CONTES, Charles PerraultFiche de lecture

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Un art du naturel

Tenant de ceux (les Modernes) qui revendiquaient une liberté de la littérature par rapport aux modèles antiques contre ceux (les Anciens) qui en prônaient l'imitation, académicien depuis 1671, bon politique sous Colbert, chef de file et champion de la dramaturgie moderne, du nouvel art chrétien, des auteurs contemporains du siècle de Louis XIV, de la langue, de la littérature et de la nation française, Charles Perrault se lançait dans une entreprise pédagogique et mondaine. En redécouvrant les contes populaires français – où l'on pourrait retrouver l'écho de nombreuses histoires folkloriques, retravaillées par l'auteur, racontées peut-être à ses propres enfants, et certainement lues dans les salons –, en les traduisant – en collaboration, comme pour tout art de salon – en langage galant et moderne, en vers ou en prose, en leur donnant une nouvelle légitimité, Perrault démontrait qu'on peut écrire avec clarté et enjouement, tout en mélangeant les styles. Sous le couvert du divertissement léger et enfantin, il faisait aussi œuvre de théoricien.

Ce qui compte avant tout, c'est l'effet : il s'agit de donner une allure populaire, traditionnelle et naïve, naturelle en un mot, à ce qui a été longuement travaillé, et d'ajouter au canonique « il était une fois » un esprit ironique qui fasse penser et sourire, simultanément. En même temps, Perrault renvoie à une autorité traditionnelle donnée comme française (le fond des âges, sa sagesse proverbiale, distincte de l'Antiquité convenue). En cela, il se place dans le sillage de L'Astrée (1607-1627) de Honoré d'Urfé, et des pratiques de salon qui lui sont bien connues. Les jeux mondains des moralités et des énigmes, voire des bouts-rimés, parcourent ces contes qui sont aussi destinés aux cercles aristocratiques et bourgeois, dominés par les femmes, et très présents à la ville : il s'agit d'y cultiver l'esprit, sans prétention ni pédantisme, de renoncer aux références antiques, d'introduire un peu de doute et de profondeur, mai [...]


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Écrit par :

  • : professeur d'histoire et d'esthétique du théâtre à l'université de Paris-X-Nanterre

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Marc Soriano est né au Caire en 1918. Après la mort de son père, sa famille se rend en Italie. Il séjourne à Pise entre 1921 et 1927, puis il vient vivre à Paris. Il est reçu à l'École normale supérieure en 1939. Mobilisé en 1939, blessé en avril 1940, il entre dans la Résistance en 1942 Premier de sa promotion à l'agrégation de philosophie en 1946, il travaille alors à Genève avec Jean Piaget. Il […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/marc-soriano/#i_28764

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Pour citer l’article

Christian BIET, « CONTES, Charles Perrault - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/contes-charles-perrault/