OPPOSITION CONCEPT D'

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La philosophie critique et romantique allemande

Kant

Kant a introduit, à l'état de thème philosophique explicite, le concept d'opposition polaire, de couples de contraires contrastés. Cette innovation apparaît tout d'abord dans le cadre de sa réflexion critique sur les principes de la physique newtonienne (Histoire générale de la nature et théorie du ciel, 1755). Elle s'enrichit ultérieurement par extension à d'autres champs de phénomènes, en particulier celui de la vie mentale (Essai pour introduire en philosophie le concept de grandeur négative, 1763). Dans la Théorie du ciel, Kant s'efforce de dépasser les limites du principe newtonien de la gravitation, applicable en toute rigueur au seul système solaire, en direction d'un modèle d'une histoire de l'univers, qui est encore considéré aujourd'hui comme la première conception correcte de la structure de notre galaxie. À côté de la force d'attraction, Newton (1740) admettait une force de répulsion, mais comme un principe limite opérant seulement dans le domaine atomique. À l'encontre, au niveau cosmologique, il lui paraissait inconcevable de poser en même temps l'attraction et la répulsion. Dans le traité de 1755, puis dans les Premiers Principes métaphysiques d'une science de la nature (1786), Kant formule le principe d'une force répulsive comme nécessaire pour contrebalancer les effets de la force attractive. En effet, le seul jeu de celle-ci aboutirait à terme à concentrer toute la matière de l'univers en un seul point. Or la force répulsive représente « la force d'expansion qui permet à toute matière de remplir son espace », en constituant pour celle-ci un principe de « résistance et d'impénétrabilité », en rapport avec une propriété d'« élasticité primitive ». Notons ici que Freud a parfois invoqué la « polarité de l'attraction et de la répulsion » sans par ailleurs en indiquer la source kantienne, comme une sorte de modèle, d'analogie sur le plan inorganique, de sa propre distinction entre pulsions sexuelles et pulsions d'agression.

Dans l'Essai sur le concept de grandeur négative, Kant reprend le thème des deux forces attractive et répulsive, mais seulement à titre d'exemple, dans le cadre d'une conception d'ensemble concernant les couples d'oppositions. Il propose de distinguer entre l'opposition logique (par la contradiction) et l'opposition réelle (sans contradiction). La première met en jeu la suppression par la contradiction du faux par le vrai. Il en résulte la négation par défaut ou par manque, dont la conséquence est un « absolument rien » (nihil negativum). Au contraire, l'opposition réelle se définit comme « un rapport d'opposition réciproque » entre deux prédicats tous deux positifs, bien que chacun soit le négatif de l'autre. Cependant, comme le rapport de ces deux opposés n'est pas de type contradictoire, tous deux peuvent se rencontrer dans le même sujet. La relation entre ces deux opposés prend la forme d'un « conflit réel » entre « deux tendances, deux forces, deux causes agissantes », conflit qui détruit non l'une ou l'autre, ni l'une et l'autre, mais seulement leurs conséquences ou effets réels. De ces deux forces, l'une supprime le résultat de ce qui a été posé par l'autre et vice versa. Cette forme de conflit entre deux principes positifs définit une négation par privation (nihil privativum), dont l'effet est un « rien relatif », qui peut s'écrire rien = zéro. Ainsi la mort est une naissance négative, mais elle est tout aussi positive que la naissance. De même, la chute par rapport à l'ascension. Le concept de grandeur négative – « encore inemployé », précise-t-il – est forgé par Kant d'après l'analogie, empruntée au domaine mathématique, des couples de nombres opposés par rapport à l'élément neutre : x + (− x) = 0. Ce concept désigne « quelque chose de vraiment positif en soi », mais qui est opposé, en tant que terme négatif, à l'autre grandeur positive. L'opposition réelle concerne « deux principes positifs », cependant qu'elle « pose réellement, dans un seul et même objet, des déterminations, dont l'une est la négative de l'autre ».

Les exemples empruntés par Kant au domaine physique sont d'un grand intérêt historique parce qu'ils représentent l'acte de naissance précis [...]

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  • : ancien élève de l'École normale supérieure, professeur de psychologie et d'épistémologie à l'université de Paris-Nord

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Pour citer l’article

Émile JALLEY, « OPPOSITION CONCEPT D' », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/concept-d-opposition/