CONNAISSANCE

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Représentation et connaissance

Le terme de représentation sera examiné ici uniquement dans le contexte de la théorie de la connaissance. À la base de cette théorie, il y a une aporie : comment pouvons-nous avoir une saisie du monde extérieur qui se montre capable de se confirmer elle-même et qui, par ailleurs, se révèle congruente aux formes de l'action (à la réserve près de certaines distorsions qui peuvent d'ailleurs être progressivement corrigées) ? L'idée de représentation, fondée sur la double métaphore du théâtre et de la diplomatie, permet d'interpréter le phénomène de la connaissance comme constitution d'une sorte de double de l'objet réel. Mais elle suscite à son tour de nouvelles apories. La philosophie contemporaine est amenée à mettre en question cette conception de la connaissance comme représentation. En un sens, cette conception est (implicitement) au fondement de la science moderne. Mais, en un autre sens, les formes les plus évoluées de la science suggèrent une façon de voir fort différente, fondée sur l'idée d'opération.

Le concept de représentation

Le concept de représentation, tel qu'il est utilisé dans la théorie de la connaissance, repose sur une double métaphore, celle de la représentation théâtrale et celle de la représentation diplomatique. La première suggère l'idée de la « mise en présence » : la représentation expose devant le spectateur, sous une forme concrète, une situation signifiante, des figures évocatrices, des enchaînements d'actions exemplaires ; et elle rend ainsi présents le destin, la vie, le cours du monde, dans ce qu'ils ont de visible, mais aussi dans leurs significations invisibles. La seconde métaphore suggère l'idée de « vicariance » : la représentation est cette sorte de transfert d'attribution en vertu duquel une personne peut agir en nom et place d'une autre, servir de tenant-lieu à la personne qu'elle représente. Les deux sens sont liés : lorsque le destin est rendu présent, dans la tragédie, ce n'est pas en personne, mais à travers des gestes et des paroles qui ne font du reste eux-mêmes que donner une apparence concrète à des situations imaginaires dans lesquelles le spectateur lit l'action du destin ; et, symétriquement, la représentation-vicariance n'a son efficacité que par la présence réelle du représentant, qui doit se montrer en personne pour remplir sa mission. Il y a dans la représentation comme une superposition de deux types de présence : d'une part, la présence effective directe d'une personne, d'un objet, d'une action ; d'autre part, la présence indirecte, médiatisée par la première, d'une réalité qui n'appartient pas au champ de l'appréhension directe. La première disparaît en quelque sorte sous la seconde : elle ne s'exerce plus pour elle-même mais seulement de façon instrumentale, elle prête son effectivité à l'autre présence, elle permet ainsi à la réalité représentée d'entrer dans la sphère de l'appréhension sans cesser pour autant de demeurer, comme telle, dans la distance qui la retient en dehors de cette sphère.

On comprend que la notion de représentation ait été invoquée pour rendre compte du phénomène de la connaissance. Connaître une chose, en effet, c'est se l'assimiler, se la rendre intérieure, la faire sienne, et ainsi se la rendre présente au sens le plus fort, au sens d'une véritable « intussusception », tout en lui laissant son statut de réalité extérieure, indifférente, en tant que telle, au processus par lequel elle devient objet de connaissance. Dans l'acte de connaissance, un fragment du monde est rendu intimement présent au sujet humain sans cesser pour autant de demeurer séparé de lui par une distance réelle que la connaissance ne peut abolir. La connaissance apparaît ainsi comme une sorte de redoublement du monde, dans lequel et par lequel le monde se produit pour la conscience, à la manière dont le destin tragique se produit pour les spectateurs, dans l'espace de la scène, sous les espèces d'une suite de gestes et de paroles en lesquels il est représenté. Mais l'assimilation de la connaissance à une représentation n'est pas encore une véritable explication. Il reste à se demander quel en est le mécanisme.

Le problème de la connaissance

La question se com [...]

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Écrit par :

  • : professeur à l'université de Washington (États-Unis)
  • : professeur d'histoire et de sociologie des sciences, université du Québec à Montréal (Canada), directeur scientifique de l'Observatoire des sciences et des technologies (OST)
  • : professeur émérite à l'université catholique de Louvain (Belgique)

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Pour citer l’article

Michaël FOESSEL, Yves GINGRAS, Jean LADRIÈRE, « CONNAISSANCE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/connaissance/