CORRIDA

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Histoire

Origines et premières formes

Si la tauromachie s'inspire de nombreux spectacles plus anciens, ses véritables origines demeurent inconnues. Les historiens ont longtemps débattu de l'importance relative à accorder à ces diverses influences. Certains voient les racines de cet art dans l'Espagne maure, d'autres dans le culte du taureau célébré en Mésopotamie, et d'autres encore dans un rite prénuptial courant dans l'Espagne médiévale consistant à taquiner un taureau. La tauromachie moderne mêle probablement des influences, des rites et des cultures qui remontent pour un grand nombre à des milliers d'années. Les fouilles du site de Cnossos, en Crète, ont par exemple mis au jour des fresques minoennes (datant environ de 1500 av. J.-C.) représentant des scènes de jeux avec des taureaux.

Les combats et les spectacles de taureaux étaient monnaie courante dans la Rome antique, mais l'action dépendait de la capacité naturelle du bétail domestiqué à fuir ses assaillants. Le bétail ibérique utilisé dans les combats tels qu'on les connaît aujourd'hui se caractérise par sa capacité à attaquer avec une fougue constante son adversaire sans que celui-ci l'ait provoqué. Avant les guerres puniques, les Celtibères connaissaient bien les troupeaux sauvages qui peuplaient leurs forêts. Ils firent de la chasse un jeu et élevèrent ces animaux pour s'en servir à la guerre et mettre ainsi à profit leur férocité. Les Celtibères qui défendaient la ville d'Elche assiégée par Hamilcar Barca, le père d'Hannibal, en 228 av. J.-C. rassemblèrent ainsi un grand troupeau de ces bêtes sauvages, les harnachèrent à des chariots chargés de bois résineux enflammé par des torches, et les lancèrent sur l'ennemi. Barca fut tué dans la mêlée qui s'ensuivit, et son armée anéantie. Carthaginois et Romains furent stupéfaits par le récit de la mort d'Hamilcar Barca. Ils restèrent également ébahis aux récits des jeux organisés dans la province de Bétique (Andalousie), durant lesquels les hommes affichaient leur adresse et leur courage avant d'asséner, à l'aide d'une hache ou d'une lance, un coup fatal à l'une de ces bêtes. Les Ibères auraient déjà utilisé des peaux ou des capes pour éviter les charges répétées des taureaux avant de les tuer.

La conquête de la péninsule Ibérique par les Vandales, les Suèves et les Wisigoths modifia les coutumes des Ibères. Trois siècles de domination des Wisigoths (415-711 apr. J.-C.) firent évoluer ces jeux en un spectacle montrant la supériorité de la force brute de l'homme sur le taureau, tradition qui fut par la suite adoptée par les toreros portugais et qui perdure à ce jour. Les musulmans africains qui envahirent l'Andalousie en 711 apr. J.-C. mirent aussi à leur goût ces jeux associés à des taureaux : remarquables cavaliers, ils reléguèrent aux assistants à pied la tâche subalterne consistant simplement à faire manœuvrer l'animal pour que leurs maîtres à cheval puissent mieux jouer de leur lance. Les tournois consistant à projeter une lance sur des taureaux naquirent de la rivalité entre les chefs maures et les chevaliers ibères chrétiens, et, à l'exception des grandes villes qui possédaient des amphithéâtres (Séville, Cordoue, Tolède, Tarragone, Mérida et Cadix), la plupart des combats festifs se tenaient sur la place publique, la plaza (qui a donné en castillan moderne plaza de toros, « arène »,), ou dans des terrains dégagés situés en dehors de la ville. Ces foires locales accompagnées de combats de taureaux devinrent courantes à la fin du xie siècle et sont encore populaires aujourd'hui, les plus célèbre étant peut-être celles de la San Fermín, au cours desquelles les taureaux sont lâchés dans les rues de Pampelune.

Plaza Mayor, Madrid

Photographie : Plaza Mayor, Madrid

Centre du Madrid des Habsbourg, la Plaza Mayor a été construite par l'architecte Juan Gómez de Mora sur ordre du roi Philippe III, en 1618; c'était le lieu des manifestations populaires (pièces de théâtre, corridas), mais aussi des autodafés. 

Crédits : Françoise Weyl

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L'Église chrétienne s'opposa dès ses débuts à ces spectacles et ne considéra jamais le taureau sous un bon jour. Le concile de Tolède, réuni en 447, comparait en fait le Diable à cet animal : « apparition noire, monstrueuse et gigantesque, avec des cornes sur la tête, les pieds fourchus, des oreilles d'âne, des poils, des griffes, des yeux féroces, des dents terribles, un immense phallus et dégageant une odeur de soufre ». Cette description surprend moins lorsque l'on se souvient que le concurrent majeur de l [...]

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Plaza Mayor, Madrid

Plaza Mayor, Madrid
Crédits : Françoise Weyl

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Les arènes de Nîmes

Les arènes de Nîmes
Crédits : DeAgostini/ Getty Images

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The Bull, E. Haas

The Bull, E. Haas
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Apis, le dieu-taureau

Apis, le dieu-taureau
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Pour citer l’article

Barnaby CONRAD, « CORRIDA », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/corrida/