CRITIQUE D'ART EN FRANCE AU XIXe SIÈCLE

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Critique d'art et histoire de l'art

Si la critique d'art du xixe siècle a pu parfois s'apparenter à un genre littéraire, elle recourt cependant à des instruments spécifiques. Il n'est pas d'« articlier », pour reprendre le terme condescendant de Baudelaire, qui n'ait eu à cœur de justifier sa compétence en établissant des rapprochements avec l'art du passé. Ce mode d'approche est de plus inscrit dans les mentalités du temps : l'historicisme marque profondément l'art du xixe siècle, et son déroulement semble jalonné par les exhumations successives. De nombreux critiques sont donc des amateurs, voire des découvreurs d'expressions plus anciennes qui influencent sensiblement le jugement qu'ils portent sur l'art contemporain. Les travaux pionniers de Champfleury (1821-1889) sur les frères Le Nain, comme lui originaires de Laon, lui sont inspirés par sa sensibilité « réaliste ». La publication de ces recherches, commencée en 1849, avant l'ouvrage de 1862, confirme le goût du critique républicain pour la simplicité et la vérité, hostile par exemple à la tendance néo-grecque de Jean Léon Gérôme (1824-1904), baptisée « école du calque ». Faisant véritablement œuvre scientifique, refusant l'esprit des « biographes littéraires qui pittoresquent l'homme dont ils ont à parler », Champfleury souligne la grandeur de ces témoins de la réalité au xviie siècle : s'adonnant à « ce qu'on appelle niaisement la peinture de genre, [ces] peintres de la famille et des gueux [sont] des historiens ». Établissant des parallèles avec les démarches contemporaines, cette interprétation guide le soutien de Champfleury à Un enterrement à Ornans (1850, musée d'Orsay, Paris) de Gustave Courbet (1819-1877) et à l'ensemble de l'œuvre de l'artiste, prélude à la publication du Réalisme en 1857. Théophile Thoré (1807-1869) adopte une attitude voisine. Astreint à l'exil en 1848, il voyage et se consacre en particulier à l'étude des maîtres hollandais – on lui doit la redécouverte de Vermeer –, sur lesquels il publie plusieurs travaux sous le nom de William Bürger. Dans un article de 1857, « Nouvelles tendances de l'art », l'auteur insiste sur « le caractère profondément humain de l'école néerlandaise », s'attachant surtout à Rembrandt, « celui-là qui aime „le genre humain“ et fort peu le genre héroïque ». La célébration enthousiaste de « cette histoire peinte des hommes et des actions » annonce l'encouragement – même mesuré – à ses contemporains réalistes.

L'Art du XVIIIe siècle, vaste travail publié en fascicules par les frères Goncourt à partir de 1859 et terminé par Edmond en 1875, éclaire aussi le regard de deux témoins de leur temps. Le rôle de Jean Siméon Chardin, peintre tant admiré, qui leur semble l'historien de sa société, explique certains de leurs choix, comme la prédilection pour Gavarni.

Avec Les Maîtres d'autrefois (1876), le peintre-écrivain Eugène Fromentin (1820-1876) offre un autre exemple du recours au passé pour comprendre et juger le présent. Écho quotidien d'un voyage en Belgique et en Hollande, ce livre, essentiellement consacré à Rubens et à Rembrandt, n'est certes pas un traité de peinture contemporaine, et les artistes vivants ne sont jamais directement cités. Pourtant, ils sont, en filigrane, souvent présents, rappelant que Fromentin a inauguré sa carrière littéraire par un compte rendu du Salon de 1845. À propos de l'école hollandaise, il s'interroge sur l'évolution française du paysage au xixe siècle. Deux ans après la première exposition impressionniste (1874), il exprime ses réticences sur le « plein air, la lumière diffuse, le vrai soleil [qui] prennent aujourd'hui une importance qu'on ne leur avait jamais reconnue et [qu'ils] ne méritent point d'avoir ». À propos des peintres de genre tels Metsu ou Pieter de Hooch, chez qui on remarque « le plus merveilleux emploi qu'on ait jamais fait du clair-obscur », il note l'évolution contraire en France, conduite par Manet : « L'abus des rondeurs inutiles a jeté dans l'excès des surfaces plates, des corps sans épaisseur. »

Mais cette critique « historique » qui s'autorise de l'ancien pour juger du nouveau est combattue par ceux qui s'en [...]

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Charles Baudelaire , Nadar

Charles Baudelaire , Nadar
Crédits : Nadar/ Hulton Archive/ Getty Images

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La Grande Odalisque, J. A. D. Ingres

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Émile Zola, É. Manet

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Vue de Vliet près de Delft, J. B. Jongkind

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art contemporain à l'université des sciences humaines de Strasbourg

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Pour citer l’article

Christine PELTRE, « CRITIQUE D'ART EN FRANCE AU XIXe SIÈCLE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 janvier 2023. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/critique-d-art-en-france-au-xixe-siecle/