslaw Gomulka et Tito à Belgrade, 1957

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-I, directeur de l'Institut de recherches comparatives sur les institutions et le droit du C.N.R.S.
  • : professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle

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Pour citer l’article

Michel LESAGE, Henri MÉNUDIER, « DÉMOCRATIES POPULAIRES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/democraties-populaires/