LYNCH DAVID (1946- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'ange du bizarre

Dès Eraserhead se dévoile une conception surprenante de la narration et une idée non moins insolite de ce qui peut faire naître la fiction (un radiateur devient un objet de fascination, et ouvre sur un monde parallèle où vit une femme au visage spongieux). Dans Eraserhead, un bébé monstrueux, dont la vision autant que les cris sont insupportables, est confié à un homme d'apparence à la fois banale et bizarre qui semble être son père. Il est interprété par Jack Nance, présent dans presque tous les films de Lynch et mort le 30 décembre 1996, après une dernière apparition dans Lost Highway dans un rôle de mécano passionné de free jazz. Il ne s'agit pas ici d'élucider le mystère (qui est partout), ni même de jouer avec la peur du spectateur, comme dans un film d'horreur classique, mais de s'enfoncer toujours plus loin, dans l'innommable. La perte des référents est l'épreuve, subtile mais radicale, que nous impose Lynch : cerveau torturé ou souffrance d'un corps écorché vif, cauchemar intérieur ou atrocité physique, Eraserhead mêle continuellement l'envers et l'endroit. Toute l'œuvre de Lynch renvoie ainsi à la figure de l'oxymoron, figure rhétorique et poétique qui caractérise le mieux la synthèse majeure opérée par son cinéma qui marie le non-verbal (les purs fantasmes visuels, le langage des rébus, utilisé par un des personnages de Twin Peaks Fire Walk With Me, 1992) et le verbal (le pouvoir des mots, un des motifs clés de Dune, 1984). Eraserhead peut ainsi être vu comme une extrapolation de l'imaginaire autour du mot-titre (« tête de gomme » ou « tête à effacer », Lynch va au bout de la logique de ces significations), de même que Blue Velvet (1986) est un film composé d'émois tactiles indéfinissables (comme une morsure dans le « velours bleu » de son titre), et que Lost Highway trouve son origine dans ces deux mots, relevés par Lynch dans un roman de Barry Gifford.

Cette logique, qui fonde toute la démarche de Lynch, repose sur une absence d'autocensure proche de celle que l'on constate chez les personnes placées sous hypnose. Le no man's land urbai [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 4 pages


Écrit par :

Classification


Autres références

«  LYNCH DAVID (1946- )  » est également traité dans :

ERASERHEAD, film de David Lynch

  • Écrit par 
  • Michel CHION
  •  • 876 mots

Eraserhead (« Tête à effacer ») est le premier long-métrage de David Lynch (1946- ) et reste dans sa filmographie une œuvre à part, tant par ses conditions de production (plus de cinq ans de travail, avec des moyens très réduits) que par son aspect parfois proche de l'abstraction. Projeté dans une seule salle tous les samedis soir à N […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/eraserhead/#i_70479

MULHOLLAND DRIVE (D. Lynch), en bref

  • Écrit par 
  • Joël MAGNY
  •  • 255 mots

Rarement film fut aussi déroutant pour la raison du spectateur, mais aussi plus fascinant pour l'œil, l'oreille, pour toute forme de perception et d'imagination en général. À l'origine David Lynch (né en 1946) avait conçu Mulholland Drive comme l'épisode pilote d'une série. Il reposait sur un foisonnement de scénarios potentiels, alli […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mulholland-drive-d-lynch-en-bref/#i_70479

MULHOLLAND DRIVE (D. Lynch)

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO
  •  • 927 mots

Comme toutes les œuvres d'importance, Mulholland Drive (2001, prix de la mise en scène au festival de Cannes) engendre son lot de malentendus. Dès sa genèse, le film de David Lynch quitte vite sa route initiale. La compagnie A.B.C. ne donne pas suite au « pilote » réalisé par l'auteur de Twin Peaks, et ce n'est que […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/mulholland-drive/#i_70479

CINÉMA (Aspects généraux) - Histoire

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO, 
  • Jean COLLET, 
  • Claude-Jean PHILIPPE
  •  • 21 812 mots
  •  • 37 médias

Dans le chapitre « Le Nouvel Hollywood »  : […] Il ne faudrait pas cependant se contenter d'une lecture purement économique. Le désir de fiction – le fait n'est pas nouveau – rencontre toujours sur son chemin la production américaine, et le blockbuster n'est pas nécessairement synonyme de « navet ». Des Aventuriers de l'Arche perdue (1981), de E.T. (1982) à […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/cinema-aspects-generaux-histoire/#i_70479

PARLANT (CINÉMA) - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Michel CHION
  •  • 3 247 mots

1899 États-Unis. Th e Astor Tramp , « picture song » de Thomas Edison. Bande filmée destinée à être accompagnée d'une chanson chantée en salle (derrière l'écran) par des artistes invités. 1900 France. Présentation par Clément Maurice du Phono-Cinéma-Théâtre à l’'Exposition universelle. Au programme, une scène d' Ham […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/parlant-cinema-reperes-chronologiques/#i_70479

POLICIER FILM

  • Écrit par 
  • Jean TULARD
  • , Universalis
  •  • 4 322 mots
  •  • 6 médias

Dans le chapitre « Un genre multiple »  : […] En 1980, Bob Raphelson réalise Le facteur sonne toujours deux fois ( The Postman Always Rings Twice ). Cette quatrième adaptation du polar éponyme de James M. Cain se distingue des précédentes par la mise en images de la passion charnelle des amants meurtriers ainsi que par l'absence de tout jugement moral sur leurs actions. Dans les années qui suivent, […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/film-policier/#i_70479

Pour citer l’article

Frédéric STRAUSS, « LYNCH DAVID (1946- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/david-lynch/