COMÉDIE ITALIENNE, cinéma

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La comédie, un genre en crise ?

Depuis les années 1980, la comédie italienne a profondément changé. Dans le cadre général d'une cinématographie en perte de vitesse, elle n'a pas toujours su s'adapter aux nouvelles exigences du public ; elle a perdu par ailleurs son rôle de décrypteur humoristique des travers d'une société. Ainsi, le cinéma satirique, peu connu hors des frontières de la péninsule, n'est devenu souvent qu'un commentaire superficiel de situations convenues, un prétexte pour faire rire de manière banale sur des problèmes privés.

Autre mutation fondamentale, la vieille séparation entre scénaristes, cinéastes et comédiens a disparu au profit de personnalités protéiformes investissant toutes les fonctions et agissant devant et derrière la caméra. Pour mieux servir un univers égocentrique, les auteurs de comédies écrivent leurs histoires, les mettent en scène et les interprètent, réduisant ainsi le champ de vision d'un genre autrefois panoramique. Il faut ajouter que cette nouveauté est également à l'œuvre dans le cinéma dramatique et qu'elle constitue un des éléments de la crise du cinéma italien.

Le Toscan Roberto Benigni est la personnalité la plus marquante (on l'a vu aussi dans des films de Jim Jarmusch) de cette tendance marquée – dans le sillage de Woody Allen – par la synthèse cinéaste-comédien. Révélé en 1977 avec Berlinguer ti voglio bene de Giuseppe Bertolucci, Benigni passe à la réalisation et obtient en Italie un succès considérable avec Il piccolo diavolo (1988), Johnny Stecchino (1991), Il mostro (1994) – qui parvient à dominer au box-office les produits hollywoodiens –, avant de connaître la consécration internationale en 1998 avec La vie est belle. Dans la même veine, mais avec un comique aux effets moins appuyés, Massimo Troisi fait rire les spectateurs – même si ceux-ci ne comprennent pas toujours le dialecte – avec ses comédies napolitaines (Ricomincio da tre, 1981 ; Scusate il ritardo, 1982 ; Le vie del signore sono finite, 1987 ; Pensavo fosse amore invece era un calesse, 1991). Avec Il postino (Le Facteur, 1994) que, malade, il fait mettre en scène par l'Anglais Michael Radford, Troisi parvient au sommet d'un art tout en subtilités linguistiques et en décalages surréalistes. Décédé à la fin du tournage en juin 1994, il laisse un grand vide dans le cinéma italien.

Dans ce panorama des auteurs-acteurs de comédies et en négligeant de nombreuses figures secondaires souvent venues de la télévision, il faut encore mentionner le Toscan Francesco Nuti (Casablanca, Casablanca, 1985 ; Caruso Pascoski di padre polacco, 1988 ; Donne con le gonne, 1991, avec Carole Bouquet), le Romain Carlo Verdone, cinéaste prolifique avide de travestissements dont l'œuvre, comme celles de Nuti et de Troisi jusqu'au Facteur, est totalement inédite en France (Io e mia sorella, 1987 ; Compagni di scuola, 1988 ; Maledetto il giorno che ti ho incontrato, 1992 ; Al lupo, al lupo, 1993 ; Viaggi di nozze, 1996), sans oublier le Milanais Maurizio Nichetti. Découvert au festival de Venise en 1979 avec Ratataplan, Nichetti a d'abord travaillé dans le dessin animé avec Bruno Bozzetto. Doté de dons multiples – mime, inventeur d'histoires insolites, metteur en scène imaginatif –, il confirme avec ses films suivants, notamment Domani si balla (1982), Le Voleur de savonnettes (1989), L'Amour avec des gants (1991), Luna e l'altra (1996), une veine humoristique d'une grande originalité.

Il faut réserver une place à part à Nanni Moretti, le surdoué de sa génération, la conscience du cinéma italien contemporain. De Je suis un autarcique (1976) à La Chambre du fils (2001) en passant par Ecce Bombo, Bianca, La messe est finie, Palombella rossa, Journal intime, Aprile, il a magistralement rendu compte, avec son humour acide et son sens de l'observation, des dégénérescences d'une société italienne désormais entrée dans l'ère de la jouissance égoïste et de l'indifférence politique. Empruntant les formes de la modernité narrative, il est aujourd'hui le seul cinéaste capable de faire rire de situations fondamentalement angoissantes et de parler de crise de société au détour d'un match de water-polo (Palombella rossa, 1989) ou à l'occasion d'une excursion dans les îles Éoliennes (Journal intime, 1994).

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Divorce à l'italienne, P. Germi

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Le cinéaste Ettore Scola

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Pour citer l’article

Jean A. GILI, Gérard LEGRAND, « COMÉDIE ITALIENNE, cinéma », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/comedie-italienne-cinema/