COLONISATION (débats actuels)

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L'émergence des questions de domination, de génocide et de mémoire après la Seconde Guerre mondiale

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, en raison du rôle important qu'ont joué les colonies dans le conflit, un questionnement sur l'ordonnancement du monde et sur la modernité dans les espaces colonisés a surgi. Une analyse des concepts de liberté, de pouvoir et de domination, notamment à partir de l'histoire de l'esclavage, est alors proposée.

La dénonciation simultanée de l'esclavage et du génocide juif

Le poète et homme politique martiniquais Aimé Césaire publie, en 1950, le Discours sur le colonialisme, dans lequel, comme C. L .R James et Eric Williams, des intellectuels trinidadiens marxistes, il interroge le sens des notions de liberté, de pouvoir et de domination, ainsi que leur nature politique dans l'espace occidental. Il relève le paradoxe selon lequel la valorisation du concept de liberté, associé à la modernité et articulé à l'universalisme, s'est développée alors que le système de l'esclavage dans les colonies s'intensifiait. Ainsi, le pouvoir de la raison, imposé par la philosophie des Lumières, va de pair avec la plus brutale des dominations et des négations de l'être humain. Aimé Césaire souligne que ce faux humanisme en usage dans la société européenne a contribué à la montée du nazisme.

Ce questionnement sur la domination et le racisme, posé à partir du thème de l'esclavage dans les colonies, s'est généralisé à l'échelle mondiale avec la découverte du génocide juif après la Seconde Guerre mondiale, car Noirs et Juifs ont polarisé les idéologies racistes. Ainsi, esclavage et génocide sont associés dans la réflexion de l'après-guerre sur la violence des sociétés occidentales. Le Préambule de l'Acte constitutif de l'U.N.E.S.C.O. reconnaît « que la grande et terrible guerre qui vient de finir a été rendue possible par le reniement de l'idéal démocratique de dignité, d'égalité et de respect de la personne humaine et par la volonté de lui substituer, en exploitant l'ignorance et le préjugé, le dogme de l'inégalité des races et des hommes ». C'est la raison pour laquelle, en 1948, les Nations unies affirment, dans la Déclaration universelle des droits de l'homme (art. 4), que « nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes ».

La figure du témoin et de la victime : le recours à la mémoire

Dès l'immédiat après-guerre, le génocide juif s'est imposé comme le modèle et le cadre de référence pour toutes les populations persécutées, « l'étalon du mal absolu, l'aune à laquelle les drames collectifs doivent être mesurés pour être reconnus » (Nicole Lapierre, Causes communes. Des Juifs et des Noirs, 2011). Ainsi, alors que les polarités politiques de la guerre froide disparaissent progressivement et que les « grands récits » de l'histoire des progrès de l'humanité vers l'émancipation – ces « narrations à fonction légitimante » (Jean-François Lyotard) – sont critiqués, émergent concomitamment la figure du témoin et celle de la victime de l'histoire. Comment, en effet, mieux révéler l'horreur d'un événement ou d'une période si ce n'est par le recours à la mémoire des survivants ? À une histoire-mémoire marquée du sceau de l'universalité, telle que la définissait Jules Michelet, succède donc une pluralité de mémoires qui revendiquent une reconnaissance et une place dans l'histoire de la Nation et dans l'histoire globale.

C'est à la faveur de ces transformations qu'émergent donc, dans les années 1970, des revendications de reconnaissance de « mémoires coloniales blessées » (Benjamin Stora, La Guerre des mémoires : la France face à son passé colonial. Entretiens avec Thierry Leclère, 2007). En France, portées par des associations constituées de témoins ou de descendants de populations colonisées, ces revendications se font entendre, afin d'être prises en compte à la fois par l'Histoire et par l'État.

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Mémorial de l'Anse Cafard, Martinique

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Commémoration de la découverte de l'Amérique (1992)

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Stèle commémorative des esclaves des colonies, Paris

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Pour citer l’article

Myriam COTTIAS, « COLONISATION (débats actuels) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/colonisation-debats-actuels/