COLONISATION, notion de

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Une histoire coloniale sans problématique

Au xvie siècle, le mercantilisme est la première doctrine européenne de la colonisation, qui est alors simplement assimilée à une stratégie commerciale dont la finalité est d'équilibrer favorablement la balance du commerce, d'une part en dérobant du numéraire d'or et d'argent aux peuples voisins, ou en allant en quérir aux Indes occidentales, et d'autre part en assurant des débouchés aux produits européens. « Les compagnies de commerce sont les armées du Roi et les manufactures de France, ses réserves », édicte Colbert, posant pour longtemps les termes économiques de la relation entre la métropole française et ses colonies par le « système de l'exclusif », ces dernières devant par ailleurs se réduire à des établissements de commerce, comme le développe ultérieurement Montesquieu dans De l'esprit des lois (1748). Selon une théorie du contrat invoquée jusqu'au milieu du xviiie siècle par les colons autonomistes, si elles n'ont d'autre intérêt que de produire des denrées différentes de celles de la métropole et de grande valeur commerciale, les colonies n'ont une relation loyale à la métropole que si leur protection militaire, économique et morale est garantie. Les exigences des métropoles peuvent ainsi entraîner des révoltes indépendantistes comme la guerre anglo-américaine, qui débouche sur la création des États-Unis. La critique de cette première colonisation est formulée par Diderot et l'abbé Raynal au nom d'une conception universaliste de l'humanité.

On ne saurait cependant associer le siècle des Lumières à l'établissement d'un anticolonialisme radical. Bien au contraire, au nom de la raison universelle, qui permet d'accéder en même temps à la vérité et au bonheur, les philosophes construisent un paradigme européocentrique du progrès dans une acception aussi bien matérielle qu'intellectuelle et morale. Assurés que l'évolution des individus comme des sociétés est déterminée par des lois, qu'il faut organiser les sociétés sur des bases scientifiques et concilier ordre et progrès, les Républicains de la IIIe République, en France, vont élaborer la première véritable théorie de la colonisation fondée sur un devoir de civilisation et de christianisation au nom de la supériorité de l'Occident. Par les conquêtes, à la fin du xixe siècle, l'essentiel de l'empire colonial français est constitué, et le découpage du monde effectué par les Occidentaux. Cette vision du monde, largement partagée par les principales puissances européennes, notamment par la Grande-Bretagne, connaît peu de contradicteurs et ne va être officiellement gommée qu'avec la Charte de la décolonisation de 1960 des Nations unies.

Avec cette deuxième expérience d'expansionnisme naît un nouveau champ historiographique, celui de l'histoire coloniale, qui se développe en Europe, plus particulièrement en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France. Dans la première moitié du xxe siècle, de nombreux ouvrages sont publiés. Citons celui de Hubert Deschamps, publié en 1951, intitulé Méthodes et doctrines coloniales de la France (du XVIe siècle à nos jours). Des cursus universitaires sont créés au Collège de France et à la Sorbonne – avec Charles-André Julien, directeur de la collection Colonies et Empires aux P.U.F. Des institutions comme la revue Histoire des colonies françaises ou l'Académie des sciences coloniales sont fondées. Cependant, aucun questionnement sur le phénomène en lui-même n'est posé. Ces différents ouvrages sont inscrits dans une tradition positiviste : ils sont descriptifs, souvent hagiographiques et révèlent l'existence de deux courants : l'un, conservateur, centré sur la justification de la colonisation, teinté de « racisme scientifique » et écrit à la gloire de l'empire français ; l'autre, anticolonialiste, attaché à faire une histoire des peuples colonisés (ce qui va conduire à remplacer la question coloniale par celle des « aires culturelles » telle que l'a définie Fernand Braudel en 1957). À la fin des années 1950 se développent des recherches et des centres d'archives sur les mondes non européens, en même temps qu'un déclin relatif des étude [...]

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Myriam COTTIAS, « COLONISATION, notion de », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/colonisation-notion-de/