COMMERCE INTERNATIONALAvantages comparatifs

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Le principe

En s'appuyant sur l'analyse de David Hume (1711-1776), qui décrit en 1752 (Political Discourses) un mécanisme d'ajustement automatique des balances des échanges internationaux, Adam Smith (1723-1790) investit le champ de l'économie internationale et développe dans La Richesse des nations (1776) une critique sévère des thèses protectionnistes soutenues par les mercantilistes. Il défend l'idée que les théories de la division du travail et de l'échange peuvent être étendues aux relations internationales. De ses développements sur le commerce international, on retient le plus souvent le principe des avantages absolus. En vertu de ce principe, les pays doivent se spécialiser dans les secteurs d'activité où leur efficacité est la plus grande. En conséquence, chaque pays doit exporter le surplus de production qui découle de cette spécialisation et importer les biens dont la production est laissée aux pays voisins.

Les avantages absolus offrent cependant une justification très incomplète des motivations de l'échange international : ils ne permettent pas de comprendre pourquoi un pays qui serait plus efficace dans la production de tous les biens aurait tout de même intérêt à entretenir des relations commerciales avec les pays voisins. Sur ce point, la réflexion en termes d'avantages comparatifs marque une véritable rupture en démontrant que l'échange international est toujours souhaitable.

Contribution de Torrens

On attribue généralement le principe des avantages comparatifs à David Ricardo. La paternité de cette idée est toutefois contestée et fait l'objet de débats récurrents (Ruffin, 2002). Robert Torrens (1780-1864) proposait, en effet, dès 1815 (Essay on the External Corn Trade), une critique de la notion d'avantages absolus avancée par Adam Smith.

Son raisonnement était le suivant. Si l'on suppose que la production de blé implique un coût équivalent en Angleterre et en Pologne, alors, compte tenu des coûts de transport, le prix que pourra proposer un producteur polonais sur le marché britannique sera nécessairement supérieur au prix local. L'Angleterre n'aurait donc, de prime abord, aucun intérêt à importer du blé de Pologne. Mais Torrens pousse plus loin le raisonnement. Supposons aussi que l'Angleterre puisse réduire sa production de blé et utiliser le travail et le capital employés dans cette activité pour produire autre chose dans le secteur manufacturier. Il se peut alors que l'Angleterre dispose d'un tel savoir-faire dans le secteur manufacturier que le surcroît de production industrielle puisse être exporté vers la Pologne en échange d'une importation d'un volume de blé qui dépasse la diminution de la production de céréales en Angleterre. En commerçant avec les pays voisins, l'Angleterre a réorienté sa production vers le secteur manufacturier, exporté ces biens et importé du blé, pour en tirer in fine un gain qui s'exprime en surplus de produit disponible à la consommation.

L'apport de Torrens est significatif à double titre. D'une part, il montre qu'un pays peut gagner à importer un bien qu'il serait capable de produire et le servir sur son marché intérieur à un prix plus faible que le prix d'importation. Ce faisant, il apporte la preuve que le principe des avantages absolus ne saisit pas toutes les motivations qu'ont les pays à commercer entre eux.

D'autre part, le raisonnement de Torrens à propos du gain que l'Angleterre tire de la spécialisation et du commerce provient d'une comparaison entre la valeur de l'augmentation de la production dans le secteur industriel engendrée par la spécialisation et la réduction concomitante de la production de blé. Le gain à l'échange international est donc déterminé par le coût d'opportunité de la production de produits manufacturiers (la quantité de blé à laquelle il faut renoncer pour pouvoir accroître d'un montant donné la production de biens manufacturiers). On retrouve ces deux éléments essentiels dans le développement célèbre proposé par David Ricardo.

L'exemple de Ricardo

Dans le chapitre 7 Des principes de l'économie politique et de l'impôt (1817), David Ricardo présente une dém [...]

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Pour citer l’article

Matthieu CROZET, « COMMERCE INTERNATIONAL - Avantages comparatifs  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/commerce-international-avantages-comparatifs/