CONTINUITÉ ET DISCONTINUITÉ, physique

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L'hypothèse atomique

Si l'on s'intéresse maintenant, non plus aux propriétés des choses, mais à leur nature même, les apparences sensibles nous contraignent, dirait-on, à accepter d'emblée la dualité du continu et du discontinu. Comment percevoir le monde autrement que formé d'objets séparés et individualisés : les cailloux du chemin, les grains de blé, les étoiles du ciel, faits chacun d'une substance étendue et continue : la pierre, le froment, le feu. On soupçonne pourtant très vite que cette continuité de la matière pourrait être une pure apparence : si le grain en quantité se mesure comme un liquide, et si une foule coule comme un fleuve, ne se pourrait-il pas que les fluides apparemment les plus homogènes soient faits d'infimes éléments discontinus ? C'est l'hypothèse atomique des Anciens. Sa fonction première est de conjurer le vertige de l'infini que provoque la conception opposée d'une homogénéité absolue, entraînant une divisibilité sans fin, et menaçant le réel d'une véritable dissolution par perte d'échelle. Mais l'évacuation du continu au profit du discontinu, si elle résout – en première apparence – de sérieux problèmes conceptuels, en pose finalement d'autres, aussi redoutables. Admettons que la matière soit faite d'atomes du « dernier degré de petitesse », théorie développée par Lucrèce au Ier siècle avant J.-C.), ce qui élimine la divisibilité infinie et son vertige. La diversité des choses doit alors s'interpréter par la combinatoire d'un nombre donné et limité de types d'atomes différents – quatre s'il s'agit des « éléments » traditionnels, une centaine pour les atomes de la chimie moderne. Dans la conception traditionnelle de la matière, « il faut donc bien que les atomes n'aient pas tous les mêmes traits, ni n'affectent tous une même forme » (Lucrèce), car telles sont les seules qualités par lesquelles ils peuvent se distinguer. Les atomes, pour être différents, doivent ainsi posséder une forme, donc une certaine extension. Se p [...]

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Jean-Marc LÉVY-LEBLOND, « CONTINUITÉ ET DISCONTINUITÉ, physique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/continuite-et-discontinuite-physique/