DÉMENCE

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Nosologie de la démence

Dès le début du xixe siècle, Pinel tente de classer les diverses espèces d'aliénation et distingue la manie, « où la faculté de jugement subsiste souvent », de la démence, « débilité particulière des opérations de l'entendement et des actes de la volonté » où « la faculté de pensée est abolie ». Esquirol devait ultérieurement insister sur le caractère acquis des troubles démentiels, opposant ainsi l'idiotie, de caractère congénital, à la démence, d'apparition secondaire. « L'homme en démence est privé des biens dont il jouissait autrefois. C'est un riche devenu pauvre ; l'idiot a toujours été dans l'infortune et la misère. L'état de l'homme en démence peut varier, celui de l'idiot est toujours le même. » Mais Esquirol, en décrivant des formes passagères et des démences aiguës, ne fait pas de discrimination entre les affaiblissements intellectuels incurables et ceux qui sont réversibles. Le terme « stupidité », introduit par Georget en 1820 pour définir les déficits intellectuels passagers, paraît correspondre aux démences aiguës décrites par Esquirol. Ces états aigus, étudiés ultérieurement par Chaslin sous le terme confusion mentale, seront bien décrits par Régis et par Seglas en France, qui les opposeront à la démence de caractère acquis, mais d'évolution irréversible.

La découverte de la paralysie générale par Bayle (1822), avec ses lésions de méningo-encéphalite chronique, rapportées ultérieurement à la syphilis par Fournier, introduit la notion d'organicité en psychiatrie et fournit un premier facteur étiologique de démence. Ultérieurement, Klippel, avec la pseudo-paralysie générale soulignera l'importance des lésions vasculaires que préciseront Binswanger et Alzheimer dans certains états démentiels. En même temps, le rôle de la sénescence sera mieux compris avec les travaux de Klippel, de Lhermite, de Léri, tandis que Wernicke limitera l’emploi du terme « presbyophrénie » à la seule démence confabulante du sujet âgé. L'individualisation ultérieure des démences préséniles de Pick et d'Alzheimer, et plus récemment de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, apporte toute une série de nouveaux facteurs étiologiques. L'ensemble de ces affections, dont l'état démentiel est l'aboutissant commun, malgré des nuances symptomatiques et évolutives particulières, constitue le groupe des démences organiques. Parfois celles-ci peuvent être secondaires à des causes toxiques, infectieuses, traumatiques dont la démence n'est qu'un des signes. Ailleurs, la démence résume tout le tableau clinique. Il en est de même des processus dégénératifs, actuellement mieux connus et observés durant la sénilité et le présénium.

Le cadre classique des démences vésaniques, ou démences survenant au terme d'une psychose de longue durée, devait parallèlement se transformer et se limiter. L'évolution démentielle des vésanies est ainsi largement décrite par Esquirol, puis par Georget qui oppose démence primitive et démence secondaire, tandis que Morel (1860) la conçoit comme la « longue agonie d'un cerveau longtemps surmené par le délire et blessé dans ses œuvres vives ». Cette conception classique, mais assez imprécise, a perdu de son importance avec la connaissance des processus démentiels organiques dont le début peut être marqué par des troubles psychotiques. Les travaux de Kraepelin sur la démence précoce, puis les conceptions de Bleuler et la description de la schizophrénie devaient réduire de plus en plus l'usage de cette notion traditionnelle devenue anachronique dans la nosologie contemporaine.

Ces constatations historiques illustrent ainsi les divers problèmes diagnostiques soulevés en pratique par les états démentiels : processus démentiels organiques, épisodes confusionnels transitoires, états stuporeux d'origine thymique, désagrégation physique pseudo-démentielle des états schizophréniques.

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Pour citer l’article

Raymond ESCOUROLLE, Joël GREGOGNA, « DÉMENCE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/demence/