COULEURS, histoire de l'art

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Couleurs et lumière

La force scientifique des expériences sur la lumière proposées par Newton dans l'Opticks en 1704 se fondait sur l'inflexible vérité des preuves expérimentales, lesquelles dépendaient pourtant de la précarité même de leurs moyens. L'aspect merveilleux des expériences de Newton résidait dans le fait que la dispersion de la lumière ne conduisait pas seulement à la décomposition du spectre en sept couleurs fondamentales, mais également à sa recomposition grâce à l'inversion du processus et à la production de lumière blanche (l'experimentum crucis). Le phénomène ainsi présenté ouvrit la fameuse querelle du xviiie siècle sur les lois « du mouvement et des couleurs ». Le noyau des objections faites à Newton cherchait à distinguer le phénomène de la dispersion et celui de la réfraction. En démontrant que la réfraction peut se produire sans l'apparition du spectre chromatique, on ôte ainsi à l'Opticks cette aura néo-métaphysique dont s'entouraient les expérimentations mécaniques. Le phénomène de la perception physique des couleurs se réduisait à un principe de symétrie avec celle des sons. C'est pourquoi la gamme chromatique de Newton compte sept couleurs, dont l'indigo, qui est une couleur « inventée ». Par la suite, les couleurs du spectre furent réduites à trois (rouge, vert, violet) ou à deux : le bleu et le jaune dans le système de Jean-Paul Marat par exemple, où la fonction de chaque couleur s'inscrit dans la production de son contraste selon un rapport complémentaire d'harmonie.

Si on semble revenir à l'antique affirmation que les couleurs dépendent de la lumière ou des ténèbres, on voit s'ouvrir d'autres terrains de comparaison entre harmonie des couleurs et harmonie des tons (par exemple avec le langage chromatico-musical de Johann Leonard Hoffman). La question de la multiplicité et de l'unité des perceptions fait resurgir une notion ancienne d'affinité entre les couleurs et les demi-tons de l'échelle chromatique. Rappelons ici le concept de timbre, conçu comme « couleur sonore » (Klangfarbe), appliqué aussi bien à la note qu'à la teinte ou à la couleur. Depuis la fabrication de nouveaux instruments musicaux « bien tempérés » jusqu'à l'expressionnisme dodécaphonique de la Klangfarbenmelodie de Schönberg (1911), il servira de base scientifique et de principe de création artistique ; Du spirituel dans l'art de Kandinsky (1912) et l'Art eurythmique de Rudolf Steiner contribueront à sa diffusion.

La définition de Leonhard Euler selon laquelle les couleurs sont « une suite de vibrations isochrones » est encore aujourd'hui, avec la variante que « la couleur est une émission d'énergie selon des fréquences bien précises », le dernier mot en matière d'histoire physique de la couleur. Les lois newtoniennes et les ajustements scientifiques postérieurs sur l'identification des diverses couleurs montrent la possibilité de réduire à l'analyse et aux mesures un système aussi complexe que la lumière. Ainsi, l'individualité de la couleur et sa matérialité n'appartiendront plus exclusivement à la peinture et aux arts tinctoriaux. À mesure que la chambre optique et, plus tard, la photographie retireront tout secret à la représentation des images, la couleur correspondra toujours davantage aux techniques de graduation et de mesure d'un corps lumineux en fonction de sa propre couleur énergie.

Les expériences de Newton sur la dispersion de la lumière marquent la conclusion de l'histoire de la vision de la lumière et de l'ombre. On sait désormais que les couleurs fondamentales ont la possibilité d'être impressionnées par la lumière et peuvent la reproduire. La découverte d'une lumière que l'on peut produire permet de comprendre l'émission du clair et de ses tonalités par rapport à l'obscur et à ses tonalités, c'est-à-dire les oscillations d'une teinte brillante produisant la clarté ou celle d'une teinte saturée produisant l'obscurité. Dans les hypothèses émises par la suite (théories corpusculaires et ondulatoires), l'intérêt exclusif pour la source de lumière ne permettra une approche des couleurs que lorsque celles-ci rendront la totalité possible du phénomène, lequel aura cependant perdu son principe qualitatif spécifique. Dans sa vision scientifique comme [...]

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Michel-Eugène Chevreul

Michel-Eugène Chevreul
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John Dalton

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  • : professeur à l'université de Venise, département d'histoire et de critique de l'art

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Pour citer l’article

Manlio BRUSATIN, « COULEURS, histoire de l'art », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/couleurs-histoire-de-l-art/