COMMUNICATIONLes processus de la communication

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L'analyse de processus

Processus et structure des échanges

Une séquence de communication constitue un processus dont la nature discontinue est assez manifeste : elle provient de la discontinuité des locuteurs eux-mêmes (qui parle à qui ?), du caractère discontinu ou discret que nous sommes habitués à attribuer, pour des raisons phénoménologiques, au langage, c'est-à-dire ici au discours : mots, propositions ou énoncés, phrases, etc. En fait, le flux linguistique est bel et bien continu. La phonologie y découpe les phonèmes que notre perception, fonctionnellement, y circonscrit, comme elle circonscrit des éléments dans la mimique, la gestuelle ou les postures (cf. R. Pagès, 1982).

On peut se proposer d'analyser un processus de façon réellement séquentielle (du point de vue de l'ordre du temps) ou bien de façon synoptique. Ce que Bales appelle analyse de processus (1950) peut bien porter sur des phases successives, mais, à l'intérieur de chaque phase, les échanges sont considérés tout d'abord comme un ensemble dénombré d'énoncés, classés seulement suivant deux critères ou deux « entrées » : l'émetteur et le récepteur visé. Claude Flament (1965) montre que, si à chaque locuteur on attache deux paramètres, une tendance à l'émission ai et une tendance à la réception bj, et, si nij est le nombre de communications émises par i vers j, les observations s'ajustent à la fonction : nij = aibj ; a et b croissent avec le rang du sujet dans le groupe, et b plus vite que a.

On voit quel lien s'établit entre la structure de communication et la structure hiérarchique du groupe.

Une classification plus poussée des énoncés montre que l'initiative d'émission et la nature des énoncés sont également liées au rang. Ainsi le rang jouerait un grand rôle dans la structuration des communications. Qu'entendre par là ?

Structure microsociale et communication

Les systèmes sociaux, y compris les plus petits, sont généralement des structures d'emprise dissymétrique : l'action exercée par les différents agents constituants les uns sur les autres au sein de chaque paire est inégale. « Action » s'entend ici en un sens très général : les agents sont inégaux en capacité d'attraction, d'agrément, de persuasion, pouvoir de coercition, capacité d'intervention indirecte sur autrui... Dans la mesure où ces inégalités d'action sont senties comme des critères d'inégalité de valeur dans un système donné, Homans (1961) montre qu'il y a une tendance pour les individus eux-mêmes à établir une cohérence entre leurs propres positions dans les différents critères (congruence des positions, status congruency). L'effort des individus vers la congruence des positions, les effets de « halo » entre les différentes valeurs dans un groupe expliquent que les hiérarchies d'un groupe selon les différentes valeurs (ordres axiologiques) présentent souvent entre elles de fortes analogies. C'est pourquoi l'organisation de la communication, avec sa structure généralement hiérarchisée, est fréquemment en corrélation avec la structure des relations de préférence mutuelle – structure socio-affective, traditionnellement nommée sociométrique suivant l'expression de J. L. Moreno (1934). Les structures d'affinités possèdent leurs vedettes et leurs parias, leurs élites et leurs « prolétariats affectifs ». Inscrites dans des graphes ou réseaux, à partir de « matrices » ou tableaux à double entrée (a, b, c...) × (a, b, c...), les structures d'affinités dessinent en même temps les cheminements prédominants que parcourt la communication. C'est le cas des consignes de décision ou d'organisation (Moreno, réseau d'évasion dans une maison de correction pour filles), ou des rumeurs (Festinger, 1951).

Les structures de pouvoir sont souvent – mais pas toujours – elles-mêmes apparentées aux structures d'affinités. L'on trouve le même type de relations entre les structures de pouvoir et les réseaux de communication ; les hautes concentrations de trafic communicationnel coïncident souvent avec les agents de pouvoir principaux et inversement. Cela se vérifie aussi bien sur les groupes expérimentaux que sur les groupes naturels : Kelley (1951) montre que la communication s'adresse de préférence aux membres du groupe de rang plus élevé que le locuteur, tandis qu'on observe chez les Djerma-Songhay du Niger que le talaka, homme libre subalterne, n'est pas à priori privé de parole, mais d'audience dans les assemblées (Diouldé Laya, 19 [...]

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Écrit par :

  • : directeur de recherche au C.N.R.S., directeur de laboratoire de psychologie sociale, université de Paris-VII.

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Pour citer l’article

Robert PAGÈS, « COMMUNICATION - Les processus de la communication », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/communication-les-processus-de-la-communication/