CRÉATIONLa création dans les synthèses philosophico-religieuses

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Fonction et nature du principe

Difficilement saisissable parce qu'elle marque le point névralgique où la raison s'accomplit et se dépasse, la notion de principe, lorsqu'on la définit, d'une manière vague, « comme ce dont quelque chose, de quelque manière que ce soit, procède », évoque, dans les différents ordres du connaître, de l'être et de la genèse, une excellence « divine » diversement valorisée par les idées connexes de priorité, d'indépendance et de source. Le jeu prépositionnel par lequel on signifie le principe : « ce en quoi, ce par quoi, ce pour quoi, etc. » en souligne l'énigme, c'est-à-dire l'impossibilité de le concevoir sur le modèle de ce qui dérive de lui, et la nécessité complémentaire de l'en rapprocher par une similitude plus ou moins qualifiée. S'il transcende par sa généralité tant la cause (extérieure à son effet) que l'élément (partie plus simple d'un composé), on n'oubliera pas que cette opposition de l'intérieur et de l'extérieur fut toujours ressentie comme inadéquate dans ce problème de l'« origine radicale », où les distinctions entre les différents types de principe, catalogués par la philosophie, tendent parfois à s'atténuer, pour indiquer, par leur coïncidence, la singularité du cas envisagé.

La fonction de principe

Dans la théologie chrétienne, le principe se présente sous deux aspects différents, selon les deux niveaux de « procession » : procession dite interne (ad intra) ou encore trinitaire, analogue théologique des antiques théogonies ; procession dite externe (ad extra), ou encore transitive, parce qu'elle marque le passage à une matière extérieure. La première se signale par deux caractéristiques : elle est « selon la nature », excluant en conséquence tout choix, toute contingence, toute « indifférence » ; elle n'implique entre les procédants aucune infériorité ou diversité de nature. La seconde, qui en revanche est relative au monde et, en ce sens, cosmogonique, se définit en opposition exacte et symétrique à la première. Elle est Création au sens strict. En tant que Création, elle correspond jusqu'à un certain point au modèle de l'activité artisanale. Par là elle révèle dans le principe une triple fonction : fonction de causalité proprement dite, production transitive qui entraîne extériorité et diversité (en nature) de l'effet ; fonction de forme exemplaire ou d'idée (en sa double acception de « représentation » et d'« instance réalisatrice ») ; fonction de finalité, le principe devenant le « ce pour quoi » de la Création, qui fait retour à son principe, à l'idée dont elle est l'image et qu'elle tend à rejoindre.

Dans une perspective tout autre, plus familière à l'Orient, à l'Inde en particulier bien qu'on la retrouve en Occident, cette dualité « processive » est généralement exclue. D'une part, la simplicité du principe ne tolère aucune genèse interne proprement dite : la « causalité de soi par soi » ne se vérifie, en toute propriété, qu'au niveau des êtres spirituels et libres. D'autre part, même si l'on maintient, comme c'est le cas du néo-platonisme, une dualité des niveaux de procession (le monde intelligible des « esprits », qui procède de l'Un, et le monde « sensible », qui procède du monde intelligible), les deux processions, si différentes soient-elles, ne sont jamais des créations, parce que l'on refuse toute extériorité du « produit », et parce que la fonction « originante » du principe n'est plus assimilable à une dérivation selon l'idée, selon le choix, en référence à un modèle et à une finalité régulatrice. On n'attribue plus au principe les connotations diverses de l'idée de cause.

Diversité des schématismes

Cette diversité des conceptions se reflète dans la diversité des images, plus exactement des schématismes qui permettent de les illustrer, et auxquels elles ont le plus souvent recours. Les conceptions créationnistes privilégient le schème artisanal, dénommé parfois « artificialiste ». Les théories dites, pour simplifier, émanatistes, affectionnent soit le schème du rayonnement de la lumière, soit, sans trop y insister, le schème biologique de la génération ; soit enfin le schème logico-mathématique de la dérivation des propriétés ou des conséquences à partir de définitions ou de prémisses. Cette typologie est d'un grand intérêt dans la mesure où elle ex [...]

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Écrit par :

  • : docteur ès lettres, docteur en philosophie, docteur en théologie, professeur honoraire aux Instituts catholiques de Paris et Lyon

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Pour citer l’article

Stanislas BRETON, « CRÉATION - La création dans les synthèses philosophico-religieuses », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/creation-la-creation-dans-les-syntheses-philosophico-religieuses/