COURRIER DADA, Raoul HausmannFiche de lecture

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Une mise au point rétrospective

Courrier Dada présente une dizaine de textes historiques (en majeure partie des manifestes d'Hausmann), précédés d'une introduction et d'un épilogue, auxquels l'auteur prend soin de joindre une biographie et une bibliographie personnelles. Dans cette compilation subjective, c'est le commentaire critique qui sert de liant avec pour leitmotiv le « miroir » que le dadaïsme berlinois tend à son homologue parisien. La question politique, abordée dès les premiers textes, ancre d'emblée le discours dans le point de vue germanique. « Faire table rase, c'est bien, mais il faut savoir le remplacer par quelque chose de plus fort », soutient l'artiste, en opposition au nihilisme stérile qu'il perçoit dans les tendances parisiennes du mouvement. Et d'ironiser sur l'engouement freudien affiché par le surréalisme, alors que le dadaïsme germanique faisait des théories psychanalytiques, dès les années 1910, l'un des ferments de la subversion sociale.

D'autres critiques internes, essentielles à l'histoire du dadaïsme, ponctuent l'ouvrage. À propos de l'origine mythique du mot « Dada » – son choix « fortuit » parmi les pages d'un dictionnaire français-allemand –, Hausmann relate avec humour les différentes attributions concurrentes, qui divisent les protagonistes de la naissance du mouvement au Cabaret Voltaire : Hugo Ball, Richard Huelsenbeck et Tristan Tzara. Lorsqu'il aborde en revanche les aspects formels de l'art dada, le ton verse dans l'invective. Le célèbre récit de l'« invention » du photomontage qu'il livre dans Courrier Dada le rend protagoniste d'une trouvaille que se sont disputée bien des artistes, sous la forme d'une révélation qu'il affirme avoir eue en 1918, lors d'un séjour au bord de la mer Baltique : « Dans presque toutes les maisons se trouvait, accrochée au mur une lithographie en couleurs représentant sur un fond de caserne, l'image d'un grenadier. Pour rendre ce memento militaire plus personnel, on avait collé à la place de la tête un portrait photographique du soldat. Ce fut comme un éclair, on pourrait – je le vis instantanément – faire des tableaux entièrement composés de photos découpées. » Hausmann n'en expose pas moins les versions rivales de Max Ernst (soutenue par les surréalistes) et du Russe Gustav Klucis, qui attribue à ses compatriotes la naissance du photomontage spécifiquement politique.

Quand vient le tour du « poème phonétique », les nombreux candidats à son invention sont également nommés tour à tour. C'est sans doute avec justesse qu'Hausmann met ici en avant l'un de ses achèvements artistiques majeurs : les deux Poèmes-Affiches de 1918 (M.N.A.M., Paris), fondés sur la présentation élémentaire de lettres typographiques sans aucune forme de détermination sémantique. Il oppose le caractère auto-référentiel pur de ces poèmes, tant aux créations littéraires du Cabaret Voltaire, où le son abstrait n'était jamais exempt d'une connotation incantatoire proche de l'expressionnisme qu'aux recherches ultérieures de Kurt Schwitters dans sa Ursonate (1924), qui se réfère ouvertement au langage musical.

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Écrit par :

  • : docteur en histoire de l'art, responsable de programmation au musée du Louvre

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Marcella LISTA, « COURRIER DADA, Raoul Hausmann - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/courrier-dada/