CONTRE-POUVOIR

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Définition

Il est possible de distinguer deux types de contre-pouvoirs. D'un côté, ceux qui exercent leur influence dans un cadre légal et constitutionnel. Ce type de contre-pouvoirs comprend les groupes qui sont issus du partage constitutionnel entre pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Ils répondent à ce que Max Weber appelle « la forme rationnelle de la séparation du pouvoir fondée sur un règlement » (1921). Même s'ils peuvent être partisans et divergents, les intérêts qu'ils défendent sont le plus souvent présentés comme relevant de l'intérêt général. D'un autre côté, on peut distinguer les contre-pouvoirs qui exercent leur influence dans un cadre social plus étendu. Ce type de contre-pouvoirs recouvre des groupes de toutes sortes (agences de presse, syndicats ouvriers ou patronaux, associations de consommateurs, clubs de pensée, etc.), dont les moyens d'action sont variés (grève, lock-out, lobbying, etc.). Selon Bertrand de Jouvenel, ils relèvent de ce qu'on peut appeler un « intérêt fractionnaire constitué », puisqu'ils s'organisent autour d'objectifs particuliers plus ou moins déclarés et identifiables (Du pouvoir. Histoire naturelle de sa croissance, 1945).

La notion de contre-pouvoir repose sur une réduction de la notion de pouvoir à ses effets socialement négatifs. Cette réduction peut être formulée de la façon suivante : la relation de pouvoir est assimilée à une limitation de la relation sociale. Cette assimilation est une donnée élémentaire du sens commun et des sciences sociales. Le pouvoir est immédiatement perçu sur un mode limitatif : celui qui détient le pouvoir détient la capacité d'orienter la relation sociale selon ses propres préférences, voire d'aller à l'encontre des préférences d'autrui. Ce modèle spontané peut être qualifié d'« intentionnaliste » : la relation sociale doit être expliquée à partir des intentions de A, qui cherche à exercer un pouvoir sur B. Il implique une restriction de la variété des comportements possibles de B, et donc une restriction des situations potentielles entre A et B. Le modèle intentionnaliste se signale cependant par sa fragilité interne. Il laisse dans l'ombre la perception que les acteurs ont de leurs intérêts, et les conditions d'exercice où le pouvoir peut ne pas être observable. Surtout, il passe sous silence l'importante notion de pouvoir légitime.

La pensée moderne et occidentale du pouvoir s'est néanmoins construite autour d'une perspective intentionnaliste. Elle a donné naissance à une généalogie mythique, où le pouvoir trouve son origine lointaine dans la force physique. Cette généalogie dissimule, selon Georges Balandier, l'hétérogénéité des fonctions du pouvoir (Anthropologie politique, 1967). Le pouvoir a longtemps rempli une fonction d'arbitrage entre les groupes familiaux, cellules premières de l'autorité disposant d'une indépendance totale. En Europe, la lutte royale contre la gens s'est poursuivie jusqu'à l'apparition de la structure féodale de type pyramidal. On peut faire remonter l'acte de naissance de la notion de contre-pouvoir au moment où la monarchie royale se présente comme une et indivisible. La critique de l'absolutisme fondé en droit divin conduit en effet à distinguer les fonctions du pouvoir politique. Locke (1690) et Montesquieu (1748) conceptualisent cette différenciation rationnelle.

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Écrit par :

  • : enseignant-chercheur, enseignant à l'université de Paris-X-Nanterre, chercheur du C.E.P.E.C.S., université de Paris-V

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Pour citer l’article

Frédéric GONTHIER, « CONTRE-POUVOIR », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/contre-pouvoir/