SHAHAR DAVID (1926-1997)

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Romancier et nouvelliste israélien, David Shahar, né à Jérusalem le 17 juin 1926, est mort à Paris le 2 avril 1997. Ses ancêtres s'étaient installés à Jérusalem au début du xixe siècle. Ils venaient, du côté maternel, de Russie, du côté paternel, de Hongrie mais, pour ces derniers, une tradition familiale les faisait descendre de Juifs ayant fui l'Espagne au xvie siècle. Son enfance s'écoule à Mea Shearim, le quartier le plus religieux de la ville, ce qui n'empêche pas son père de faire entrer son fils dans une école laïque de la nouvelle ville. Là, dans le milieu cosmopolite de la Jérusalem sous mandat britannique, se côtoyent pacifiquement, en dépit de tensions et d'antagonismes sous-jacents, les communautés ethniques et religieuses les plus diverses (juifs et chrétiens, Arabes musulmans ou chrétiens, Britanniques...).

Son éducation se fait en hébreu. Mandat oblige, sa seconde langue est l'anglais. Ses études terminées (une licence de psychologie), essayant de concilier gagne-pain et écriture, David Shahar choisit d'enseigner des matières qui lui sont familières – la Bible et l'anglais – dans des écoles techniques, et refuse de donner des cours de littérature, discipline pour lui « bien trop intime » pour être ainsi disséquée en public. Lieutenant dans l'armée, il participe à toutes les guerres israélo-arabes, y compris celle du Kippour où, d'une mission sur le front égyptien, il rapportera le projet de son grand roman, L'Agent de Sa Majesté (1979). Il ne quitte Israël pour la première fois qu'à l'âge de trente-sept ans pour un séjour de deux ans à Paris. À cette date (1963), il a déjà publié dans son pays deux recueils de nouvelles et un roman Lune de miel et d'or (1959), lequel soulève un tollé car il ose y braver certains tabous de la société d'alors : prééminence du kibboutz, primauté du réalisme pratique sur l'art, etc. Le séjour à Paris, envisagé avec appréhension, s'avère au contraire très propice. Si, en effet, il n'écrit pendant ces deux années qu'une seule nouvelle, Première Leçon, les thèmes du Palais des vases brisés (1974-1994), l'œuvre monumentale de sa vie, commencent à germer dans son esprit. Certes, Jérusalem – ses murs, ses tours, ses ruelles, son monde bigarré, ses amours et ses drames –, dont il brosse un tableau à la fois physique et moral, reste au centre de sa création, mais l'écrivain s'ouvre à d'autres paysages, à d'autres personnages, à d'autres interrogations. Dès lors, la France, Paris et la Bretagne mêlent leurs motifs à ceux de Jérusalem comme une sorte de contrepoint. Le titre général de l'œuvre, Le Palais des vases brisés, fait allusion à une notion de la Kabbale formulée par Isaac Louria au xvie siècle. Dieu, pour donner vie au monde créé, lui aurait envoyé un unique « rayon de lumière », lequel, trop fort, aurait brisé les « vases » contenant la matière, laissant s'y mêler des parcelles de lumière divine. Et c'est à l'homme, à l'artiste en tout premier lieu, qu'il incombe de recréer l'unité et l'harmonie. Mais le Palais n'est en rien une œuvre philosophique. C'est avant tout un roman aux multiples facettes qui se déroule comme une somptueuse tapisserie. Le point de départ en est le jour fatidique de l'été de 1936 où éclatent les premières graves émeutes arabes à Jérusalem. La politique, « ce cancer du monde moderne », fait alors irruption dans le cercle des amis de Gabriel Louria – le héros principal –, petit groupe varié, pittoresque et chaleureux à l'image de la ville elle-même et comme elle, irrémédiablement ébranlé.

Si David Shahar rejette la notion « d'auteur engagé », cela ne l'empêche pas de fustiger durement tout ce qu'il déteste – à commencer par les fanatismes de toute sorte –, ni de prendre position dans les grands problèmes qui agitent son pays – la question arabe entre autres.

En Israël, les prix les plus prestigieux sont attribués à David Shahar. En France, à partir de 1971, son œuvre est publiée dans son intégralité. Il reçoit le prix Médicis étranger (1981) et est fait commandeur dans l'ordre des Arts et des Lettres. La critique accueille très chaleureusement celui que Jacqueline Piatier est la première à appeler « le Proust israélien ». Il n'est pas question ici d'influence – David Shahar ne découvre Proust que tardivement –, mais bien d'appartenance à une même famille d'esprits. Toute son œuvre est écrite à la première personne mais, pas plus que chez Proust, il ne s'agit de « mémoires », et pas davantage de la chronique d'une [...]

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Dans le chapitre « Le roman dans l'histoire »  : […] Profondément intégrés à la vie du kibboutz, ces écrivains s'attachent à l'exaltation des valeurs collectives. Leurs héros, à la fois bâtisseurs et combattants, font délibérément le sacrifice de leur vie pour défendre leur idéal. Ils n'ont pratiquement pas d'existence en dehors du microcosme du kibboutz. Les auteurs les plus en renom sont Yigal Mossinsohn (1917-1994) [ Gris comme un sac ], Moshé Sh […] Lire la suite

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Madeleine NEIGE, « SHAHAR DAVID - (1926-1997) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/david-shahar/