DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE

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Un courant politique original

Au départ, il y a ce conflit triangulaire qui, au long du xixe siècle, oppose catholicisme, libéralisme et socialisme. Il est à l'origine des trois courants essentiels de la vie politique européenne, lorsque la compétition électorale, une fois le suffrage censitaire abandonné, met en jeu des partis organisés faisant appel au suffrage populaire.

Du début du xixe siècle à une époque récente, le rejet du libéralisme politique par l'Église catholique fut aussi puissant que durable. Les encycliques Mirari vos (1832), Quanta cura (1864), le fameux Syllabus qui, la même année, se fait le catalogue des erreurs modernes, la condamnation du Sillon par Pie X (1910) sont autant de mises en garde sans équivoque contre les développements d'une idéologie issue des Lumières. Il faut attendre Noël 1944 et le message à la radio de Pie XII pour que la démocratie pluraliste soit clairement acceptée par un pape : l'Église admet le libéralisme politique, mais le mot n'est pas prononcé. Bien entendu, les partis catholiques créés avec succès avant 1914 (Zentrum allemand, Parti catholique belge) n'avaient pas attendu cette évolution pour accepter une idéologie qui justifiait leur participation au jeu démocratique. Quant au libéralisme économique, l'Église lui a été en général hostile, reconnaissant, certes, le droit de propriété mais préconisant l'intervention de l'État contre les excès de l'individualisme. Il faut ici attendre l'encyclique Centesimus Annus de Jean-Paul II, en 1991, pour trouver une acceptation explicite de l'économie de marché, mais non du « libéralisme ». Le socialisme prémarxiste n'a pas moins été en conflit ouvert avec l'Église, et on connaît la pensée marxiste sur la religion. À part les travaillistes anglais, les partis socialistes européens sont anticléricaux. Déjà en 1878, Léon XIII condamne le socialisme dans l'encyclique Quod apostolici, pour deux raisons essentielles : il méconnaît le droit de propriété et n'est guère favorable à la famille. Les encycliques sociales de 1891 et 1931, Rerum novarum et Quadragesimo Anno, maintiennent cette attitude, tout en reconnaissant qu'il y a des points communs au socialisme modéré et au catholicisme.

La démocratie chrétienne se situe à l'intersection du catholicisme social et du catholicisme libéral. Elle vise, lorsqu'elle se constitue en courant politique, à proposer une réponse originale aux nouveaux défis lancés simultanément par la révolution industrielle et par la démocratie politique. Sa construction intellectuelle emprunte à des sources diverses. En premier lieu, les Écritures et le message évangélique : primauté de la personne humaine et égalité entre les hommes, obligation du chrétien d'agir pour la justice et la vérité, distinction enfin entre l'action temporelle des chrétiens et la visée spirituelle des Églises. Viennent ensuite les documents ecclésiastiques, en particulier les encycliques papales. Rerum novarum et Quadragesimo Anno seront des documents importants. L'encyclique Libertas de Léon XIII (1888) sera considérée comme un encouragement à l'action démocratique, tout comme le message à la radio de Noël 1944. Quant aux penseurs, le courant augustinien sera proche, en France, de la démocratie chrétienne, avec Maurice Blondel (1861-1949), Paul Archambault (1883-1950) et, plus tard, Étienne Borne (1907-1993), conscience philosophique et morale du Mouvement républicain populaire. Après la condamnation de l'Action française (1926), le principal représentant du thomisme en France, Jacques Maritain (1882-1973), élabore une doctrine catholique de la démocratie allant jusqu'à voir dans l'œuvre de saint Thomas « la première philosophie authentique de la démocratie » (Principes d'une politique humaniste, Paris, 1945). Un autre philosophe thomiste, l'académicien Étienne Gilson, sera sénateur M.R.P. à la Libération. Des écrivains, encor [...]

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Écrit par :

  • : maître de conférences de science politique à l'Institut d'études politiques de Bordeaux

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Pour citer l’article

Pierre LETAMENDIA, « DÉMOCRATIE CHRÉTIENNE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/democratie-chretienne/