CRISES ÉCONOMIQUES (1980-2012)

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À l'origine des crises : un petit nombre de mécanismes

Les crises financières récentes ont pris des formes variées : crises boursières, crises immobilières, crises bancaires, crises de change, crises des dettes souveraines. L'analyse économique a cependant permis de montrer que, au-delà de leur diversité, ces crises ont obéi à un petit nombre de mécanismes fondamentaux.

Distribution de pommes de terre au Pérou dans les années 1980

Photographie : Distribution de pommes de terre au Pérou dans les années 1980

Au milieu des années 1980, confronté à un important déficit fiscal, le gouvernement péruvien décide la nationalisation du système bancaire, ce qui renforce son isolement face aux marchés financiers internationaux. Les taux d'inflation deviennent astronomiques (1 772 p. 100 en 1988 ; 7 649... 

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Tout d'abord, les crises financières contemporaines ont une cause commune :la mise en œuvre des politiques néolibérales depuis les années 1970. L'existence d'une relation directe entre les politiques de libéralisation financière et l'accélération des crises est reconnue par la plupart des économistes. Ainsi, Graciela Kaminsky et Carmen Reinhart, deux économistes du F.M.I., ont montré dans un article de 1999 que la plupart des crises bancaires des pays dits « émergents » ont été précédées par des politiques de libéralisation financière. Joseph Stiglitz, ancien vice-président et économiste en chef de la Banque mondiale, a montré dans La Grande Désillusion (2002) que les politiques de libéralisation radicale imposées par le F.M.I. sont une des grandes causes des crises financières des pays asiatiques et de Russie en 1997-1998.

Les politiques de libéralisation financière se caractérisent par quatre dispositions principales :

– libéralisation des opérations bancaires (par exemple, fin du contrôle du crédit) ;

– ouverture du marché boursier (liberté totale donnée aux investisseurs étrangers) ;

– ouverture du compte de capital (absence de contrôle des mouvements de capitaux avec l'étranger) ;

– libéralisation du marché des changes (absence de contrôle des achats et des ventes des devises étrangères).

Plusieurs mécanismes sont à l'origine de ces effets déstabilisants de la finance libéralisée. En premier lieu, les politiques de libéralisation autorisent les prises de risque excessives des acteurs bancaires et financiers, qui ont tendance à prendre d'autant plus de risques que la conjoncture est bonne. À l'inverse, lorsque les perspectives sont défavorables, on constate chez eux une forte aversion au risque, en particulier pour les banques, qui parfois rationnent le crédit. Ainsi, les acteurs financiers, par leurs comportements procycliques, par leur tendance à amplifier les cycles économiques, exercent un effet déstabilisateur.

Un second mécanisme a joué un rôle central dans les crises récentes : la libéralisation des opérations bancaires entraîne une facilité accrue d'accès au crédit, ce qui stimule le financement des opérations spéculatives sur les marchés (financiers, immobiliers...), et favorise la contagion d'un marché à l'autre. C'est ainsi que, grâce au crédit facile, la spéculation a pu se déplacer, en 2007-2008, depuis les marchés de l'immobilier jusqu'aux marchés des matières premières, y créant des bulles spéculatives successives.

La libéralisation des mouvements de capitaux et du marché des changes est à l'origine d'un troisième mécanisme déstabilisant. L'ouverture des systèmes financiers nationaux aux investisseurs étrangers a entraîné une interdépendance accrue des marchés financiers. Cela favorise la diffusion des emballements spéculatifs entre des pays parfois fort distants les uns des autres, mais désormais reliés par les opérations des investisseurs internationaux, qui déplacent leurs capitaux d'un pays à l'autre. Ces emballements spéculatifs sont aggravés par un comportement des acteurs financiers aux caractéristiques aisément identifiables : mimétisme, oubli des précédents épisodes de crise, confiance excessive, sans oublier l'« aveuglement au désastre », qui marque les périodes spéculatives précédant les crises. C'est ainsi que, à la veille de la crise des dettes souveraines en Europe (cf. infra), les spreads (écarts) entre les taux d'intérêt sur les dettes publiques des pays d'Europe du Sud (Grèce, Espagne) et des pays d'Europe du Nord (Allemagne) étaient proches de zéro, alors que la crise a révélé de profondes disparités entre ces deux régions.

Ainsi, les politiques de libéralisation augmentent l'instabilité naturelle des marchés financiers. Elles débouchent sur des crises, marquées par l'effondrement des prix d'actifs (immobiliers, cours boursiers, taux de change), des défaillances des acteurs financiers, une chute de l'activité économique et une montée du chômage. La crise financière des années 2007-2012 en fournit l'illustration la plus récente.

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Crises financières et économiques (1980-2012)

Crises financières et économiques (1980-2012)
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Distribution de pommes de terre au Pérou dans les années 1980

Distribution de pommes de terre au Pérou dans les années 1980
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Crise économique en Argentine en 2001

Crise économique en Argentine en 2001
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Écrit par :

  • : professeur d'économie à l'université de Paris-XIII-Villetaneuse

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Dominique PLIHON, « CRISES ÉCONOMIQUES (1980-2012) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/crises-economiques-1980-2012/