DELPHES

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Histoire et archéologie

Le site

Delphes est accroché au flanc abrupt des contreforts méridionaux du Parnasse, qui domine la Grèce centrale de ses 2 459 mètres d'altitude. Surplombé par de hautes falaises rougeoyantes, les Phédriades (Rhodini, la « Rose », au nord et Phlemboucos, la « Flamboyante », à l'est, séparées par une gorge au pied de laquelle jaillit la source Castalie), le site domine la vallée encaissée du Pleistos, qui débouche sur une plaine côtière couverte d'oliviers – domaine d'Apollon périodiquement convoité par les montagnards de Locride et de Phocide. Invisible de la mer pourtant toute proche (18 km par la route), Delphes est un site de montagne (le dallage du temple est à 573 m d'altitude) au climat très contrasté : l'hiver y est assez rude, avec des gelées et des chutes de neige fréquentes ; l'été torride, car les falaises réfléchissent lumière et chaleur. L'aspect de plus en plus sylvestre du paysage est trompeur ; les plantations de pins et de lauriers postérieures à la fouille ont considérablement atténué son âpreté : entre les vallées couvertes d'oliviers et les falaises de calcaire flamboyantes, l'épaulement où se situe Delphes n'a jamais dû porter beaucoup d'arbres, d'autant que les chutes de rochers détachés par les pluies ou les tremblements de terre le ravagent périodiquement. Les éboulements qui ont atteint le sanctuaire d'Athèna Pronaia (Marmaria) en 1905 et la partie nord-est du sanctuaire d'Apollon en 1932 ne sont que de faibles répétitions de la catastrophe de 373 avant J.-C. qui dévasta le site ; selon la chronique locale, ce sont également des éboulements de pierre providentiels qui empêchèrent les Perses en 480, les Gaulois en 279 avant J.-C. d'atteindre le sanctuaire d'Apollon, dont ils s'apprêtaient à piller les trésors.

Sanctuaire d'Athèna Pronaia, Delphes

Dessin : Sanctuaire d'Athèna Pronaia, Delphes

Plan du sanctuaire d'Athèna Pronaia, au lieu-dit Marmaria, à l'entrée ouest de la ville antique de Delphes, du côté d'Athènes et de la Béotie. Les deux temples doriques successifs d'Athèna, le temple périptère en tuf (« pôros ») du Péloponnèse, construit vers 500 av. J.C. et... 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Ce lieu farouche élu par Apollon n'était pourtant pas solitaire : à partir du vie siècle au plus tard, ce fut aussi le site d'une petite ville vivant du sanctuaire comme le fait aujourd'hui du tourisme le village moderne ; les vestiges de ses fortifications (muraille dite de Philomèlos, à l'est du stade ; tour à l'ouest, sur la route d'Athènes) et des tombes en déterminent précisément l'extension, sauf au sud. À l'intérieur de ce périmètre, surtout dans la zone comprise entre le sanctuaire d'Apollon, le musée et le stade, mais aussi contre le côté est du sanctuaire, des maisons d'époque impériale tardive ont été dégagées. En dépit de leur aspect actuel, les sanctuaires d'Athèna Pronaia et d'Apollon étaient donc des sanctuaires urbains entourés de maisons, ce qui explique en partie qu'ils n'aient guère pu s'agrandir après le vie siècle.

Sanctuaire d’Athéna Pronaia, Delphes

Photographie : Sanctuaire d’Athéna Pronaia, Delphes

De part et d’autre de la voie sacrée à Delphes, le visiteur pouvait admirer les multiples statues et édifices offerts à Apollon par les riches particuliers ou les cités. Parmi ceux-ci, le trésor des Athéniens du sanctuaire de Delphes est un monument votif érigé... 

Crédits : Charlie Waite/ Getty Images

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Temple d’Apollon, Delphes

Photographie : Temple d’Apollon, Delphes

Le grand temple d'Apollon est le principal édifice du sanctuaire de Delphes. Le temple a été par cinq fois détruit et reconstruit. Les vestiges visibles sont ceux du temple du IVe siècle avant J.-C. (vers 370-330 avant J.-C.), considéré comme un des plus beaux et des plus riches du monde... 

Crédits : G. Alexandris/ Shutterstock

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Dans l'Antiquité comme aujourd'hui, on arrivait à Delphes soit par mer, en débarquant à Kirrha, non loin de l'Itéa actuelle, soit par terre en franchissant la passe d'Arachova, qui fait communiquer la plaine de Béotie avec les montagnes de Phocide. Dans les deux cas, la dernière partie du voyage se faisait à pied ou à dos de bête, par des chemins muletiers escarpés. Il n'en est que plus remarquable que Delphes ait pu attirer des pèlerins de tout le monde grec et drainer à elle, pour la fabrication des offrandes et des bâtiments, des matériaux importés – métaux et marbres – qu'il fallait hisser péniblement jusqu'à ses pentes.

Histoire du site

La fouille (1970-1972) de l'Antre Corycien, vaste grotte située sur le plateau du Parnasse, à 1 360 mètres d'altitude, a révélé que la région de Delphes avait été habitée dès le Paléolithique, avant 40 000 avant J.-C. ; des traces d'occupation humaine sont également attestées dans la grotte entre 5400 et 3300 avant J.-C., à l'époque néolithique.

À l'Âge du bronze, le site côtier de Kirrha semble avoir été abandonné vers 1700 avant J.-C. au profit de Crissa, un plateau intermédiaire protégé, qui est fortifié au xive siècle comme la plupart des sites mycéniens. Enfin, sur le site même du sanctuaire d'Apollon (quart nord-est) existe depuis 1400 avant J.-C. environ un modeste village appelé Pythô, qui dépend de Crissa et subsiste jusqu'à la période submycénienne (vers 1100). Après un long hiatus, le site est à nouveau habité vers 800. C'est alors, sans doute, qu'apparaît le sanctuaire, avec la sacralisation de vestiges mycéniens, suivant un phénomène connu par ailleurs. Quant au mythe de fondation que rapporte l'hymne homérique à Apollon aux vers 182-546, il raconte comment Apollon, à la recherche d'un site où installer l'oracle dont les conseils sortiront les mortels de l'égarement, a été amené à s'approprier un oracle de la Terre (Gâ) gardé par un dragon redoutable, Python, qu'il tue. Pour installer son culte, il prend alors l'apparence d'un dauphin – ce qui vaut au nouveau sanctuaire son nom de Delphes – et détourne un bateau crétois dont l'équipage formera son premier clergé. Ce n'est donc pas, comme d'habitude, une apparition de la divinité sur un site neutre qui est à l'origine du sanctuaire : Apollon est à Delphes un aventurier venu d'outre-mer qui impose un groupe d'étrangers en terrain conquis. Il agit comme le chef d'un groupe de Grecs fondant une cité nouvelle en terre barbare. Sans doute est-ce pour cela qu'Apollon Pythien a été le patron des entreprises coloniales qui vont transformer le monde grec entre 750 et 600 avant J.-C. environ.

Le succès du sanctuaire est en effet très rapide : aucun groupe de colons ne se hasarde outre-mer pour fonder une nouvelle cité sans que le chef de l'expédition (oïkiste) n'ait d'abord été quérir l'aval d'Apollon Pythien, qui ne prédit pas l'avenir mais indique aux humains « le plus profitable et le meilleur ». Aussi trouve-t-on dans toute cité coloniale un sanctuaire d'Apollon Pythien. Le prestige de Delphes se trouve ainsi répercuté jusqu'aux confins du monde grec ; dès le vie siècle, l'Apollon Pythien a supplanté l'Apollon de Dèlos, dont l'emprise ne dépassera jamais la mer Égée. De cette phase d'expansion, attestée par les textes et les cultes des cités coloniales, quelques offrandes témoignent seules, le petit temple en tuf (pôros) du viie siècle n'ayant laissé aucune trace.

La première guerre sacrée (590 av. J.-C.) libère Delphes de la tutelle de Crissa et confie l'administration du sanctuaire à une association de douze « peuples » (amphictionie), qui gère également le sanctuaire de Dèmèter aux Thermopyles. Au même moment, les concours gymniques et musicaux célébrés en l'honneur d'Apollon sont réorganisés à l'image de ceux d'Olympie ; à ces Pythia célébrés désormais tous les quatre ans, on vient de tout le monde grec. La prospérité du sanctuaire au vie siècle est attestée par le grand nombre de chapelles votives (trésors) qui y sont construites, surtout dans sa zone sud-ouest. L'incendie du temple, en 548 avant J.-C., fournit l'occasion de remodeler toute la zone centr [...]

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Grèce : carte administrative

Grèce : carte administrative
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Sanctuaire de Delphes

Sanctuaire de Delphes
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Sanctuaire d'Athèna Pronaia, Delphes

Sanctuaire d'Athèna Pronaia, Delphes
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Sanctuaire d’Athéna Pronaia, Delphes

Sanctuaire d’Athéna Pronaia, Delphes
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Écrit par :

  • : ancien membre de l'École française d'Athènes, professeur émérite d'archéologie grecque à l'université de Paris-X-Nanterre
  • : chercheur au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

Bernard HOLTZMANN, Giulia SISSA, « DELPHES », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/delphes/