CONSERVATION DES ŒUVRES D'ART

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Apparition du musée

Les trésors des temples grecs, constitués par les ex-voto des fidèles, étaient conservés pieusement. La responsabilité en incombait aux hiéropes, commis à la garde des temples et qui procédaient à toutes les opérations de gestion et de conservation d'une collection : inventaires, réparations, réforme ou envoi à la fonte des objets irréparables. Considérés comme vétustes et pourtant remplacés, les idoles ou objets sacrés n'étaient pas jetés à la voirie, mais enterrés près du temple dans des fosses ou favissae. Cette coutume s'est conservée dans la religion chrétienne. En 1571, le IVe concile provincial de Milan, qui recommande de rénover les images pieuses, prescrit de brûler celles qui sont considérées comme ne répondant plus au sentiment populaire et d'en enterrer les cendres dans l'église. De même, en 1763, lorsque le jubé gothique de la cathédrale de Chartres fut détruit pour être remplacé par un monument néo-classique, ses débris furent enfouis dans le sol de la cathédrale. Au Brésil, enfin, les plus anciennes statues religieuses venues jusqu'à nous – celles du xviie siècle – ont été ensevelies et conservées dans des fosses à images lorsque au siècle suivant on leur substitua des images plus modernes.

Le musée, apparu au iie siècle avant J.-C. chez les princes grecs de l'Orient, prendra un grand développement chez les Romains, incitera à la conservation des œuvres d'art appartenant aux époques classique et archaïque, pour des raisons cette fois esthétiques et non plus religieuses.

À Rome, où les œuvres d'art étaient rassemblées dans les temples ou dans des portiques et confiées à la garde de fonctionnaires qu'on appelait aeditui, des spécialistes pratiquaient la restauration des pièces endommagées et il arrivait que le remède ait été pire que le mal. On prenait grand soin de construire des bâtiments destinés à recevoir des collections et à assurer leur bonne présentation ou leur meilleure conservation. Ainsi Vitruve, architecte du temps d'Auguste, dont le traité théorique est parvenu jusqu'à nous, recommandait de situer les pinacothèques au nord, où la lumière est égale, et les bibliothèques au soleil levant, parce que « le couchant et le midi sont sujets à l'humidité des vents » qui fait naître les vers et se développer les moisissures. Les livres étant particulièrement précieux et fragiles, les riches possesseurs de bibliothèques faisaient édifier les rayonnages en matériaux imputrescibles et inattaquables par les vers, tels le cèdre ou l'ivoire. Les Anciens avaient, on le voit, quelques rudiments de climatologie. Dans le Pœcile d'Athènes, les boucliers votifs étaient, selon Pausanias, enduits de poix pour éviter l'oxydation, tandis que dans la cella du Parthénon des bacs d'huile étaient disposés autour de la statue chryséléphantine d'Athéna, due à Phidias, pour pallier l'excessive sécheresse qui en eût dissocié les éléments.

Dans la civilisation chinoise, la notion de conservation prend une portée philosophique, tout ce qui vient du passé étant considéré comme vénérable, voire sacré. Dès l'époque Han (206 av. J.-C.-220 apr. J.-C.), les empereurs entreprirent des fouilles pour retrouver les bronzes rituels archaïques des époques Chang et Tchéou. Le goût du musée se forma de très bonne heure et se communiqua au Japon : le plus vieux musée du monde est le Shōsōin du monastère de Tōdaiji de Nara près de Kyōto, édifié au viiie siècle pour recueillir les trésors de l'empereur Shōmu (mort en 756). Sa construction en bois (renouvelée plusieurs fois) a sans doute contribué à la remarquable conservation des objets qu'il garde (dont un grand nombre de tissus), en raison des qualités de régulateur hygroscopique propres à ce matériau.

Les Chinois ont pris grand soin des peintures de leurs collections. Au cours des âges, ces peintures sur soie ont été entretenues et retouchées par des peintres au moyen des matériaux originaux que conservaient les monastères. La perpétuation d'images vétustes pouvait être assurée par des copies ; plusieurs des plus anciennes peintures chinoises sont parvenues jusqu'à nous par des copies de l'époque Song.

Comparé à l'Antiquité, le Moyen Âge occidental – passé la période sombre qui suit l'effondrement de l'Empire romain – nous apparaît comme une [...]

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  • : conservateur en chef au musée du Louvre, ancien élève de l'École normale supérieure, professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle
  • : conservateur des musées de France, département des peintures, musée du Louvre

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Pour citer l’article

Germain BAZIN, Vincent POMARÈDE, « CONSERVATION DES ŒUVRES D'ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/conservation-des-oeuvres-d-art/