TWOMBLY CY (1928-2011)

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High and Low

En 1957, le peintre part pour l'Italie où, à la suite de son mariage, il se fixe en 1959 – si l'on peut dire pour un artiste qui poursuivra une vie nomade entre l'Italie (Rome, Sperlonga, Bassano, Bolsena, Gaeta...) et les États-Unis. À cette époque, le départ pour l'Europe, loin de leurs prestigieux aînés, est commun à plusieurs peintres américains issus de l'expressionnisme abstrait – Joan Mitchell s'installe ainsi définitivement en France en 1959. Comme eux, Twombly, qui s'intéresse par exemple au travail d'Alberto Burri, cherche à renouer un lien avec l'art européen. Après des peintures dans lesquelles il expérimente différentes formes d'écriture (symboles, lettres, mots mais aussi chiffres et figures géométriques) qu'il place dans l'espace clair de sa toile, il réalise, à partir de 1961, à l'huile, à la craie et au crayon des œuvres baroques (Empire of Flora, 1961). La couleur (et d'abord le rouge), appliquée le plus souvent directement à la main, y arrive en force. Dans ces œuvres mal aimées de la critique américaine – un fiasco, écrit Donald Judd en 1964 dans Arts Magazine, lors d'une exposition du peintre à la galerie Leo Castelli, où il a rejoint Johns et Rauschenberg –, les signes, et certains pictogrammes en particulier, indiquent un caractère fortement sexué et « orgastique » (pour reprendre l'adjectif que Motherwell avait appliqué à l'œuvre dès 1951) : la ligne, conductrice d'énergie, se situe du côté du corps chez Twombly qui, dès ses débuts, déclarait aimer à la fois De Kooning et Ingres. À partir de 1966, comme en réaction, il simplifiera son approche, notamment avec des œuvres dont les fonds sombres sont traversés de lignes claires (les blackboard paintings).

L'ensemble de ces travaux est ancré par le discours du peintre (et en particulier par les titres qu'il choisit) dans l'histoire de l'art occidental – œuvres (Rape of the Sabines, 1961-1963) et théories (Treatise on the Veil, 1968). Il s'enracine également dans une vaste culture où la mythologie et la poésie (de Sapho à Ezra Pound) ont leur part, de même que la création la plus contemporaine (de Pierre Henry à Alain Robbe-Grillet). L'artiste interroge ainsi la distance entre ce qui a constitué la noblesse de la peinture (caractérisée par l'adage ut pictura poesis) et ses signes maladroits et triviaux, entre high et low art. Les symboles qui font retour dans l'œuvre (nuage, fenêtre, miroir) indiquent aussi son inscription dans une réflexion portant sur la peinture et son histoire. L'œuvre de Twombly, qui dépasse de plus le clivage abstraction-figuration, est déjà postmoderne.

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Écrit par :

  • : docteur en histoire de l'art contemporain, professeur d'histoire de l'art à l'école régionale des Beaux-Arts de Rouen

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DESSIN CONTEMPORAIN

  • Écrit par 
  • Philippe PIGUET
  •  • 2 082 mots
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Pour citer l’article

Lucile ENCREVÉ, « TWOMBLY CY - (1928-2011) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cy-twombly/