ERFURT CONGRÈS D' (1891)

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Trois ans après son congrès de fondation à Gotha (1875), le Parti social-démocrate allemand se voit interdire toute activité. L'unification s'était faite sur un programme d'inspiration lassallienne, violemment critiqué par Karl Marx. La clandestinité empêche la social-démocratie allemande de tenir un véritable congrès, et le programme de Gotha reste le seul texte de référence.

En 1890, les lois d'exception contre les socialistes sont abrogées en même temps que leur promoteur, le chancelier Bismarck, est écarté du pouvoir. En effet, les socialistes n'ont cessé d'accroître leur influence et l'échec de la politique répressive est patent. Dès la conférence de Halle est posé le problème de l'élaboration d'un nouveau programme, qui serait proposé au congrès du parti. À cette occasion, Engels, d'Angleterre, tente de publier les critiques faites par Marx au programme du congrès de Gotha. Cela ne va pas sans résistance. En effet, la direction du parti (Bebel, Liebknecht, notamment) ne voit pas d'un œil favorable la critique de leurs erreurs passées. C'est Kautsky qui, dans sa revue Die Neue Zeit (Le Temps nouveau), fait connaître les « gloses marginales au programme du parti ouvrier allemand » ; dès lors, l'organe central du parti, Vorwaerts (En avant), est contraint de reprendre le texte de Marx, non sans qu'Engels n'en ait passablement atténué certains passages. Le groupe parlementaire socialiste alla jusqu'à voter une motion se désolidarisant de la direction du parti et désapprouvant la publication de ce texte. Le but visé par Engels et les marxistes allemands n'en était pas moins atteint : lors de son congrès à Erfurt, le Parti social-démocrate adoptait enfin un programme nettement marxiste.

Ce programme, rédigé en grande partie par Kautsky, analyse tout d'abord « l'évolution économique de la société bourgeoise » dans laquelle les moyens de production « deviennent le monopole d'un nombre relativement petit de capitalistes et de grands propriétaires ». Cette évolution entraîne l'exaspération de la lutte de classes entre la bourgeoisie et le prolétariat. Cette exaspération est aussi le résultat des crises « qui fournissent la preuve que les forces productives de la société actuelle ont trop grandi pour cette société ».

Le programme affirme ensuite que seule la société socialiste, où la propriété des moyens de production sera « propriété sociale » et où la production sera « effectuée pour et par la société », seule cette société socialiste sera la source « du plus grand bien-être et d'un perfectionnement harmonieux et universel ». Cette émancipation universelle ne peut être que l'œuvre du prolétariat, qui est la seule classe révolutionnaire parce que seule exclue de la propriété privée des moyens de production. « La lutte de la classe ouvrière contre l'exploitation capitaliste est nécessairement une lutte politique. » « Rendre cette lutte de la classe ouvrière consciente et unitaire [...] telle est la tâche du parti social-démocrate. »

Affirmant l'indispensable lien qui existe objectivement entre la lutte des travailleurs de tous les pays, le programme avance un certain nombre de revendications : suffrage universel ; législation par le peuple, c'est-à-dire autonomie administrative accordée aux provinces et aux communes et élection des fonctionnaires ; service militaire pour tous et remplacement des armées permanentes par des milices ; liberté d'expression, de réunion et d'association ; égalité dans le droit public et privé de l'homme et de la femme ; séparation de l'Église et de l'État ; école laïque et obligatoire et gratuité de l'enseignement ; gratuité également de la justice et élection des juges ; suppression de la peine de mort ; gratuité des soins médicaux ; impôt progressif sur le revenu et la fortune et abolition de tous les impôts indirects.

Enfin, le programme avance plus particulièrement un certain nombre de revendications concernant la classe ouvrière : législation du travail (journée de travail de huit heures, protection des enfants au travail, repos hebdomadaire, etc.) ; surveillance des entreprises industrielles ; droit de coalition ; assurance ouvrière à la charge de l'État avec contrôle ouvrier ; extension de tous ces droits aux travailleurs des campagnes.

De l'aveu d'Engels lui-même, ce programme est bon, mal [...]

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SOCIALISME - Histoire des mouvements socialistes (1870-1914)

  • Écrit par 
  • Daniel LIGOU
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Pour citer l’article

Paul CLAUDEL, « ERFURT CONGRÈS D' (1891) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/congres-d-erfurt/