COMPTABILITÉ NATIONALE

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Extensions de la comptabilité nationale

Différents développements prolongent ou complètent le système de base précédemment décrit.

Prix constants et valeurs réelles

Les comptes à prix courants et le problème de la comparabilité dans le temps et l'espace.

L'ensemble des comptes est d'abord évalué selon les valeurs monétaires courantes de l'année considérée : évaluations à prix courants. Or les unités monétaires courantes (euro pour le S.E.C.) n'ont pas de valeur stable au cours du temps : ainsi, un flux d'opérations sur produits composé de biens dont les prix ont augmenté entre l'année n et l'année n + 1 aura une valeur courante plus importante dans les comptes de l'année n + 1 que dans les comptes de l'année n, même si la quantité et la qualité de ces produits sont restées identiques au cours des deux années. Les comparaisons dans le temps des valeurs courantes n'ont donc pas grande signification.

La première méthode, pour surmonter cette difficulté et rendre compte des évolutions économiques à partir des comptes nationaux courants, consiste à calculer des coefficients structurels ayant au numérateur et au dénominateur des valeurs courantes d'une même année, et exprimant donc des proportions indépendantes des unités utilisées pour le calcul ; exprimées, par exemple, en pourcentages, ces proportions restent comparables à travers le temps (pour différentes années) comme à travers l'espace (pour des pays ayant des unités monétaires différentes). Le taux global de prélèvements obligatoires (part des prélèvements obligatoires dans le P.I.B.), les coefficients budgétaires (dépenses de consommation finale du produit i / total des D.C.F.), le taux de marge d'une branche ou d'un secteur (E.B.E./V.A.B.) constituent quelques-uns des très nombreux exemples de ratios structurels dont les variations d'une année sur l'autre (ou d'un pays à l'autre) fournissent des informations sur les évolutions temporelles (ou les comparaisons internationales) des systèmes économiques.

Une seconde méthode consiste à réaliser des évaluations à prix constants.

Évaluations et comptes à prix constants des opérations sur produits

La valeur courante à la période 1 (vc1) d'un ensemble de biens homogènes est égale au produit de la quantité de biens concernés (q1) par le prix unitaire de ces biens (p1) : vc1 = p1 * q1.

La variation de valeur vc de l'ensemble de biens entre les périodes 0 et 1 (mesurée sous la forme d'un indice V1/0 = vc1 / vco) peut alors être calculée comme le produit de 2 indices appropriés, l'un de prix (P1/0) et l'autre de quantité (Q1/0) :

V1/0 = P1/0 * Q1/ 0 [16], avec

vc1 / P 1/0 = p0 * q1 [17] et vc0 * Q1/0 = p0 * q1 [18].

Lorsque les ensembles de biens ne sont pas homogènes au cours du temps, parce que la qualité des biens et/ou la composition des ensembles changent, les variations de valeur courante peuvent également provenir de ces facteurs, et l'indice Q1/0 devra rendre compte de ces changements en même temps que des variations de quantité : on parle alors d'un indice de volume, et les évaluations de type p0 * q1 seront dites à prix constant (et plus exactement aux prix de l'année 0) ou en volume.

La détermination des valeurs à prix constants peut être faite en calculant les produits p0 * q1 (calcul direct, qui nécessite une connaissance détaillée des prix de l'année de base et des quantités des différentes années), ou bien en multipliant la valeur de l'année de base par un indice approprié des volumes selon la formule [18] (extrapolation de l'année de base), ou bien – et plus fréquemment – en divisant la valeur courante par un indice de prix approprié (et calculé à qualité constante) selon la formule [17] (déflation des valeurs courantes). Lorsqu'il est conceptuellement ou statistiquement difficile de distinguer dans les flux une composante prix et une composante quantité (cas des services commerciaux, de la plupart des services financiers, des services administrés collectifs, etc.), les calculs à prix constants passent par l'utilisation d'indicateurs « proxy » des indices de volume ou de prix, ou bien, lorsque les évaluations sont faites au coût de production, par une déflation séparée des différents éléments de coûts.

L'emploi de ces différentes méthodes permet à la comptabilité nationale de fournir des tableaux emplois-ressources détaillés et des T.E.S., pour chaque année selon deux systèmes de prix constants, aux prix de l'année précédente et, par chaînage des précédents (en effectuant le produit d'indices successifs aux prix de l'année précédente), aux prix d'une année de base.

Les relations [16] à [18] permettent, à partir des tableaux à prix constants et à prix courants, de déterminer l'évolution des valeurs, des volumes et des prix pour tous les emplois et ressources de tous les produits de l'économie nationale.

Les valeurs ajoutées à prix constants sont calculées en faisant la différence entre les volumes correspondants de production et de consommation intermédiaires à prix constants (méthode de la double déflation). Le P.I.B. peut également être calculé en volume en utilisant les relations [7] et [8] établies à prix constants : le taux de croissance du P.I.B. en volume est la mesure du taux de croissance économique.

Évaluations en termes réels des opérations de répartition et des soldes

À l'exception de quelques cas comme les salaires, les impôts et les intérêts, les opérations de répartition (et les soldes des comptes de secteur) ne permettent pas de distinguer une composante prix et une composante volume, et les calculs à prix constants ne sont donc pas praticables. Mais il est possible d'exprimer ces valeurs en termes de pouvoir d'achat, en déflatant (divisant) leur valeur courante par un indice de prix des biens et des services qu'ils permettent d'acheter. On parle alors de calculs en valeur réelle. La déflation du R.D.B. des ménages par l’indice des prix à la consommation donne, par convention, leur pouvoir d’achat.

Les comptes trimestriels

La comptabilité nationale annuelle est d'un intérêt limité pour la politique économique conjoncturelle, car elle ne permet pas de repérer rapidement les évolutions économiques et leurs points d'inflexion au cours de l'année : les résultats ne sont en effet disponibles qu'assez longtemps après la clôture de la période comptable (6 mois en France) et ne fournissent qu'un repère par an.

Des comptes trimestriels sont donc élaborés, dont les premiers résultats apparaissent en France moins de deux mois après la clôture du trimestre considéré. En principe, ils devraient fournir le même ensemble de comptes que la comptabilité annuelle ; en pratique, ils n'en fournissent que des versions simplifiées. En France, on a par exemple l'équation du P.I.B. [8'] les données des équilibres emplois-ressources [1] et des comptes de production [3] dans des nomenclatures simplifiées, les principaux agrégats et soldes comptables des comptes des ménages et des sociétés non financières ainsi que des comptes financiers simpli [...]

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Écrit par :

  • : maître de conférences de sciences économiques à l'université de Montpellier-I

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Pour citer l’article

Marc PÉNIN, « COMPTABILITÉ NATIONALE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/comptabilite-nationale/