CONJONCTURE

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L'observation et la prévision conjoncturelles

Pour observer, expliquer et prévoir, la conjoncture dispose de moyens d'observation et de modèles pour l'interprétation et la prévision. La prévision cependant reste un art difficile qui ne saurait être complètement assimilé à une technique formelle.

L'observation conjoncturelle

Parce que la conjoncture privilégie le présent, l'observation des faits conjoncturels pose trois problèmes : le champ couvert par la statistique infra-annuelle est plus restreint que celui de la statistique annuelle ; son interprétation est plus difficile ; enfin les délais de production de la statistique font que le « présent » n'est jamais observé et doit être lui aussi prévu. La statistique infra-annuelle, mensuelle par exemple, demande plus de travail d'élaboration ; de plus, en raison de la prépondérance des statistiques administratives, en France comme à l'étranger, la périodicité annuelle qui correspond au budget est celle d'un grand nombre de sources statistiques. L'observation conjoncturelle se heurte donc à la rareté et à la qualité souvent plus médiocre des statistiques infra-annuelles existantes. En second lieu, la signification de ces mesures fréquentes est plus difficile à dégager. D'une part, les aléas ou irrégularités de toutes sortes qui apparaissent sont d'autant plus forts que la fréquence est élevée car les compensations dues à l'effet de moyenne n'ont pas le temps de se produire : la tendance des courbes peut en être masquée. Enfin, pour dégager cette tendance, il faut faire abstraction des variations saisonnières. Statistiques plus pauvres, aléas plus grands, variations saisonnières forment obstacle à la simple observation. En outre, les observations s'interrompent de deux à six mois avant la date présente en raison des délais d'obtention et de calcul des statistiques. Plus la période étudiée est récente, plus l'observation est rare, jusqu'à manquer presque totalement sur la période en cours. On a pu dire, dans ces conditions, que le problème central de la conjoncture est de « prévoir le présent », et l'expérience montre que les évaluations incorrectes du présent sont souvent l'origine des plus graves erreurs du diagnostic.

Confrontés à ces difficultés, les conjoncturistes ont développé trois types d'instrument d'observation : les indicateurs rapides, les enquêtes conjoncturelles et les comptes nationaux trimestriels. Les indicateurs rapides sont hérités des méthodes de Harvard et de Berlin. Partant d'une chronologie des fluctuations de la conjoncture, il s'agit de chercher parmi les indicateurs statistiques divers les plus rapidement disponibles ceux qui présentent une bonne corrélation, si possible en avance, avec cette chronologie.

Les enquêtes de conjoncture (ou « tests conjoncturels ») ont une tout autre ambition. Développés à la fin des années cinquante par l'Institut de conjoncture I.F.O. de Munich et par l'I.N.S.E.E. à Paris, ces tests sont maintenant largement utilisés par un très grand nombre de pays. En Europe, la plupart de ces tests sont harmonisés entre les pays membres de la Communauté économique européenne. Ils sont effectués auprès d'échantillons de ménages, de commerces (grossistes et détaillants) et d'industries en vue d'obtenir rapidement (ce point est essentiel) l'opinion des agents économiques interrogés sur leur situation économique et la marche de leurs affaires. Les questions portent sur la situation présente, mais aussi sur la façon dont les agents interrogés prévoient le proche avenir et envisagent de se comporter. Enquêtes d'opinion avant tout, ces enquêtes conjoncturelles fournissent des indications qualitatives qui permettent de déterminer comment les agents interrogés se répartissent selon une liste de modalités types : par exemple, pourcentage des commerçants en gros de tel bien d'équipement, déclarant avoir accéléré le rythme des commandes adressées à l'industrie, ou encore, pourcentage d'industriels déclarant leur production supérieure à la normale, etc. Ces séries constituent des indicateurs qualitatifs des commandes ou de la production, mais sans fournir directement la valeur quantitative correspondante. Dans ces enquêtes, on choisit de se limiter à des questions principalement qualitatives de façon à étendre à la totalité du champ des activités économiques des agents interrogés, y compris dans le domaine de leurs propres prévisions, sans cependant leur imposer l'effort beaucoup plus considérable – voire impossible – de répondre à ces mêmes questions de façon quantitative. Ces enquêtes sont effectuées régulièrement, à l'identique, tous les mois pour l'industrie. On dispose donc de séries longues des indicateurs qualitatifs qui en résultent. Ils posent des problèmes d'interprétation pour en déduire une image plus quantitative de la situation économique ; mais ils constituent sur l'observation du présent et les prévisions faites par les agents eux-mêmes une source d'une extrême richesse. Au total, ces nombreuses enquêtes conjoncturelles fournissent rapidement une image très documentée de la dynamique du circuit économique sur l'un de ses segments essentiels : la diffusion de la demande vers l'offre, au travers des divers stades de l'appareil commercial et productif.

Les comptes nationaux trimestriels forment, avec les enquêtes conjoncturelles, le plus important des instruments d'observation conjoncturelle. La comptabilité nationale constitue le cadre usuel où s'ordonnent la représentation des faits économiques et le raisonnement sur ces faits, parce qu'elle fournit une image complète des trois grands équilibres de la macroéconomie : l'équilibre entre offre et demande, l'équilibre des revenus, enfin l'équilibre financier. Mais l'analyse conjoncturelle ne pouvait se satisfaire des comptes annuels, trop peu fréquents, mis en place dans les années cinquante. La construction, dans les années soixante – un peu plus tard en France –, d'une comptabilité trimestrielle a demandé un gros effort de développement et de mise en cohérence de la grande variété des indicateurs conjoncturels quantitatifs (les tests conjoncturels, qualitatifs, sont inadaptés à un système comptable). Bien qu'un peu moins rapidement disponibles que les tests, les comptes trimestriels les complètent très bien en fournissant des informations relativement détaillées sur toutes les parties de l'économie. Alors que les tests éclairent surtout le passage de la demande à l'offre, la représentation comptable de l'économie permet de suivre l'ensemble des enchaînements qui constituent le bouclage du circuit économique. Les comptes forment en outre la base des représentations modélisées de l'économie.

Les modèles conjoncturels

Au-delà de la simple extrapolation fondée sur l'usage d'indicateurs plus ou moins précurseurs des évolutions économiques, la prévision suppose que l'on ait acquis une bonne compréhension des mécanismes économiques à l'œuvre. Elle impose la référence à une théorie économique et une explici [...]

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  • : maître de conférence à l'Ecole poly-technique, chef du service de la conjoncture à l'I.N.S.E.E.

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Pour citer l’article

Philippe NASSE, « CONJONCTURE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/conjoncture/