C.F.T.C. (Confédération française des travailleurs chrétiens)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Du S.E.C.I. à la déconfessionnalisation

Plusieurs essais de syndicalisme chrétien sont observés au milieu des années 1880, dans le Nord et à Lyon. Le point de départ habituellement retenu est 1887, avec la création du Syndicat des employés du commerce et de l'industrie. Le S.E.C.I. a été fondé sur l'initiative du frère Hiéron, de la Congrégation des frères des écoles chrétiennes. Le pape Léon XIII avait chargé l'ordre de bâtir un syndicalisme chrétien pour éviter que la loi Waldeck-Rousseau de 1884, qui établit la liberté des groupements professionnels, ne serve les seuls intérêts des francs-maçons.

Les premiers adhérents du S.E.C.I. sont tous membres d'une association religieuse : l'Association de Saint-Labre. L'assemblée constitutive fixe comme condition à l'affiliation le fait d'être « notoirement catholique » et d'honorer sa foi par une bonne réputation. Plus amicale que syndicat au départ, le S.E.C.I. densifie progressivement son action à mesure que ses dirigeants prennent conscience que le sort des employés est attaché au salariat. En 1907, trois hommes accèdent à la tête du groupement, Jules Zirnheld, Charles Viennet et Gaston Tessier : ils accroissent son originalité en prenant leurs distances vis-à-vis de la droite catholique.

D'une vingtaine de membres au départ, le S.E.C.I. atteint les 2 500 en 1903, les 5 000 en 1909, et en compte 7 175 en 1913. La croissance parisienne du syndicat s'accompagne de la formation d'autres organisations similaires à Lille, Lyon, Le Mans, Laval, Toulouse et Bordeaux. L'ensemble de ces forces se retrouve en 1913 dans la Fédération des syndicats professionnels d'employés du commerce et de l'industrie qui déclare 13 000 adhérents. La Première Guerre mondiale arrête cette progression.

De nouvelles perspectives apparaissent au lendemain du conflit. Des hommes sont tombés au combat, comme Charles Viennet. La révolution de 1917 provoque une réaction chez les catholiques sociaux, qui décident de mettre sur pied une Confédération internationale des syndicats chrétiens. Marc Sangnier révise son option en faveur de l'engagement des catholiques à la C.G.T. et apporte son appui au syndicalisme confessionnel. Le recouvrement de l'Alsace-Lorraine fournit un apport de 21 000 syndiqués « indépendants ».

Les 1er et 2 novembre 1919 se tient à Paris un congrès constitutif, qui rassemble des délégués représentant environ 125 000 adhérents à une organisation professionnelle confessionnelle. Trois secteurs dominent : les employés, l'enseignement libre et les cheminots. Quatre régions pèsent de tout leur poids : l'Alsace-Lorraine, la Franche-Comté, la Champagne et l'Isère. À cet ensemble un peu disparate s'ajoutent des syndicats isolés et deux confédérations de syndicats féminins. Les débats manifestent des sensibilités distinctes. La Confédération française des travailleurs chrétiens est créée. Elle ne se déclare pas officiellement catholique. L'article premier de ses statuts, adoptés en 1920, précise : « La confédération entend s'inspirer dans son action de la doctrine sociale définie dans l'encyclique Rerum novarum. » Dans son organisation interne, la C.F.T.C. se donne pour principe de respecter l'autonomie de ses composantes et d'assurer leur convergence.

La centrale confessionnelle, dirigée par Jules Zirnheld, président, et Gaston Tessier, secrétaire général, croît jusqu'en 1921 et connaît un creux par la suite. Elle ne progressera à nouveau qu'à partir de 1931. Entre-temps, un effort d'organisation avait contribué à consolider les traits qui sont caractéristiques de la C.F.T.C. de l'entre-deux-guerres. La Fédération des employés sert de colonne vertébrale à l'organisation. L'Alsace-Lorraine, le Nord, le Doubs, Paris, Lyon, Saint-Étienne et Marseille forment les bastions d'un mouvement marqué par une conscience régionaliste. Un réseau d'œuvres catholiques conforte l'action des syndicalistes chrétiens, qui bénéficient tout particulièrement du soutien intellectuel apporté par les Semaines sociales et les jésuites de l'Action populaire. L'existence de syndicats féminins distincts assure l'expression d'un féminisme spécif [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages

Écrit par :

  • : docteur en science politique, directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques

Classification

Autres références

«  C.F.T.C. (Confédération française des travailleurs chrétiens)  » est également traité dans :

BOULADOUX MAURICE (1907-1977)

  • Écrit par 
  • André JEANSON
  •  • 927 mots

Maurice Bouladoux est né à Parthenay (Deux-Sèvres). Il a quinze ans quand commence pour lui la vie de travail : il est aide-comptable dans une entreprise de textile. Mais il est attiré par l'action militante du syndicalisme. Aussi est-il, en 1929, l'un des fondateurs de la Jeunesse syndicaliste chrétienne, mouvement qui sera une pépinière de militants pour la C.F.T.C. créée en 1919. En 1937, alor […] Lire la suite

C.F.D.T. (Confédération française démocratique du travail)

  • Écrit par 
  • René MOURIAUX
  •  • 1 973 mots
  •  • 1 média

La C.F.T.C. a mis vingt ans à se « déconfessionnaliser ». Le processus qui aboutit en 1964 à l'apparition de la Confédération française démocratique du travail (C.F.D.T.) passe en partie par la suppression de l'hégémonie de la Fédération intersectorielle des employés, symbolisée par la désignation d'un ouvrier métallurgiste, Eugène Descamps, au secrétariat général. Après l'abandon de la référence […] Lire la suite

C.G.T. (Confédération générale du travail)

  • Écrit par 
  • Jean BRUHAT, 
  • René MOURIAUX
  • , Universalis
  •  • 4 358 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre «  La C.G.T. et la Seconde Guerre mondiale »  : […] Mais bientôt les déceptions s'accumulent à l'intérieur : dévaluation, montée du coût de la vie, blocage des salaires, décrets-lois de novembre 1938. De plus, l'évolution de la politique internationale (guerre d'Espagne, accords de Munich) provoque chez les militants de la C.G.T. des réactions divergentes. Il en résulte une diminution des effectifs. Le mot d'ordre de grève générale de vingt-quatre […] Lire la suite

JOUHAUX LÉON (1879-1954)

  • Écrit par 
  • Paul CLAUDEL
  •  • 838 mots
  •  • 1 média

Né à Aubervilliers, d'un père ancien communard, employé dans une manufacture de tabac, Léon Jouhaux, après avoir obtenu son certificat d'études et préparé l'École des arts et métiers, est embauché d'abord dans une serrurerie ; puis il rejoint son père à la manufacture. Il a alors seize ans et fréquente les groupes anarchistes. En 1901, il est condamné à trois mois de prison avec l'anarchiste Liber […] Lire la suite

MAIRE EDMOND (1931-2017)

  • Écrit par 
  • Christian SAUVAGE
  •  • 516 mots
  •  • 1 média

Né à Épinay-sur-Seine d'un père cheminot, Edmond Maire est entré dans la vie professionnelle dès sa sortie du lycée. Tout en travaillant aux peintures Valentine, il suit des cours de chimie au Conservatoire national des arts et métiers. Grâce à cette formation, il entre au centre de recherche Pechiney, en 1954, comme technicien chimiste. Il exerce peu son nouveau métier puisque, dès 1958, il devie […] Lire la suite

TESSIER GASTON (1887-1960)

  • Écrit par 
  • Paul CLAUDEL
  •  • 499 mots

Né à Paris, d'origine bretonne, Tessier est à seize ans employé dans une maison de commerce. Il fréquente les cercles d'études des œuvres de jeunesse catholique et il rencontre Marc Sangnier dont il deviendra le disciple et l'ami. En 1905 il adhère au syndicat des employés du commerce et de l'industrie ; celui-ci a été fondé en 1887 par les frères des Écoles chrétiennes. D'une association qui vise […] Lire la suite

Voir aussi

Les derniers événements

22 mars 2014 France. Accord sur la réforme de l'indemnisation des chômeurs

et C.F.T.C. parviennent à un accord sur la réforme des règles d'indemnisation des demandeurs d'emploi. Celle-ci prévoit l'instauration de droits « rechargeables » permettant d'accumuler des droits à l’indemnisation à chaque nouvelle période de travail, ainsi que la simplification des règles de cumul d'une allocation et de la rémunération d'une activité réduite. […] Lire la suite

5 mars 2014 France. Relevé de conclusions des partenaires sociaux sur le « pacte de responsabilité »

et la C.F.T.C. – majoritaires – pour les salariés conviennent de l'ouverture dans toutes les branches de négociations sur des « objectifs quantitatifs et qualitatifs en termes d'emploi », en échange de la baisse de 30 milliards d'euros de charges patronales. Le gouvernement salue la conclusion de cette feuille de route que la C.G.T. et F.O. rejettent. […] Lire la suite

14 décembre 2013 France. Accord sur la réforme de la formation professionnelle

, la C.F.T.C. et la C.F.E.-C.G.C. pour les salariés, annoncent leur intention de signer l'accord. La C.G.P.M.E. et la C.G.T. s'y refusent.  […] Lire la suite

11 janvier 2013 France. Accord des partenaires sociaux sur l'emploi

et la C.F.T.C. – parviennent à un projet d'accord pour « un nouveau modèle économique et social au service de la compétitivité des entreprises et de la sécurisation de l'emploi ». La C.G.T. et F.O. le rejettent. L'accord simplifie les procédures de licenciement et allège les règles de contestation de celles-ci; il permet aux entreprises confrontées à de graves difficultés conjoncturelles de diminuer temporairement la rémunération et/ou le temps de travail de leurs salariés en échange du maintien de leur emploi. […] Lire la suite

19 mars 2009 France. Journée d'action nationale

, C.F.T.C., C.G.T., F.O., F.S.U., Solidaires, U.N.S.A.) et portant notamment sur l'emploi et le pouvoir d'achat, rassemble, dans plus de deux cents villes en France, entre 1,2 million et 3 millions de personnes. La mobilisation, qui réunit plus de manifestants que le 29 janvier dernier, est « un grand succès » selon les syndicats. Le lendemain, le président Sarkozy annonce son intention de « compléter, s'il le faut », les mesures sociales décidées pour faire face à la crise. […] Lire la suite

Pour citer l’article

René MOURIAUX, « C.F.T.C. (Confédération française des travailleurs chrétiens) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/confederation-francaise-des-travailleurs-chretiens/