DADA

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'esprit dada

Le pouvoir d'un nom

La légende veut que Dada soit né le 8 février 1916 au café Terrasse à Zurich, son nom ayant été trouvé à l'aide d'un coupe-papier glissé au hasard entre les pages d'un dictionnaire. Plusieurs auteurs en ont revendiqué la paternité, alléguant des preuves qui doivent toutes être tenues pour fausses. Gardons-nous de ne pas croire aux légendes !

Si l'esprit dada existait un peu partout dans le monde avant cet acte de baptême officiel, le mouvement qui venait de prendre naissance n'aurait jamais acquis sa notoriété sans la magie de ce nom-écrin (double affirmation dans les langues slaves et en roumain, expression de la dérision en français, etc.) et sans l'obstination des quelques exilés, miraculeusement protégés de la folie sanguinaire des grandes puissances dans cette terre neutre qu'était la Suisse, qui se concertèrent et se soutinrent mutuellement pour ne pas subir l'entraînement infernal des idéologies régnantes.

Ils venaient de Roumanie (Tristan Tzara, Marcel Janco), d'Allemagne (Hugo Ball, puis Richard Huelsenbeck), de l'Alsace annexée (Hans Arp)..., et ils animèrent des soirées poétiques avec musique, danses, présentation de tableaux, ainsi qu'une revue portant le même nom que la salle où ils se manifestaient, le Cabaret Voltaire. Hugo Ball en présentait ainsi l'unique numéro, en mai 1916 : « Il doit préciser l'activité de ce Cabaret dont le but est de rappeler qu'il y a, au-delà de la guerre et des patries, des hommes indépendants qui vivent d'autres idéals. »

À ses débuts, Dada ne se distinguait pas très nettement des écoles d'avant-garde à la mode. Il a fait son miel de l'expressionnisme, du cubisme, du futurisme et des théories esthétiques de Kandinsky. Davantage, il se faisait un devoir de promouvoir ces esthétiques qui, en raison de la guerre, ne pouvaient accéder au public dans leur pays d'origine. Ce n'est qu'en avançant, et surtout en s'affrontant avec le public, qu'il a défini son attitude foncièrement négative.

Dada III (décembre 1918) marque le tournant révolutionnaire du mouvement, une fois la jonction opérée avec Francis Picabia qui représentait l'esprit dada de New York avec sa revue 391, publiée au gré de ses pérégrinations à Barcelone, à New York, à Zurich et, pour finir, à Paris. Dans ce numéro figure le Manifeste dada 1918 de Tristan Tzara, dont chaque proposition mériterait d'être retenue tant il est à la fois subversif et lucide : « ... une œuvre d'art n'est jamais belle par décret, objectivement, pour tous. La critique est donc inutile, elle n'existe que subjectivement pour chacun et sans le moindre caractère de généralité [...] que chaque homme crie : il y a un grand travail destructif, négatif à accomplir. Balayer, nettoyer ». Dada a rompu les ponts avec tout ce qui le rattachait à l'art ; il veut faire table rase du passé, mettant en exergue à sa publication la phrase de Descartes : « Je ne veux même pas savoir qu'il y a eu des hommes avant moi. »

L'internationale Dada

En 1913, avant Dada, c'est-à-dire avant Zurich et avant la guerre, deux Français, les peintres Marcel Duchamp et Francis Picabia, avaient déjà mis le feu aux poudres – c'est le cas de le dire – en produisant leurs tableaux à l'Armory Show de New York, dans un arsenal désaffecté. Après la guerre, ils allaient, avec Man Ray, fonder un éphémère groupement dada, publiant en 1921 une revue, New York dada, en écho aux publications françaises.

Avec les divers scandales qu'il suscitera à Zurich par ses expositions et ses soirées-spectacles, Dada trouvera sa forme définitive en 1919. Cependant, le public commençait à lui faire défaut. Or toute l'activité de Dada ne se légitime qu'en fonction du public sur lequel il s'est proposé d'agir. Dada va donc s'exporter, non seulement pour se retrouver, mais aussi pour se développer, et parce qu'il est tout naturellement internationaliste.

À Berlin, Richard Huelsenbeck, de retour de Zurich, fonde le club Dada (1918-1921) avec la participation d [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 9 pages

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par :

  • : professeur émérite à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle, fondateur du centre de recherches sur le surréalisme (université Paris-III, C.N.R.S.)
  • : docteur en histoire de l'art à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

Classification

Autres références

«  DADA  » est également traité dans :

DADA (exposition)

  • Écrit par 
  • Florian RODARI
  •  • 961 mots

Rien n'est plus étranger à l'esprit dada que la consécration. Le rejet de toute autorité et l'abandon du culte de la personnalité constituent même les rares principes qui ont animé, de 1916 à 1922, la geste dada. En effet, avant même d'être à l'origine de certaines des œuvres les plus importantes du xxe siècle, ce […] Lire la suite

AFFICHE

  • Écrit par 
  • Michel WLASSIKOFF
  •  • 6 822 mots
  •  • 13 médias

Dans le chapitre « Les avant-gardes »  : […] L'art de l'affiche en vient à bouleverser le regard communément porté sur la représentation picturale. Ainsi, à partir de 1910, Braque et Picasso, attentifs à la réalité du quotidien, et en particulier aux trouvailles plastiques de l'affichage mural, inscrivent des lettres peintes au pochoir et introduisent des éléments de textes découpés dans des journaux et autres imprimés, directement sur la […] Lire la suite

ANTI-ART

  • Écrit par 
  • Alain JOUFFROY
  •  • 3 052 mots

Dada, en 1919, a remplacé l'« art : mot perroquet » selon Tzara, qui a affirmé dans sa Proclamation sans prétention que « l'art s'endort pour la naissance d'un monde nouveau ». Malgré le nihilisme de Dada, qui exerça ses ravages pendant six ans, de 1916 à 1922, son action de sabotage suscita, contradictoirement, de nouvelles instructions formelles, une « dé-construction » si l'on veut, qui fait […] Lire la suite

ARAGON LOUIS (1897-1982)

  • Écrit par 
  • Daniel BOUGNOUX
  •  • 4 132 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Un merveilleux printemps »  : […] Né le 3 octobre 1897 à Paris d'un père (le député Louis Andrieux, un temps ambassadeur à Madrid) qui refusa de le reconnaître et d'une mère, Marguerite Toucas, qui se fit jusqu'en 1918 passer pour sa sœur, le jeune garçon vécut dès son enfance un roman familial passablement compliqué, qu'évoqueront les grands romans du Monde réel ( Les Voyageurs de l'impériale notamment). Étudiant en médecine m […] Lire la suite

ARP HANS (1887-1966)

  • Écrit par 
  • Anne BOÉDEC
  •  • 1 967 mots

Dans le chapitre « L'abstrait »  : […] Réfugié en Suisse après la déclaration de guerre, Arp expose en novembre 1915, à la galerie Tanner de Zurich, ses premiers collages, faits de papiers et d'étoffes imprimées, différents des collages cubistes par l'absence de référence à un objet. À l'occasion de cette exposition, il rencontre Sophie Taeuber (1889-1943), dont les œuvres, déjà totalement abstraites, l'influencent ; ensemble ils exéc […] Lire la suite

BAADER JOHANNES (1875-1955)

  • Écrit par 
  • Lionel RICHARD
  •  • 895 mots

Johannes Baader est né le 21 juin 1875 à Stuttgart, dans une famille où il a été élevé selon les principes rigoureux du piétisme. D'où certainement, plus tard, sa répulsion pour les religions instituées, ainsi que sa propension à se prétendre lui-même Dieu, ou à la rigueur le Christ réincarné. Toujours est-il qu'il s'est plié à la discipline scolaire, jusqu'à obtenir un diplôme d'architecte dans s […] Lire la suite

BAARGELD ALFRED GRÜNEWALD dit JOHANNES THEODOR (1891-1927)

  • Écrit par 
  • Charles SALA
  •  • 321 mots
  •  • 1 média

Plus connu sous le nom de Baargeld (argent comptant), Alfred Grünewald a été l'un des personnages les plus déroutants du dadaïsme de Cologne . Fils d'un banquier, il avait été l'un des fondateurs du Parti communiste de Rhénanie. Personnage excentrique, il avait quitté Oxford pour s'adonner vers 1918 aux activités dada. Avec Arp et Ernst il a animé le petit groupe dadaïste de Cologne dont l'activit […] Lire la suite

BELGIQUE - Lettres françaises

  • Écrit par 
  • Marc QUAGHEBEUR, 
  • Robert VIVIER
  •  • 17 542 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Le refoulement des avant-gardes »  : […] Cet ébranlement des assises sociales et culturelles du pays est perçu – et théorisé jusqu'à ses ultimes conséquences – par le jeune Clément Pansaers dans sa revue Résurrection . Publié en pays occupé à l'époque où triomphe, en Russie, la révolution d'Octobre, le périodique défend des points de vue internationalistes et révolutionnaires qui passent par l'abolition des frontières nationales. Le patr […] Lire la suite

BLUMENFELD ERWIN (1897-1969)

  • Écrit par 
  • Armelle CANITROT
  •  • 679 mots

L' Autoportrait en Pierrot (1911) réalisé par Erwin Blumenfeld à l'âge de quatorze ans laisse entrevoir la créativité de cet anticonformiste qui va bousculer les codes de la photographie de mode. Né en 1897 à Berlin dans une famille d'origine juive, Blumenfeld doit abandonner ses études à la mort de son père pour devenir apprenti dans la confection. Ambulancier dans l'armée allemande durant la Pr […] Lire la suite

BRETON ANDRÉ

  • Écrit par 
  • Marguerite BONNET
  •  • 4 880 mots

Dans le chapitre « La naissance du surréalisme »  : […] Des prédilections communes, la foi dans les pouvoirs de la poésie ont rapproché de lui, dans les années 1917-1918, Louis Aragon et Philippe Soupault. En mars 1919, ils fondent une revue, Littérature , qui publie les Poésies de Ducasse, les Lettres de guerre de Jacques Vaché, mort (accident ou suicide ?) en janvier 1919, et les premiers textes obtenus par Breton et Soupault au moyen de l'écritur […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Henri BEHAR, Catherine VASSEUR, « DADA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/dada/