CRAINTE ET TREMBLEMENT, Soren KierkegaardFiche de lecture

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Le désir de rupture

Dans son Journal, Kierkegaard écrit ces lignes qui éclairent le sens de Crainte et tremblement : « Il y a en moi un côté poétique prépondérant et la mystification tient justement au fait que Crainte et tremblement, au fond, reproduisait ma propre vie. » C'est en octobre 1841, en effet, que Kierkebgaard rompt ses fiançailles avec Régine Olsen, et qu'il commence à jeter frénétiquement les fondements philosophiques de sa propre pensée. Rompre avec le monde, la société, les institutions comme seule mesure de ce qui nous fait homme et homme singulier, tel est le thème qui aiguillonnera toute la recherche passionnée du penseur. Le rapport à l'absolu ne souffre aucun compromis avec les exigences du monde ; souffrance et paradoxe, traversée de l'absurde seront donc le prix à payer afin que l'individu singulier puisse émerger. La polémique sourde avec la philosophie hégélienne est sous-jacente dans toutes ses recherches : pour Hegel, la religion, même révélée, n'est qu'une étape sur un long chemin qui doit téléologiquement mener à la réconciliation dans la philosophie et l'État de droit. Cette perspective est violemment refusée par le penseur danois ; le « stade éthique », s'il réalise la généralité, ne le fait qu'en sacrifiant l'individu. Sans doute, les héros tragiques (Brutus décapitant son fils, Agamemnon sacrifiant sa fille Iphigénie) méritent la compassion, mais ils demeurent dans le général, œuvrent en vue d'une communauté qu'ils ont le devoir de servir, même au prix des pires souffrances.

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Francis WYBRANDS, « CRAINTE ET TREMBLEMENT, Soren Kierkegaard - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/crainte-et-tremblement/